Confinement : épargne, alimentation, électricité… Cinq questions sur les conséquences pour votre budget

Les conséquences économiques du confinement sur les ménages diffèrent selon les situations. Des études portant sur les effets observés au printemps permettent d'y voir plus clair.

Article rédigé par
Florence Morel - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.

La crise sanitaire coûte-t-elle cher aux confinés ? Passer plus de temps à la maison, notamment pour les personnes en chômage partiel ou en télétravail, implique des changements pour les finances de chacun. Diverses études publiées ces derniers mois, à l'issue du premier confinement, le montrent.

Néanmoins, tous les ménages français n'ont pas été logés à la même enseigne, entre mars et juin. Certains ont fait face à une perte de revenu, ont rencontré des difficultés à cause de nouveaux achats obligatoires, alors que d'autres ont pu faire des économies en consommant moins certains produits. On fait le point sur certaines des conséquences importantes dues au confinement en répondant à cinq questions.

1Qui a le plus perdu ?

Mi-octobre, l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a relevé que, d'une manière générale, "en mai 2020, 23% des ménages déclar[ai]ent que leur situation financière s’[était] dégradée depuis le début du [premier] confinement", contre 2% qui notaient au contraire une amélioration. Parmi les 10% de ménages les plus modestes, plus d'un tiers d'entre eux ont dit percevoir une dégradation de leur situation. Cette proportion est deux fois plus faible parmi les 10% des ménages les plus aisés. De plus, les ménages avec enfants sont plus nombreux à mentionner une telle évolution (33%, contre 18% des ménages sans enfants).

Par ailleurs, "alors que la plupart des commerces (hors alimentaire), des services personnels et des hôtels-cafés-restaurants ont été fermés pendant le [premier] confinement, les artisans et les commerçants ont été les plus directement touchés par la chute de l’activité", indique l'Insee. Son étude précise également que plus de la moitié des indépendants ont déclaré "une dégradation de leur situation financière".

Les ouvriers sont 37% à en faire de même. Par ailleurs, plus de 50% d'entre eux déclaraient en mai être passés (en partie ou totalement) par le chômage technique ou partiel, bien plus que n'importe quelle autre catégorie socioprofessionnelle.

2Est-ce que les ménages ont davantage épargné ?

Oui, quand les revenus n’ont pas trop baissé. Ainsi, plusieurs catégories de la population ont réussi à épargner. Parmi elles, "les 10% de ménages les plus aisés concentreraient plus de 15% des 75 milliards d’euros d’épargne accumulée par les ménages au cours des seize semaines étudiées", indique une autre étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (PDF), datée du 26 juin. Même s'ils ont vu leurs revenus baisser, ils ont pu mettre de côté en moyenne environ 4 000 euros entre le 17 mars et le 5 juillet.

De leur côté, les ménages les plus pauvres "ont vu leur revenu disponible soutenu par le versement des aides exceptionnelles aux familles et aux jeunes et ont été semble-t-il moins touchés par la dégradation du marché du travail, étant pour beaucoup déjà écartés du marché du travail avant la crise", rappelle l'étude. Ils ont vu "leur épargne s’accroître de 1 510 euros en moyenne". Toutefois, ce "'surplus' d'épargne" devait surtout permettre de "réduire leur endettement"

"En moyenne, même en bas de la distribution des niveaux de vie, les économies réalisées en termes de transport ou d’hébergement-restauration devraient plus que compenser l’accroissement de certaines dépenses contraintes, notamment celles liées à l’alimentation."

L'Observatoire français des conjonctures économiques

dans une analyse de juin 2020

3Justement, les dépenses alimentaires ont-elles augmenté ?

Oui et non. Lors du premier confinement, certains internautes ont pointé des tickets de caisse étonnamment élevés. Si les prix sont restés stables, a assuré l’UFC-Que choisir, les consommateurs ont pu dépenser plus en raison d’une pénurie de certains produits, ce qui les a parfois obligés à acheter des marques plus chères.

