Confinement : neuf graphiques pour comprendre l'augmentation des déplacements par rapport au printemps

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Malgré l'incitation à généraliser le télétravail, les Français sont plus mobiles lors du deuxième confinement, notamment en raison des déplacements professionnels. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Ecoles ouvertes, plus faible recours au télétravail... Ce deuxième confinement, plus allégé que celui de mars, a un impact moindre sur les déplacements. Et donc sur la circulation du virus ?

"Un confinement adapté, qui cherche à limiter au maximum tous les déplacements non essentiels mais qui préserve l'éducation de nos enfants et limite autant que possible ses impacts sur l'emploi et sur l'économie." Jeudi 12 novembre, deux semaines après l'entrée en vigueur du nouveau confinement, le Premier ministre Jean Castex illustrait la ligne de crête sur laquelle se place le gouvernement. Un jeu d'équilibriste qui tranche avec le confinement du printemps.

Car là où le 17 mars, la vie économique, sociale et éducative avait été mise brutalement à l'arrêt, ce nouveau confinement, qui a débuté le 30 octobre, ne semble pas avoir le même visage. Les nombreuses différences qui apparaissent lorsqu'on observe la mobilité des Français en témoignent. De nombreuses données, mises à disposition par des organismes publics spécialisés, ou par des géants du numérique tel que Google, permettent de tirer les premières conclusions.

Des Français qui se déplacent davantage

Cela ne fait pas de doute, les Français sont beaucoup plus mobiles pendant ce deuxième confinement. Il suffit de comparer la circulation sur les routes pour s'en rendre compte. Le suivi réalisé par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) est sans appel. Le trafic routier n'a diminué que de 21% en moyenne par rapport à la situation "avant crise" (en janvier et en février), entre le lundi et le vendredi de la première semaine du deuxième confinement. C'est beaucoup moins que pendant le confinement du printemps. Les baisses quotidiennes tournaient alors autour 70%, entre le lundi et le vendredi. Les deux graphiques ci-dessous montrent que le trafic a beaucoup moins diminué cet automne par rapport au printemps dernier.

Les temps de parcours en voiture, fournis à franceinfo par l'entreprise TomTom, montrent également que les embouteillages ont beaucoup moins baissé que pendant le premier confinement. Le fabricant de systèmes de navigation GPS calcule un indice de congestion des routes, en comparant le temps de trajet effectif de ses utilisateurs avec le temps de trajet le plus court effectué sur un parcours donné. De telle sorte que plus un automobiliste met du temps pour faire ce trajet, plus l'indice de congestion augmente. Ces données, analysées par franceinfo, montrent que la densité du trafic pendant le deuxième confinement descend à des niveaux équivalents à ceux du déconfinement de mai dans la plupart des grandes métropoles.

Pour mesurer la différence entre le premier et le deuxième confinement, franceinfo a isolé les indicateurs du 23 au 27 mars et du 2 au 6 novembre, soit les premières semaines pleines de chaque confinement. Le calcul de la baisse de la densité du trafic par rapport aux mêmes périodes en 2019, montre, là encore, de grandes différences d'un confinement à l'autre.

Ainsi, alors qu'à Paris, la congestion du trafic avait baissé de 90% par rapport à 2019, pendant le premier confinement, la différence n'est que de 64% pendant le deuxième confinement. Les données de TomTom montrent également des disparités selon les territoires. Ainsi à Marseille et à Nice, la densité de la circulation enregistre une baisse de seulement 40% début novembre, alors qu'elle avait chuté de plus de 60% au mois de mars.

Ce que l'on a noté partout, en revanche, est un pic exceptionnel de circulation le jeudi 29 octobre, veille du nouveau confinement. D'après le ministère des Transports, un total de 2 012 km de bouchons a été constaté en France. Les données de TomTom montrent un indice de congestion de +50% sur la journée à Paris, mais de +184% à Rennes ou +106% à Lille, par rapport à la normale de 2019.

Contacté, le ministère des Transports donne plusieurs explications aux records de bouchons constatés ce jour-là : "Les retours de vacances [de la Toussaint] anticipés et concentrés sur une journée plutôt qu'étalés sur la fin de semaine, une forte augmentation des déplacements intramétropoles (par exemple de nombreuses personnes se sont précipitées pour faire des courses jeudi en anticipation du confinement), et de nombreux incidents et accidents intervenus sur le réseau francilien." Sur certains axes d'Ile-de-France, 60% des encombrements se situaient dans le sens des retours, indique le Ministère.

Un confinement très respecté le week-end

Les Français sont-ils plus indisciplinés qu'au premier confinement ? En réalité, ce que montrent les indicateurs de mobilité, c'est surtout une forte hausse des déplacements au travail. Les données publiées par Google, à partir des informations de géolocalisation de ses utilisateurs sur mobile, montrent que les déplacements sur le lieu de travail ont beaucoup moins diminué qu'au premier confinement.

En moyenne, la baisse est de seulement -30% entre le 2 et le 6 novembre, contre -60% entre le lundi 23 et le 27 mars. Pour Sylvain Brouard, directeur de recherche à Sciences Po, cette différence s'explique entre autres par un plus faible recours au travail à distance. "Du fait de la stratégie actuelle du gouvernement vis-à-vis du télétravail, inciter sans obliger, les opportunités pour passer au télétravail sont différentes", explique-t-il à franceinfo.

