Covid-19 : quatre questions sur un éventuel isolement plus "contraignant" des malades

Emmanuel Macron a estimé, mardi 24 novembre, qu'il fallait imposer des mesures plus strictes de confinement aux patients atteints du Covid-19. De quelle façon ? Eléments de réponse.

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Des professionnels de santé effectuent des tests antigéniques rapides dans une rue de Paris, le 23 novembre 2020. (THOMAS COEX / AFP)

"Nous devons être plus contraignants à l'égard de celles et ceux qui ont le virus." Prononcée par le président de la République, Emmanuel Macron, mardi 24 novembre lors de allocution depuis l'Elysée, cette phrase sonne comme une menace. Ou comme un engagement. Des associations de santé et des élus de la majorité prônent en effet un plus strict encadrement des malades atteints du Covid-19 pour éviter un nouveau confinement délétère pour l'économie sur le plan social, sanitaire et économique.  En quoi consisterait cet encadrement et qui y est favorable ? Passage en revue. 

Qu'a dit le chef de l'Etat ?

"Je souhaite que le gouvernement et le Parlement prévoient les conditions pour s'assurer de l'isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante", a déclaré le chef de l'Etat, sans évoquer d'éventuelles sanctions ou amendes, ni parler d'"isolement obligatoire".

"Un vrai débat démocratique doit se tenir, mais si nous voulons éviter un confinement, nous devons être plus contraignants à l'égard de celles et ceux qui ont le virus."

Emmanuel Macron

lors de son allocution depuis l'Elysée, le 24 novembre

Il a promis que "ces personnes seront accompagnées sur le plan matériel, sanitaire, psychologique". Le président de la République a aussi assuré que "cette nouvelle stratégie associera, outre les services de l'État, les maires et leurs services comme les associations concernées".

Qui réclame un isolement plus strict ?

Le groupe Agir ensemble (allié de La République en marche) à l'Assemblée nationale doit déposer un projet de loi en ce sens, mercredi 25 novembre. Cette mesure est également portée par le collectif France Assos Santé dans une tribune publiée par le journal Le Parisien, mardi 24 novembre. Ce collectif, qui fédère 85 associations d'usagers de la santé, réclame un isolement plus strict des personnes positives et de leurs cas contacts pour éviter un troisième confinement de la population.

Les signataires de la tribune, dont le président de la Ligue contre le cancer, Axel Kahn, mettent en avant, pour justifier cette contrainte, "les ravages et l’impact du confinement" "sur le long terme aussi bien sur les plans sanitaires que sociaux et économiques. Les associations œuvrant dans la précarité tirent déjà la sonnette d’alarme."

"Trop de personnes ont déjà tout perdu, et l’aggravation de la pauvreté des familles désespérées entraîne la dégradation de leur état psychologique et l’émergence de pathologies multiples."

Le collectif France Assos Santé

dans "Le Parisien"

En quoi consisterait cet isolement ?

Pour les signataires de la tribune, il s'agit d'"une restriction complète de déplacement et de visite des cas index et des cas contacts, sous contrôle et réduite au temps de la contagiosité (de 7 à 15 jours maximum selon les cas), avec isolement en conditions adaptées" pour les personnes positives et leurs cas contacts. "Il s’agit de miser sur une stratégie plus ferme du dispositif 'tester-tracer-isoler' redéfinie et assortie d’un dispositif d’accompagnement et d’appui de toutes les personnes, cas index et cas contacts, qui devront être protégées pour respecter un temps de restriction complète de leurs déplacements et de leurs contacts, et donc s’isoler pendant un minimum de 7 jours, et espérer un dispositif à la hauteur des enjeux", écrivent-ils.

Mais parallèlement, ils demandent "l’accompagnement et le soutien des sujets testés positifs, avec ou sans symptômes Covid-19, ainsi que des cas contacts si nécessaire, en offrant un espace protégé mis à leur disposition selon les besoins et tenant compte de leurs conditions de vie".

"Cet accompagnement s’entend en termes de maintien des ressources matérielles (salaires ou rémunérations), obligation de fournir un lieu de résidence confortable, un lien permanent avec un accompagnateur chargé de veiller à l’accès aux soins, à l’approvisionnement, au confort etc."

Le collectif France Assos Santé

dans "Le Parisien"

De son côté, Stanislas Guerini, délégué général de LREM, s'est dit "plutôt favorable à mettre le paquet sur l'accompagnement". "On doit inciter absolument tout le monde, dès les premiers symptômes, à pouvoir s'isoler", a ajouté le numéro un de LREM sur franceinfo.

Mais dans la proposition de loi portée par le groupe Agir ensemble, l'accent est mis sur la sanction. Le non-respect de la quarantaine obligatoire pour les malades pourrait être assorti d'une forte amende. Le montant de 10 000 euros a notamment été évoqué par Olivier Becht, président du groupe Agir ensemble. De telles sanctions existent ailleurs en Europe : "En Italie, tout contrevenant à la mesure de quarantaine risque une peine de 3 à 18 mois de prison et une amende de 500 à 5 000 euros. En Espagne, la punition est encore plus dissuasive : 3 000 euros pour la première violation d'isolement, mais jusqu'à 600 000 euros en cas de récidive", souligne Le Parisien.

Quelles sont les réticences à cette mesure ?

Certains craignent que les Français évitent de se faire tester pour être sûrs de ne pas devoir s'isoler (et pour ne pas risquer une amende). L'argument avait été mis en avant par le Premier ministre, Jean Castex, qui avait fait part de ses réserves : "Moi je suis persuadé que vous avez des gens, si vous leur dites 'Vous avez une obligation de vous isoler', ils ne se feront pas tester", avait-il dit.

Du côté des médecins, certains plaident surtout pour davantage d'accompagnement personnalisé. "Aujourd’hui, les gens reçoivent un SMS pour leur demander de s’isoler, ça ne peut pas marcher. En revanche, si vous prenez le temps de discuter pour expliquer que le but n’est pas de les isoler, eux, mais le virus pour ne pas le transmettre à leurs proches en faisant chambre à part à la maison ou en renonçant à la pause-café avec les collègues pendant dix jours, alors vous devenez beaucoup plus efficace", explique au Monde le chef du service de parasitologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Renaud Piarroux.

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