Néanmoins, certaines situations entraînent un vrai changement pour le budget consacré à l'alimentation, à l'image des travailleurs habitués à ce que l’entreprise leur fournisse un repas à bas prix. Un exemple concret : Pierre, qui travaille dans la restauration, est à nouveau en chômage partiel depuis l’annonce du reconfinement. Sa compagne, également dans le secteur, devait renouveler son CDD, mais s’est retrouvée sur le carreau. En plus de ces pertes de salaires, tous deux doivent dépenser plus pour se nourrir. D'habitude, ils consacrent 250 euros par mois à leur budget nourriture. Désormais, ils en dépensent plus de 550. "On grignotait sur nos jours de repos et on mangeait de vrais repas au boulot", raconte Pierre à franceinfo.

Autres portefeuilles fragilisés, ceux des familles dont les enfants mangent à la cantine à des tarifs très bas. En avril, la mairie de Paris a débloqué une aide de 3,5 millions d’euros pour un peu plus de 28 000 familles, en versant des forfaits allant de 50 à 150 euros, a expliqué le quotidien Les Echos. A Nancy (Meurthe-et-Moselle), 350 paniers-repas ont été distribués lors du premier confinement aux foyers qui payaient la cantine au tarif le plus bas. Ces difficultés devraient avoir été atténuées lors du deuxième confinement puisque les écoles, collèges et lycées restent ouverts.

4Est-ce qu’on consomme plus d’électricité ?

Pas forcément. Mi-avril, le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE) observait une baisse globale de 15% de la consommation moyenne d’électricité, une diminution "principalement due à la baisse de l’activité économique". Cependant, du côté des ménages, au contraire, la consommation électrique a légèrement augmenté durant le confinement du printemps, signale la RTE à franceinfo. 

Contacté par franceinfo, le fournisseur d’énergie Engie va dans le même sens. Certes, "le premier confinement n’a pas eu d’impact significatif sur la consommation de gaz", détaille l’entreprise, qui a enregistré une hausse d’environ 1% par rapport à la même période de l’année précédente. En revanche, côté électricité, l’augmentation est plus importante : 8% supplémentaires par rapport à l’année précédente et une hausse de 12% si l’on se focalise sur le chauffage.

Engie explique ces disparités par des modes de vie différents : les clients qui se chauffent au gaz sont plus âgés, plus souvent propriétaires et "restaient déjà avant le confinement chez eux une grande partie de la journée", alors que les clients qui se chauffent à l’électricité sont plus jeunes, citadins, locataires et "semblent plus touchés dans leurs modes de vie".

Contacté lui aussi, le groupe EDF n’avance pas de chiffres mais constate également une faible hausse de la consommation électrique pendant le premier confinement. Selon le fournisseur, l'utilisation plus fréquente des appareils informatiques et des écrans est quasi indolore sur une facture d'électricité. Effectivement, dans une infographie, EDF rappelle que 62% de la consommation électrique est imputée au chauffage, contre 20% pour les appareils électriques et 7% pour la cuisson. Si les conditions météo ont été très favorables aux factures d'électricité pendant le premier confinement, elles pourraient ne pas être aussi clémentes durant le deuxième.

5Quelles sont les nouvelles dépenses ?

Les masques sont les premiers concernés. En juillet dernier, après l'annonce du port obligatoire du masque dans les lieux publics clos, des associations et des médias estimaient à environ 100 euros le budget mensuel pour une famille de quatre personnes.

Les imprimantes constituent un autre produit qui a pris une part plus grande dans les budgets. Entre les attestations de déplacement et les dossiers professionnels, elles se sont révélées indispensables aux yeux de certains ménages. Voilà sans doute pourquoi, dans une étude parue le 6 novembre, l’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir pointe une inflation de 14% depuis le début du reconfinement.

Le graphique montre l'augmentation du prix des imprimantes jet d'encre entre mai 2019 et novembre 2020. (UFC-QUE CHOISIR)

A la fin du mois d’octobre, une imprimante jet d’encre coûtait en moyenne moins de 250 euros, avant que le prix dépasse la barre des 275 euros début novembre. Ce n’est pas une première, puisque le prix des imprimantes avait augmenté de "13% sur les deux dernières semaines du mois de mars et [de] 23% sur la totalité de la période" du premier confinement, indique l'UFC-Que choisir. Les prix n’ont d’ailleurs pas baissé dans les semaines qui ont suivi le déconfinement.