Covid-19 : Il ne faut pas répondre aux inquiétudes du confinement par de "faux amis", comme l'alcool ou les psychotropes, indique un psychiatre

Michel Lejoyeux, directeur des services de psychiatrie et d’addictologie des hôpitaux Bichat et Maison Blanche, appelle les Français "à garder une relation à l'autre", même si ce n'est pas toujours facile en temps de confinement. 

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Radio France
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Pendant le premier confinement, beaucoup de Français ont connu un épisode de dépression. Le second confinement aggrave ces épisodes déjà vécus au printemps. (POHTOPQR / MAXPPP)

Face aux inquiétudes liées au nouveau confinement pour lutter contre le Covid-19, il ne faut pas y répondre "avec de faux amis", comme l'alcool ou des psychotropes, prévient sur franceinfo Michel Lejoyeux, directeur des services de psychiatrie et d’addictologie des hôpitaux Bichat et Maison Blanche. Alors que la France entre à nouveau en confinement à partir de vendredi 30 octobre, il appelle à "reconnaître" les réactions de tristesse ou de résignation.

franceinfo : Etre stressé et angoissé à l’idée d’être enfermé pendant plusieurs semaines, c’est grave ?

Michel Lejoyeux : Ce serait très anormal de ne pas l'être. C'est vraiment le moment de faire la différence entre ce qui est de l'ordre de l'émotion, d'une réaction, qui montre que nous sommes vivants, que nous sommes en interaction avec l'autre : la tristesse, la résignation, la privation, reconnaissons-les, elles sont là. C'est différent de ce qu'en psychiatrie nous appelons les maladies, qui sont des états prolongés, durables et indépendants d'une situation. Donc n'y répondons déjà pas avec des faux amis qui pourraient être des psychotropes, de l'alcool, reconnaissons cette réaction, comme une réaction adaptative, normale. Cela nous sauve d'une maladie qu'on connaît, qui est l’alexithymie, l'incapacité à ressentir. Nous ressentons des émotions désagréables, nous sommes vivants et nous sommes accablés légitimement.

Faut-il en parler autour de soi, partager ce sentiment d’anxiété ?

Oui, mais il faut, en même temps que ces émotions dont on vient de parler, savoir que l’on a en nous des capacités de résilience, de résistance, d'affrontements. Donc, il faut parler de l'un et de l'autre.

Comment affronte-t-on ces idées un peu noires ?

Les psychiatres du King's Collège ont montré qu'il ne faut pas s'ennuyer. On a le droit, malgré des conditions vraiment pas favorables, de trouver des motifs d'amusement. On va être un tout petit peu moins exigeant dans ses loisirs. Ce qui est important aussi, c'est de garder une relation à l'autre, même si elle est évidemment compliquée par le confinement. La troisième chose, c’est d’avoir une relation apaisée à l'information : on a eu cette nouvelle épouvantable, mais cela ne sert peut-être à rien de la redire une centaine de fois.

Vous dites dans votre livre qu'il faut passer 10 minutes par jour à ne rien faire, à rêver.

C'est difficile à faire, mais je pense que c'est le moment de revenir un peu aux fondamentaux de la protection des émotions du cerveau. On s'est aperçu que ceux qui avaient la capacité de décrocher dix minutes par jour, moi je le fais avec un peu de musique, avec un texte éventuellement un peu flottant, cela va être très instructif, notamment avec des émotions qui vont venir à ce moment là. On dit toujours gérer ses émotions : il ne faut pas les gérer, il faut laisser venir les pensées et ne pas lutter contre elles.

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