Soutien financier aux librairies restées ouvertes malgré le confinement : "Ce n'est pas une fronde, c'est un élan du coeur", juge Didier van Cauwelaert

L'écrivain précise qu'il va régler le montant des amendes reçues par une librairie cannoise qui a continué d'ouvrir pendant le confinement. 

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Didier van Cauwelaert en novembre 2019.  (SYLVIE CAMBON / MAXPPP)

"Ce n'est pas une fronde, c'est un élan du coeur", a déclaré mercredi 18 novembre sur franceinfo Didier van Cauwelaert, écrivain, prix Goncourt 1994 et parrain de la librairie "Autour d’un livre" à Cannes, restée ouverte malgré le confinement et aujourd'hui menacée de fermeture administrative. C'est pour la soutenir que Didier van Cauwelaert et Alexandre Jardin, écrivain, s’engagent à payer les amendes des librairies qui restent ouvertes pendant le confinement, alors que doit se tenir ce mercredi un nouveau Conseil de défense pour faire le point sur l'épidémie de Covid-19

franceinfo : Vous êtes le parrain de cette librairie cannoise et avec d'autres écrivains, vous avez annoncé que vous étiez prêt à payer les amendes auxquelles s'exposent la propriétaire. S'agit-il d'une sorte de fronde ?

Didier van Cauwelaert : C'est un élan du cœur au départ. C'est-à-dire que quand tout à coup la propriétaire de la librairie "Autour d'un livre" me dit qu'elle reste ouverte et qu'elle accepte les amendes, de mon côté je me dis que je vais les payer. Je suis le parrain de la librairie. On ne va pas rajouter dans ses frais financiers ce genre de choses. J'appelle donc Alexandre Jardin et il me dit que c'est une super idée et qu'il va en parler à d'autres. Ce n'est donc pas une fronde, c'est vraiment un élan du coeur. Et après, d'autres écrivains nous ont suivi comme Franz-Olivier Giesbert, Amélie Nothomb, François de Closets, entre autres. [...] Précisons aussi que le maire de Cannes, David Lisnard, soutient le maintien. Il est allé acheter physiquement ses livres dans cette librairie et c'est la police nationale qui est venue. Et les policiers eux-mêmes ont dit à la libraire 'On est désolés, on a honte de ce qu'on nous fait faire. Honte. Nous sommes obligés d'appliquer la loi.'

Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Je suis le parrain de cette librairie depuis son ouverture. Il n'y avait pas eu en 15 ans de librairies indépendantes à Cannes et sa propriétaire a relevé ce formidable pari. Elle m'a reçu dans sa librairie pour présenter mes livres. Et je suis devenu le parrain [...] Je suppose qu'un technocrate s'est trompé dans les cases en cochant ce qui était essentiel ou pas. Parce que, évidemment, le droit à la culture est quelque chose d'indispensable contre lequel des gens sont morts et nous portons ces combats en nous. De toute façon, cette libraire - comme la grande majorité des libraires indépendants - était sortie exsangue du premier confinement et aurait fermé définitivement si là elle avait fermé ses portes.

Est-ce que ce que vous faites, c'est-à-dire payer les amendes à des personnes qui n'obéissent pas à la loi, ça s'appelle de la désobéissance civile ?

Ca veut dire quoi payer les amendes ? Ca veut dire faire un chèque à la librairie. Elle est où la transgression ? Nous soutenons les libraires. J'ai la chance d'avoir un vaste public, les gens peuvent m'acheter sur les plateformes mais les romanciers débutants ? Les philosophes ? Les poètes ? Les auteurs plus difficiles qui ont besoin des libraires, du bouche à oreille, du conseil de lecture ? [...] J'adore le vin mais quand je vois une librairie fermée à côté d'un caviste ouvert... Mais il ne faut surtout pas dire ça, parce que sinon ils vont fermer les cavistes comme ce qu'ils ont fait avec les grandes surfaces. Quand les libraires ont dit 'on ne peut plus vendre de livres, mais des grandes surfaces, oui', le gouvernement - au lieu de permettre aux libraires de remplir leur mission - a fermé les rayons livres dans les grandes surfaces. Quand on va faire ses courses, ça ressemble à une scène de crime. Quel signal on envoie aux gens, aux enfants ?

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