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Covid-19: "Cela va quand même être difficile" d'éviter un reconfinement, estime un épidémiologiste

Le professeur de santé publique au CHU de Lille Philippe Amouyel a estimé samedi sur franceinfo que les restrictions supplémentaires ne seront pas suffisantes pour enrayer la pandémie de Covid-19.

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Radio France
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Jean Castex, le 29 janvier 2021, au palais de l'Elysée. (BENOIT TESSIER / POOL)

Philippe Amouyel, épidémiologiste, professeur de santé publique au CHU de Lille a estimé samedi 30 janvier sur franceinfo qu'il va "quand même être difficile" d'éviter un confinement, une option pour l'instant rejetée par le gouvernement.

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Face à la menace des variants du Covid-19, Jean Castex a annoncé différentes restrictions supplémentaires comme l'interdiction des déplacements en dehors de l'Union européenne, "sauf motif impérieux" et la fermeture des grands centres commerciaux non alimentaires de plus de 20 000 m2. Cela "risque de ne pas être suffisant", estime l'épidémiologiste.

franceinfo : Les mesures annoncées par le Premier ministre vont-elles permettre d'éviter un confinement ?

Philippe Amouyel : Je crois que ça va quand même être difficile, il faut quand même se rendre compte qu'on est aujourd'hui à près de 23 000 cas positifs tous les jours et à 3 130 patients en réanimation. Je vous rappelle que les critères de sortie de confinement qui étaient prévus au mois de décembre, c'était 5 000 cas positifs et moins de 3 000 patients en réanimation. Donc on est largement au-dessus. Ça traduit le fait que l'épidémie progresse. Ce fameux coefficient de reproduction est revenu supérieur à 1. Donc ça circule. Et surtout, on a cette épée de Damoclès des nouveaux variants qui sont en train de prendre le pas. Et c'est ce qui risque de se passer puisque ça s'est passé dans d'autres pays. Maintenant, l'idée, c'est de savoir quel risque on prend entre la balance du bénéfice économique et sanitaire et de l'autre, du risque sanitaire qui se met en face.

Jean-François Delfraissy avait émis un signal là-dessus en disant qu'on n'était pas à une semaine près pour le confinement. Le choix du gouvernement est d'ailleurs d'essayer de mettre de nouvelles mesures. Celles qui concernent les voyages, les transports sont un élément extrêmement important parce qu'elles frappent sur l'entrée potentielle de ces nouveaux variants. Celles qui travaillent sur les grands rassemblements au sein des lieux de commerce et des grands magasins en sont un autre. Mais on n'est pas du tout dans une phase de confinement. Peut-être que le gouvernement attend finalement le 7 février, date à partir de laquelle les vacances scolaires vont commencer.

Pensez-vous que le gouvernement prend un risque ?

C'est clair, on prend un risque. Un risque que l'épidémie flambe. Pour savoir si l'épidémie a flambé, on essaie de faire, nous les épidémiologistes, des projections. Les projections qui avaient été faites par l'INSERM en particulier, avec une hypothèse que le nouveau variant britannique, qui se transmet beaucoup plus facilement, était aux alentours de 1 à 2% signalaient un pic aux alentours de la mi-mars. Le seul problème, c'est que ce niveau de nouveaux variants est probablement beaucoup plus élevé. Les chiffres tendent à aller plutôt vers 10-12% et du coup, l'accélération pourrait être plus précoce. Si elle arrivait mi-février, ça serait vraiment très problématique. L'intérêt de faire ce confinement plus tôt, c'est qu'on bloque cette croissance exponentielle qui risque de survenir. Et surtout, on pourra peut-être le faire durer un peu moins longtemps.

Ces mesures annoncées, notamment la fermeture des grands centres commerciaux, vous paraissent-elles efficaces ?

C'est intéressant. Tout ce qui peut éviter la progression du virus hors du champ professionnel, puisque c'est là essentiellement qu'il se transmet est utile. Mais ce n'est probablement pas complètement suffisant. Il aurait peut-être fallu à nouveau restreindre un peu les mouvements, en particulier pendant le week-end, ou pourquoi pas, garder ce couvre-feu et puis faire un mini confinement chaque week-end pour essayer de réduire. Mais pour l'instant, c'est un élément positif qu'il faut mettre à la panoplie de la lutte contre la progression, mais qui risque de ne pas être suffisant.

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