Confinement : "Il faut s'emparer positivement de cette période pour la supporter mieux", explique un psychiatre

Structurer ses journées, avoir des contacts par téléphone ou par les réseaux sociaux et avoir une activité physique font partie des conseils de Nicolas Franck pour supporter le nouveau confinement. 

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Radio France
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À Bordeaux (Gironde), le premier jour du nouveau confinement en France, le 30 octobre 2020 (photo d'illustration). (FABIEN COTTEREAU / MAXPPP)

"Il faut s'emparer positivement de cette période pour la supporter mieux. Il faut retrouver de la maîtrise", estime Nicolas Franck, psychiatre et chef de pôle au centre hospitalier du Vinatier, à Bron (Rhône), invité de franceinfo samedi 31 octobre. Alors que le nouveau confinement est entré en vigueur vendredi, il estime que, comme pour le premier, ce sont les jeunes qui vont le plus souffrir "de cet isolement et de cette coupure sociale".

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franceinfo : La deuxième vague sera-t-elle pire que la première du point de vue de la santé mentale ?

Nicolas Franck : Je pense que ce sera à peu près la même chose que la première fois. Certaines personnes ont très bien supporté cette épreuve et se sont adaptées. Mais d'autres en ont beaucoup souffert. Je pense que ceux qui ont bien vécu la première vague vont reprendre leurs habitudes, vont recréer leur microcosme quotidien qui leur convient. En revanche, ceux qui s'étaient déjà enfoncés avec la première vague vont repartir d'où ils en étaient et risquent d'aller encore plus bas. Mon inquiétude va vers ceux-là.

L'enquête que nous avons menée au printemps pendant confinement nous montre clairement que ce sont les jeunes qui ont le plus souffert de cet isolement et de cette coupure sociale.

Nicolas Franck, psychiatre

à franceinfo

En particulier les jeunes isolés de leur famille et les étudiants qui ont perdu leur capacité à continuer leurs études parce que les universités ont fermé. Ils sont dans une précarité financière, parfois dans un logement exigu. Leur bien-être mental s'est dégradé et la situation s'est aggravée au fil du confinement.

Quels conseils pourriez-vous donner à ces personnes-là pour qu'elles s'arment au mieux mentalement pour affronter la période ?

Premièrement, il faut structurer ses journées. Ne pas laisser se désagréger son sommeil, son alimentation ou son activité. Ne pas laisser se mélanger, pour ceux qui télétravaillent, la partie consacrée au travail et la partie de la journée consacrée au repos à la vie privée. Deuxièmement, conserver et augmenter ses contacts sociaux puisque l'être humain est un être social.

Pour ceux qui sont confinés seuls, il faut absolument avoir des contacts au téléphone, par les réseaux sociaux ou autres, pour pouvoir maintenir un certain bien-être.

Nicolas Franck, psychiatre

à franceinfo

Il faut aussi avoir une activité physique. Et puis enfin, se fixer, je pense que c'est essentiel, une activité positive de confinement. Certains se sont remis à la cuisine, d'autres au bricolage, d'autres ont écrit un livre pendant le premier confinement, d'autres ont fait du patchwork. Chacun son activité, mais en tout cas, il faut s'emparer positivement de cette période pour la supporter mieux. Il faut retrouver de la maîtrise.

Le maintien de l'ouverture des écoles, cette fois, peut-il améliorer la situation pour les familles ?

Oui, ça a été extrêmement délicat. Les études montrent que les parents isolés avec des jeunes enfants qui devaient faire du télétravail ont eu une plus grande dégradation de leur bien-être pendant le premier confinement. C'est très difficile d'être à la fois enfermé, d'avoir une exigence de travail et de devoir s'occuper d'un bébé ou d'un petit enfant. Donc, pour eux, c'est mieux. Et puis pour les enfants, c'est aussi conserver le lien social, s'occuper et continuer à apprendre. Donc, je pense que c'est une excellente décision. Et pour les week-ends, je pense qu'il faut les préparer. Il faut se fixer un programme collectif avec des enjeux un petit peu positifs. Qu'est-ce qu'on va partager ce week-end ? Comment va-t-on faire ? Et puis, il faut garder aussi des contacts avec la famille plus éloignée.

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