"Symbole de l'échec" ou "mesure inévitable" : les médecins divisés sur la pertinence d'un couvre-feu pour lutter contre le Covid-19

Le Conseil scientifique estime que c'est une mesure à envisager pour éviter un reconfinement généralisé. Mais d'autres scientifiques pensent que le gouvernement devrait plutôt concentrer ses efforts sur le dépistage.

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Devant le célèbre bar "Au chat noir", à Paris, le 6 octobre 2020.  (THOMAS COEX / AFP)

Faut-il mettre en place un couvre-feu dans les zones où le Covid-19 circule le plus activement en France ?  Cette option, déjà en vigueur en Guyane, fait partie des nouvelles mesures de restriction discutées lors du Conseil de défense, mardi 13 octobre, et pourrait constituer une des annonces d'Emmanuel Macron ce mercredi soir. Si cette idée d'une fermeture des commerces en soirée est défendue par le Conseil scientifique, certains médecins la jugent inadaptée à la situation sanitaire.

"On n'évitera pas des mesures plus fortes"

Alors que la France est l'un des pays les plus touchés par l'épidémie de Covid-19 - avec un taux d'incidence en forte hausse notamment à Paris - et que huit métropoles sont en alerte maximale, Jean-François Mattéi, président de l’Académie nationale de médecine estime sur franceinfo "qu'on n'évitera pas des mesures plus fortes". "Nous avons encore une possibilité d'éviter le reconfinement total - car il est dramatique pour le pays et son économie - mais on ira vers des confinements partiels qui peuvent être localisés géographiquement, ou bien nous irons vers un couvre-feu, par exemple de 20h à 5h". Pour appuyer son propos, l'ancien ministre de la Santé cite l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique et l'Australie, pays dans lesquels une ou plusieurs municipalités ont instauré un couvre-feu. 

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"Il faudra très probablement renforcer le télétravail, malheureusement renforcer les mesures qui entourent les Ehpad, et probablement en arriver à un certain type de couvre-feu, abonde Bruno Mégarbane, chef du service réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière à Paris. La terminologie de couvre-feu regroupe des mesures plus ou moins restrictives, certaines pourraient être acceptées par la population."

"On n'est pas proactifs, on est réactifs"

Les modalités et les territoires concernés par un éventuel couvre-feu restent à définir mais pour l'épidémiologiste Catherine Hill, il ne s'agirait que de "mesurettes" inefficaces. "Pour contrôler l'épidémie, c'est simple : il faut trouver les gens qui sont contagieux et les isoler, défend-elle sur franceinfo. Il faut les trouver rapidement et ce n'est absolument pas ce qu'on fait." Selon la scientifique, la France a les moyens de tester 10 à 20 millions de personnes par semaine "si on acceptait d'utiliser tous les outils à disposition".

Selon Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML), invité de franceinfo, un couvre-feu "est un confinement nocturne et le confinement c'est le symbole de l'échec. Quand on confine, c'est qu'on a échoué avec toutes les mesures précédentes". Il estime que depuis le début de l'épidémie, le gouvernement fait preuve d'un manque d'anticipation. 

Pour moi, c'est symbolique d'un gouvernement qui court après la maladie et c'est tout ce qu'il ne faut pas faire.

Jérôme Marty

à franceinfo

"Il faut la précéder. Il faut être proactif par rapport à cette maladie. Et là, on n'est pas proactif, on est réactif", poursuit-il. Jérôme Marty pense que la bonne stratégie aurait été de cibler et d'isoler "les lieux dangereux. Des écoles, les abattoirs, les Ehpad, les cliniques" et de mettre des tests antigéniques à disposition des médecins généralistes. Le président de l'UFML dénonce par ailleurs "une culpabilité" que les autorités feraient peser injustement, selon lui, sur les citoyens.

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