"On ne peut pas être au four et au moulin", alerte un syndicat de police après le renforcement du couvre-feu

Pas de troisième confinement, mais un renforcement du couvre-feu. C'est ce qu'a annoncé Jean Castex, le Premier ministre, vendredi 29 janvier. Mais pour le syndicat de police Alternative Police CFDT, il y a d'autres missions prioritaires et peu de choses devraient changer dans les faits.

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Radio France
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Denis Jacob, le secrétaire général du syndicat Alternative Police CFDT en 2017. (LEON TANGUY / MAXPPP)

"On ne peut pas être au four et au moulin", a alerté samedi sur franceinfo Denis Jacob, le secrétaire général du syndicat Alternative Police CFDT, alors que le Premier ministre a annoncé des mesures sanitaires plus restrictives et notamment le renforcement des contrôles des forces de l'ordre pendant le couvre-feu dès dimanche.

"On ne va pas faire un contrôle d'attestation alors qu'on est appelés pour une femme qui fait l'objet de violences par son conjoint, a lancé Denis Jacob, pour qui il y a des urgences et des priorités qui font qu'on ne peut pas se consacrer à temps plein au contrôle du respect des règles sanitaires."

franceinfo : Que pensez-vous de cette annonce du renforcement des contrôles ? Ils n'étaient donc pas prioritaires ?

Denis Jacob : Ce n'est pas que les contrôles n'étaient pas une priorité, mais je suis le premier à le dire : on ne peut pas être au four et au moulin, les journées ne font que 24 heures. On fait avec les moyens du bord. Nous avons des missions prioritaires qui sont avant tout celles de porter aide, assistance et secours à nos concitoyens, de lutter contre la délinquance et la criminalité et ces activités sont très chronophage. Quand on a du temps supplémentaire pour pouvoir bien faire ces consignes gouvernementales, on le fait. Mais on ne peut pas être partout.

Les effectifs sont à moyens constants, alors renforcer ces contrôles, il n'y a pas de problème. On est là pour faire notre travail. Nous sommes des policiers républicains, et il en va de la sécurité sanitaire aussi de la population. Mais on ne va pas faire un contrôle d'attestation alors qu'on est appelés pour une femme qui fait l'objet de violences par son conjoint. Il y a quand même des urgences et des priorités qui font qu'on ne peut pas se consacrer à temps plein au contrôle du respect des règles sanitaires.

Cela risque donc de ne rien changer en termes de contrôles ? 

On continuera à faire ce qu'on fait depuis le mois de mars, c'est-à-dire qu'on a eu des confinements, des déconfinements, des règles sanitaires à respecter et qà chaque fois qu'on se trouvait dans le cadre de personnes qui ne les respectaient pas, on les verbalisait. Vous connaissez comme moi les statistiques qui ont été données dans le cadre des dernières semaines et des derniers mois. On sait qu'il y a eu un peu plus d'un million de personnes contrôlées pour 110 000 verbalisations.

Il faut aussi le souligner, il y a de la part de la population un grand sens du civisme et un respect des consignes gouvernementales, ce qui nous a permis aussi de pouvoir faire notre travail dans de bonnes conditions. Vous savez, il n'y a pas grand-chose qui change en termes de nouvelles règles sanitaires : cela concerne les grandes surfaces de plus de 20 000 mètres carrés et non-alimentaires, le renforcement des contrôles aux frontières. Globalement, ça ne va pas changer ce que l'on faisait depuis l'annonce du couvre-feu à 18h.

Qu'allez-vous demander pour le coup d'envoi du Beauvau de la sécurité, dimanche ?

Dimanche, ça va être une présentation générale, mais on ne va pas parler en détail de ce que l'on va porter. Cela va faire l'objet de groupes de travail. On attend une réforme en profondeur de l'institution police, tant structurelle que fonctionnelle qu'organisationnelle. Donc, c'est vaste. Il y a beaucoup de choses à dire, beaucoup de choses à porter et on espère qu'en quatre mois il en sortira des grandes lignes concrètes.

La situation est tellement critique en interne, notamment pour les conditions de travail de mes collègues que tout est important. La première des mesures qu'il faudrait obtenir, c'est la protection juridique de nos collègues. Je rappelle qu'il y a eu une intervention de police toutes les 10 secondes pour 5 millions d'interventions par an. Nous demandons de manière forte depuis des années, la dotation généralisée des caméras-piétons de façon à ce que du côté de la police, on puisse opposer nos vidéos à celles qui circulent sur les réseaux sociaux pour stigmatiser, insulter, et menacer les policiers.

Gérald Darmanin a annoncé une arrivée massive de caméras en juin prochain ?

Les caméras, c'est prévu en juillet 2021. C'est 30 000 caméras. Nous sommes 106 000 gradés et gardiens de la paix. Donc, vous imaginez bien que 30 000 caméras, c'est une très bonne chose, mais ça reste insuffisant par rapport à l'effectif présent. Au titre de notre organisation et au regard aussi de la polémique que l'on a connue ces dernières semaines, nous pensons qu'il faut effectivement revoir la problématique de la formation théorique et continue. Mais avant de parler de formation, peut-être faut-il se pencher sur le recrutement qui est fait dans la police nationale, qui semble beaucoup moins efficient qu'il ne l'était il y a quelques décennies et qui permettrait peut-être d'exfiltrer des personnes qui, en fin de compte, n'ont rien à faire chez nous.

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