Un rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publié le 12 novembre, constate également que la baisse des déplacements est beaucoup moins forte entre le deuxième et le premier confinement : -33% du 2 au 6 novembre contre -67% du 23 au 27 mars. Or, les auteurs de ce rapport, qui s'appuient sur des données de téléphonie fournies par l'opérateur Orange, notent également que la baisse de la mobilité est encore plus faible aux heures de pointe du matin, autrement dit au moment de partir au travail ou d'emmener les enfants à l'école. "Les données sur lesquelles nous nous appuyons ne permettent pas de savoir pourquoi les gens se déplacent. Mais on peut estimer que les baisses plus modestes, constatées entre 7 heures et 9 heures du matin, sont probablement liées au maintien de l'ouverture des écoles et de plusieurs secteurs d'activité", précise à franceinfo l'épidémiologiste Eugenio Valdano, co-auteur du rapport de  l'Inserm.

Si les Français continuent de se déplacer sur leur lieu de travail, du lundi au vendredi, ils semblent au contraire rester chez eux le week-end. Les mesures du trafic routier, publiées par le Cerema, montrent que, pendant le deuxième week-end du confinement, la circulation est redescendue à un niveau quasi équivalent à ceux observés en mars et en avril. Alors que la circulation sur les routes, les samedis et dimanches, avait subi une baisse de plus de 80% au printemps, le week-end des 7 et 8 novembre a vu une baisse du trafic de plus de 70%, d'après les données du Cerema.

De fortes disparités d'un territoire à l'autre

Mais entre les salariés susceptibles de télétravailler, et ceux qui n'ont pas le choix de se rendre sur leur lieu de travail, tout le monde n'est pas sur le même pied d'égalité. Franceinfo a croisé les chiffres de la mobilité au travail publiés par Google, avec les données socio-économiques de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), pour chaque département.

Il ressort que la baisse des déplacements au travail est plus forte dans les territoires qui hébergent plus de cadres supérieurs, plus enclins au télétravail. Dans les départements franciliens de Paris et des Hauts-de-Seine, qui comptent les plus fortes proportions de cadres supérieurs (plus de 40% des actifs), les déplacements sur le lieu de travail baissent de plus de 50% sur la période du 2 au 6 novembre. Au contraire, la mobilité au travail ne diminue que de 19% dans le Cantal, 21% dans la Creuse et 23% dans l'Orne, les trois départements les moins pourvus en cadres supérieurs parmi leurs actifs.

Pour Mirna Safi, chercheure à Sciences Po et auteure d'une étude sur les inégalités face au premier confinement, ce constat n'est pas si surprenant, à une exception près. "Avec l'expérience du premier confinement, on aurait pu imaginer voir encore plus de baisses de déplacements là où il y a plus de cadres, avec une convergence entre le premier et le deuxième confinement." A Paris, le département, qui abrite la plus grande proportions de cadres, les déplacements au travail ont au contraire beaucoup moins baissé cet automne qu'au printemps.

Inversement, le croisement des données de Google et de l'Insee montre que plus un département présente une part d'ouvriers importante, moins la mobilité vers le lieu de travail diminue. Cette disparité entre les territoires se constatait déjà au premier confinement. Entre le 23 et le 27 mars, ce type de déplacements avaient diminué de plus de 85% à Paris et dans les Hauts-de-Seine, tandis que la baisse tournait autour de 70% dans la Haute-Marne, la Mayenne et la Vendée, les trois départements qui comptent les plus grandes proportions d'ouvriers (30% des actifs). Mais cette différence s'est accrue au deuxième confinement. Entre le 2 novembre et le 6 novembre, les déplacements n'ont diminué que de 17% en Haute-Marne et de 18% en Mayenne et en Vendée. Très loin de Paris (-56%) et des Hauts-de-Seine (-52%).

Un lien entre déplacements et circulation du virus ?

Cette disparité entre les territoires se constate aussi sur la circulation du virus. Lorsqu'on observe l'évolution du taux d'incidence (nombre de cas positifs pour 100 000 habitants), depuis le début du confinement, on constate que la propagation du Covid-19, bien que liée à de multiples facteurs, a le plus chuté dans les départements où les Français se déplacent le moins au travail. A l'inverse, la circulation du virus a accéléré dans les départements où les déplacements au travail ont le moins baissé. Dans le Territoire de Belfort, le taux d'incidence a augmenté de 27% par rapport au début du confinement. En Haute-Marne et en Haute-Saône, il a augmenté de 20%. Tandis  qu'à l'inverse, le taux d'incidence a fortement chuté à Paris (-53%) et dans les Hauts-de-Seine (-47%).

Lors du premier confinement, une équipe de chercheurs de Sciences Po avait étudié cette corrélation. Dans leur enquête portant sur un panel de 924 sondés, ils notaient que "les personnes travaillant à l’extérieur du domicile en avril sont trois fois plus susceptibles de se déclarer atteintes du Covid-19".

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