Coronavirus : la "priorité" est de "lever ce frein" du dépistage pour "diminuer la circulation du virus", estime une infectiologue

Le ministre de la Santé Olivier Veran a annoncé ce week-end sa volonté de réduire la durée de quatorzaine en cas de contamination au coronavirus. Pour l'infectiologue Anne-Claude Crémieux,  si "la période de 14 jours apparaît trop longue", il faut aussi accélérer les procédures de dépistage. 

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Le ministre de la Santé Olivier Véran le 27 août 2020.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL)

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a prévenu ce week-end que la période d'isolement d'un malade infecté par le virus pourrait bientôt être raccourcie. Mais pour Anne-Claude Crémieux, professeure de maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis à Paris et membre de l'Académie nationale de médecine, invitée ce lundi de franceinfo, la "priorité" est de lever le "frein" du dépistage si on veut "diminuer la circulation du virus". Aujourd'hui, il faut en moyenne trois jours pour avoir un rendez-vous et 4 à 5 jours pour obtenir les résultats: "Il faut pouvoir tester les personnes symptomatiques dans les 24 heures après la survenue des symptômes et leur donner le résultat immédiatement", a-t-elle affirmé.

franceinfo : Deux semaines d'isolement c'est trop long ?

Anne-Claude Crémieux : Effectivement, on a pas mal de données aujourd'hui pour mieux fixer cette fameuse période où on est contagieux. On sait qu'on est contagieux 48 heures avant la survenue des symptômes et jusqu'à 8 à 10 jours après. Ce qui fait qu'effectivement, aujourd'hui, la période de 14 jours apparaît trop longue et certaine pays, comme les États-Unis d'ailleurs, le Center for Disease Control, ont raccourci cette période d'isolement à dix jours.

Quel est le bon chiffre ?

C'est aux autorités de décider. Encore une fois, le CDC l'a raccourcie à 10 jours, avec une exception cependant pour les patients qui font des formes sévères ou les patients qui sont immunodéprimés. À ce moment-là, on le sait aussi, l'excrétion du virus peut être plus prolongée. Et là, évidemment, c'est aux médecins de décider la durée d'isolement.

Cette période d'isolement devrait-elle être imposée ?

Non, absolument pas. L'expérience qu'on a en tant qu’infectiologue, c'est que lorsqu'on explique bien aux personnes pourquoi on les isole, elles sont particulièrement enclines à protéger leurs proches. Et elles acceptent de s'isoler. La question, c'est qu'il faut pouvoir leur dire si oui ou non, elles sont infectées.

On ne peut pas garder les gens en isolement dans une période d'incertitude où ils ne savent pas si oui ou non ils ont été infectés, en dehors, évidemment des "cas contacts"

Anne-Claude Crémieux, infectiologue

à franceinfo.

La difficulté pour se faire dépister est un vrai frein dans la lutte contre le virus ?

Absolument. C'est un vrai frein dans notre stratégie qui s'ajoute aux mesures barrières, qui est justement de tester et d'isoler les personnes qui sont porteuses du virus. C'est très important pour diminuer la circulation du virus, la transmission du virus dans la population. On sait que pour que ça soit efficace, il faut pouvoir tester les personnes symptomatiques dans les 24 heures après la survenue des symptômes et leur donner le résultat immédiatement.

À quoi servent les tests quand on met 3 jours à avoir son rendez-vous et 4 ou 5 jours pour obtenir les résultats ?

Vous avez parfaitement raison. C'est à dire que si on a les résultats huit jours après le début des symptômes. Effectivement, à ce moment-là, on est quasiment plus contagieux. Par conséquent, l'isolement ne sert à rien et au fond, on n'a pas du tout utilisé cette politique de tests pour diminuer la circulation du virus.

Ça veut dire que ce fameux million brandi depuis des semaines comme un objectif et qu'on a enfin atteint n'est pas du tout suffisant ?

Il faut augmenter notre capacité à pouvoir faire des tests. C'est un point majeur qui n'est pas résolu. Aujourd'hui, ça veut dire qu'effectivement, on a un problème de frein qui se fait plus au niveau du prélèvement, au niveau du nombre de personnels formés, au niveau des points où on peut se faire dépister. Il faut absolument lever ce frein. C'est une priorité.

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