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Coronavirus : à Singapour, l'application de traçage qui fait rêver la France

Planète Coronavirus. Tous les jours, des nouvelles du monde à l’heure de la pandémie. Ce jeudi 16 avril, on vous explique comment fonctionne TraceTogether, l’application de traçage des malades créée à Singapour dont la France veut s’inspirer. 

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Des passagers du Mass Rapid Transit portent des masques faciaux comme mesure préventive contre le coronavirus Covid-19 à Singapour, le 18 mars 2020.
Des passagers du Mass Rapid Transit portent des masques faciaux comme mesure préventive contre le coronavirus Covid-19 à Singapour, le 18 mars 2020. (CATHERINE LAI / AFP)

C’est une application de "tracking", ou "traçage" des personnes, qui fonctionne avec le bluetooth, technologie radio de très courte portée. Il n’y a pas de géolocalisation automatique par GPS. Pas question donc d’enregistrer tous vos déplacements, ce sont uniquement vos "points de contacts" avec d’autres individus qui sont pris en compte - cet aspect a particulièrement séduit la gouvernement français, qui prépare son application "Stop Covid" d’après ce modèle pour faire respecter le confinement en pleine crise sanitaire liée au coronavirus.

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Comment ça marche ? Vous installez TraceTogether sur votre smartphone. Vous activez le bluetooth. Chaque fois que vous passez près d’un individu qui a lui aussi installé l’application (à moins de deux mètres de distance), et que vous restez ensemble au moins 30 minutes, votre téléphone va enregistrer ses données - et lui les vôtres.

On parle de données chiffrées : il n’y aucun nom qui apparaît, et vos informations personnelles, comme vos contacts ou photos, restent protégées. Ensuite, si vous apprenez que vous avez été infecté, vous contactez les autorités sanitaires, qui vous demande un accès à vos données chiffrées, et s’en servent pour envoyer un message à tous ceux que vous aurez côtoyés, à moins de deux mètres et pendant trente minutes, pour leur dire qu’ils sont susceptibles d’avoir été contaminés, tel jour à tel à endroit et à telle heure, et qu’il vaut mieux qu’ils restent chez eux en surveillant l’apparition d’éventuels symptômes... Le but est de remonter la chaîne d’infection, d’identifier le plus vite possible tous ceux qui ont pu être touchés. TraceTogether conserve les données pendant 21 jours, elle les protège avec une clé de sécurité que seul le ministère de la Santé peut décrypter.

Une appli pas complètement efficace

Le principe, c’est celui du volontariat : personne ne vous oblige à installer cette application, et c’est sa première faille. Pour que ça fonctionne, il faut en effet qu’au moins 60% à 70% de la population soit équipée. Or même à Singapour, la smart city ultra connectée, avec une culture digitale très forte, où le taux d’équipement en téléphones portables est très élevé, le gouvernement annonce un peu plus d’un million de téléchargements : pour une population de moins de six millions d’habitants, on est très loin du compte.

Et puis si vous téléchargez l’application deux jours seulement avant d’apprendre que vous êtes contaminé ça ne servira pas à grand-chose... En gros plus le temps passe, moins le système est efficace.

Autres inconvénients: avec certains téléphones, le signal Bluetooth est tellement puissant qu’il est capable de traverser les murs et le béton ! Ca veut dire qu’il peut enregistrer quelqu’un qui en réalité était dans un appartement à l’étage au-dessus – quelqu’un avec qui vous n’avez jamais eu aucun contact. Le risque, comme en Corée du Sud, est de multiplier des alertes... pour rien.

A l’inverse, TraceTogether peut induire un faux sentiment de sécurité : si vous ne recevez jamais de notifications, vous avez l’impression qu’il n’y a plus de risque sanitaire... et vous relâchez votre comportement.

La technologie doit se doubler d’un dépistage massif

La technologie ne fait pas tout... Le gouvernement, qui communique de façon très précise sur l’évolution de la maladie, rappelle régulièrement que toute une armée d’épidémiologistes continue son travail sur le terrain pour remonter les chaînes de contamination.

En parallèle de cette application, lancée le 20 mars dernier, un dépistage massif a été mis en place : à Singapour environ une personne sur 77 a été testée, contre 1 sur 200 en France. Dès qu’un patient est dépisté, il est orienté soit à l’hôpital soit dans des centres de quarantaine, mais jamais renvoyé chez lui pour ne pas contaminer sa famille.

Au final la propagation du virus a été plutôt bien maîtrisée, alors qu’il y a une très forte densité de population, et le taux de mortalité est resté bien plus faible qu’en France (dix décès à ce jour). Bilan positif donc... jusqu’à l’apparition de la deuxième vague, il y a quelques jours, qui a contraint le gouvernement à prendre des mesures de confinement plus restrictives.

Malgré ces réserves, l’expérience TraceTogether séduit. Depuis le 10 avril le code de l’application est en open source, les développeurs du monde entier peuvent donc accéder gratuitement à ses éléments de base pour créer leur propre version. La France, mais aussi l’Allemagne, le Chili, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande s’en sont ainsi servi pour commencer à développer leur propre application nationale.

Des passagers du Mass Rapid Transit portent des masques faciaux comme mesure préventive contre le coronavirus Covid-19 à Singapour, le 18 mars 2020.
Des passagers du Mass Rapid Transit portent des masques faciaux comme mesure préventive contre le coronavirus Covid-19 à Singapour, le 18 mars 2020. (CATHERINE LAI / AFP)