Inactivité physique chez les jeunes : "C'est une alerte qui est essentielle à entendre", selon un pédopsychiatre

Sylvie Tordjman estime que la situation s'est empirée avec les deux confinements. 

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Radio France
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Un enfant joue avec une tablette sur un canapé. (Illustration).  (THIERRY GACHON / MAXPPP)

Sylvie Tordjman, professeur de pédopsychiatrie, chef du Pôle de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'Université Rennes 1, et co-auteur de l'ouvrage Du confinement au déconfinement : nouvelles perspectives en pédopsychiatrie, a expliqué lundi 23 novembre sur franceinfo que l'"activité physique est loin d'être du luxe", c'est "une nécessité indispensable". Pourtant, une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alerte sur la sédentarisation des jeunes. Deux tiers des adolescents 11 à 17 ans sont particulièrement exposés à des risques pour la santé parce qu'ils passent plus de deux heures de temps chaque jour devant l'écran et parce qu'ils sont en-dessous d'une heure d'activité physique par jour, d'après cette étude réalisée avant la crise sanitaire liée au Covid-19.

franceinfo : Les conclusions de cette étude vous surprennent-elles ?

Sylvie Tordjman : Cela ne nous surprend pas. En tout cas, c'est un constat que l'on fait par rapport aux adolescents, en particulier les collégiens que l'on suit et pour lesquels, en particulier concernant cette période de reconfinement où, il y a une diminution, voire une suppression des activités extrascolaires comme les activités sportives. On retrouve en effet, face à l'augmentation de la sédentarité, une diminution de l'activité physique. Il y a aussi les conséquences des précédents confinements, où il y a eu en effet une surconsommation d'écrans avec des jeunes, en particulier les collégiens, qui n'étaient pas forcément dépendants et qui ont pu, en effet devenir dépendants aux écrans. Il y a une difficulté des parents à se positionner, peut-être par rapport à un problème d'autorité parentale, aussi pour ne pas entrer en conflit avec leurs jeunes. Cela peut être compliqué d'enlever le téléphone portable le soir avant de se coucher. Or, là, il y a en effet une question de santé, d'alerte extrêmement importante à donner puisque les jeunes peuvent se désynchroniser, avoir des rythmes de sommeil qui sont totalement inversés et avec des conséquences sur le plan de la santé, aussi bien physique que mentale, qui peuvent être très graves. C'est en effet une alerte qui est essentielle à entendre.

Qu'est-ce que les parents peuvent faire ?

Même si les jeunes ne sont pas reconfinés directement, ils se retrouvent quand même tous les soirs dans des environnements familiaux confinés, avec des pertes complètes des repères temporels. On assiste à une désynchronisation, en particulier des rythmes de veille-sommeil, des horloges biologiques en général. Et c'est là où les parents ont un rôle essentiel à jouer, c'est-à-dire de respecter pour eux-mêmes, mais aussi de faire respecter à leurs enfants des heures régulières pour maintenir une activité physique, sachant que cette activité physique est loin d'être du luxe, c'est absolument une nécessité indispensable. Ça fait partie des facteurs d'environnement qui sont des donneurs de temps et qui vont permettre une bonne synchronisation de ces horloges biologiques sans laquelle on peut en effet avoir des problèmes vraiment aussi bien physique que mental. Il y a aussi l'importance régulière de coucher et de lever. C'est là où il est important d'éteindre les écrans, de ne pas être une heure avant le sommeil avec des écrans, de pouvoir réguler ces heures de consommation d'écrans.

Depuis le reconfinement, vous observez ces problématiques chez les jeunes ?

On a eu une recrudescence. Soit directement avec un état de mal être et avec une consommation d'écrans avec des jeunes qui sont d'ailleurs déscolarisés et pour lesquels on se rend au domicile avec des équipes mobiles, soit avec des troubles indirects comme des troubles anxieux et une somatisation de type douleurs abdominales. Mais on a également pu assister à une véritable recrudescence, surtout en période de confinement, depuis le début novembre, de crises suicidaires. A savoir aussi bien des idées suicidaires que des tentatives. Et donc là, il y a une réelle alerte à avoir. C'est vrai que l'enquête a été faite avant que les confinements, mais on peut considérer que le problème de confinement et de reconfinement viennent amplifier cette problématique. C'est en effet enfin le moment de pouvoir donner l'alerte et que les personnes puissent être sensibilisées pour elle-même, mais également pour les enfants. 

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