Coronavirus : à l'hôpital de Melun, on repousse les limites humaines et matérielles, "on fait avec ce qui reste"

Une vingtaine de soignants du centre hospitalier ont été contaminés par le Covid-19, dont deux médecins du service réanimation, qui continuent à travailler.

Au centre hospitalier de Melun, les médecins travaillent actuellement plus de 60 heures par semaine pour faire face à l\'afflux de malades du coronavirus.
Au centre hospitalier de Melun, les médecins travaillent actuellement plus de 60 heures par semaine pour faire face à l'afflux de malades du coronavirus. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

En Île-de-France, les services de réanimation sont au bord de la saturation. Mercredi 1er avril, 36 malades ont été évacués par train vers la Bretagne. Au centre hospitalier de Melun (Seine-et-Marne), le système médical tient encore le coup grâce au dévouement et à une extraordinaire capacité d'adaptation du personnel.

Le service pédiatrie réquisitionné

À deux pas du respirateur, figé sur la porte de la chambre, un petit autocollant d’enfant reste accroché, dernière trace de ce qu’était le service avant l’épidémie. Le centre hospitalier de Melun a considérablement élargi la surface de la réanimation. Elle empiète maintenant sur la salle de réveil et sur ce service pédiatrie, équipé la semaine dernière."Sur les secteurs où il y avait des lits disponibles et où l'on pouvait assez facilement s'étendre, nous avons récupéré de la surface pour pouvoir faire une douzaine de lits supplémentaires", explique le docteur Mehrane Monchi, chef du service de réanimation.

On fait au mieux avec ce qu'on a mais c'est vrai que je ne pensais pas vivre ça dans ma jeune carrière.Idriss, interne venu en renfortà franceinfo

Le centre hospitalier de Melun a triplé ses capacités de réanimation depuis la crise du coronavirus. Il a repoussé les limites sanitaires humaines et matérielles au prix d’un effort d’adaptation difficilement imaginable selon Idriss Boudhabhay, interne venu en renfort. "Ce sont des conditions que je pensais ne jamais voir. Tout le monde donne son maximum mais là on en est à devoir adapter toutes nos prescriptions non pas selon ce dont ont besoin les malades mais vraiment avec ce qui reste".

Économiser des sédatifs

Les chiffres d’admissions montent en flèche depuis une semaine. La moyenne est de quatre à six patients par jour, neuf pour la seule journée du samedi 28 mars. L'équipe médicale en est réduite au système D : réduire le nombre de pousse seringues, installer des respirateurs de transport, utiliser les masques de plongée offerts par une grande marque de sport pour l’assistance respiratoire. "Ce sont des masques qui sont adaptables avec des pièces imprimées, explique le médecin Olivier Ellrotd, probablement en imprimante 3D qui permettent justement de connecter ces masques à nos respirateurs. Pour répondre à la crise, il a fallu s'adapter."

Mais il y a une ligne rouge dans cette médecine d’état d’urgence. Le stock de sédatif ne tiendra pas au-delà du week-end prévient le docteur Mehran Monchi, qui doit déjà adapter la médecine aux limites matérielles : "Il y a une fraction de personnes qui continue d'avoir besoin d'une sédation lourde, d'être lourdement endormi et ventilé sur le ventre, voire avec des curares, décrit le médecin hospitalier, mais on essaie de plus en plus tôt d'alléger la sédation et de les mettre en ventilation partiellement spontanée pour économiser la sédation et pour éviter de se retrouver à cours de médicaments."

En l'absence de symptômes qui nous empêchent de travailler, on vient voir les patients"Gaël Michaud, médecin en réanimation positif au Covid-19à franceinfo

Dans l’hôpital, une vingtaine de soignants ont été contaminés par le Covid-19, dont deux médecins du service réanimation, qui continuent à travailler. Le nombre prime sur le confinement dit Gaël Michaud qui a les symptômes depuis une quinzaine de jours : "Si jamais on restait chez nous, ça ferait une grosse charge sur les médecins présents et quand on augmente le nombre de patients par médecin, on augmente la charge de travail. On est capables de travailler."

Aujourd’hui les médecins travaillent plus de 60 heures par semaine et le service de réanimation doit renouer avec son passé. Une vingtaine de personnes sont venues en renfort. Des anciens ont été rappelés comme Cindy, infirmière en clinique qui a quitté la réanimation il y a sept ans. "On a vu aussi avec mes patrons qui ont accepté que je vienne renforcer l'équipe ici. On a besoin d'être doublés de nouveau mais j'ai quand même des bases qui sont restées", raconte-t-elle.

Le centre hospitalier de Melun compte actuellement 58 lits de réanimation contre 22 avant la crise. Il est épaulé par la clinique Saint-Jean l'Ermitage. Aucun patient n’a été refusé. Ce week-end, l’hôpital dénombrait au total 12 décès, dont le célèbre saxophoniste Manu Dibango.