Covid-19 : "On est en train de rater le confinement", alerte un médecin réanimateur qui critique "une sorte d'insouciance collective"

"On soigne mieux" mais c'est le coronavirus "qui gagne le plus souvent encore", rappelle Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches. Il reproche aux Français de ne pas rester chez eux et de contribuer à "propager très fortement le virus".

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Radio France
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Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), lors d'une interview sur France 2 diffusée le 2 août 2020. (FRANCE 2)

Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches, a affirmé jeudi 5 novembre sur franceinfo qu’on était "en train de rater le confinement". Le système de santé est arrivé "quasi au maximum de ses capacités ", selon lui. "On sait aujourd'hui que le nombre de cas et le nombre de cas graves sera beaucoup plus importants", alerte-t-il. Djillali Annane réclame des mesures "efficaces" contre le Covid-19 notamment la fin des regroupements devant les magasins.

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franceinfo : Le confinement est-il efficace ?

Pr Annane : Il ne semble pas adapté à la gravité de la situation, en particulier la situation hospitalière. Il est très clair que notre système de santé est arrivé quasi maximum de ses capacités. C'est le cas chez nous à Garches. C’est le cas dans de nombreux hôpitaux d'Île-de-France, et dans de nombreuses régions de France aussi. Et ça, c'est une grosse différence avec la situation de mars. Donc la réserve, la marge de manœuvre est extrêmement faible. Elle n'est absolument pas suffisante à elle-même pour que l'on puisse tolérer un confinement raté. Or, on est en train de rater le confinement.

Le couvre-feu, qui était une demi-mesure a fait perdre à peu près une dizaine de jours. Et maintenant, le confinement qui est en place depuis quelques jours, bientôt une semaine, malheureusement, n'a rien d'un confinement. 

Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches

à franceinfo

On est en train de rater le deuxième confinement parce que les règles ne sont pas les bonnes ou parce que nous ne les respectons pas assez  ?

C'est un mélange des deux. L’objectif principal du confinement est de diminuer les contacts entre les personnes pour ralentir la propagation du virus. Force est de constater, depuis le début de sa mise en place, dans certains endroits, il y a parfois même plus de monde et de contacts entre les personnes qu'au moment du couvre-feu. On pense à ces queues que l'on a vues auprès de certains commerces, notamment en fin d'après-midi début de soirée, dans certains quartiers, dans certains endroits. Il y a un petit peu comme une sorte d'insouciance collective sur le fait que le simple fait d'être confiné sans en respecter ce que cela doit être suffirait à vaincre le virus. C’est faux.

Les Français observent aussi qu’on soigne mieux à l’hôpital. Sont-ils trop confiants ?

On soigne mieux à l'hôpital, c'est vrai, mais en aucun cas, le virus a perdu de sa force. En aucun cas, le virus n’est moins mortel aujourd'hui. Donc, le fait que l’on soigne mieux nous a permis de gagner un peu sur les échecs que l'on vivait contre le virus au mois de mars. Mais on est loin aujourd'hui de remporter contre virus. C'est lui qui gagne le plus souvent encore.

Quelle est la solution ?

La solution est de prendre des mesures qui seront efficaces quant à la disparition des regroupements entre personnes.

Il ne fallait pas ouvrir les lycées et les collèges.

Pr Annane

Les écoles primaires je pense que le risque de les garder ouverts est toujours favorable. Par contre, pour les lycées et les collèges, c'est une erreur de les garder ouverts. Il faut fermer les commerces qui ne sont pas strictement nécessaires ou alors, à défaut, il faut trouver une organisation, soit par des rotations ou soit venir sur rendez-vous.

Les Français ne veulent pas vivre un deuxième confinement généralisé. Vous les comprenez ?

Personne ne sait remonter le temps, donc il est clair qu'on ne revivra pas le mois de mars 2020, c'est certain. Mais attention, sur le plan sanitaire, on est en train de vivre quelque chose de pire qu'en mars 2020. On sait aujourd'hui que le nombre de cas et le nombre de cas graves seront beaucoup plus importants. Il y a quelque chose qui est en train de m'inquiéter très fortement. Je vois en particulier dans mon service disparaître les patients non atteints par le Covid-19. Ce n’est pas normal. Cela veut dire qu'il y a une espèce d'autocensure d'un certain nombre de patients de ne pas aller se faire soigner à cause du virus. Autrement dit, qu'est-ce qui se passe dans notre société aujourd'hui ? Les plus fragiles, ceux qui ont besoin de se faire soigner, s'auto-protègent trop notamment, en se soustrayant aux soins et ceux qui devraient être chez eux et ne pas favoriser la propagation du virus par insouciance, en réalité, continuent 

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