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Confinement, mode d'emploi 3 : faire la guerre aux angoisses... et la gagner

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"C'est dans ma tête" depuis plusieurs semaines, est devenu "Confinement, mode d'emploi". La psychanalyste Claude Halmos répond à des questions précises des auditeurs. Ici la question de David, confiné avec sa femme et ses trois enfants. Il dit traverser des moments de grande angoisse. 

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Radio France
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Un rue piétonne déserte en raison du confinement pour lutter contre le coronavirus, le 6 avril 2020 à Lyon. (SEBASTIEN RIEUSSEC / HANS LUCAS / AFP)

Pour répondre, durant le confinement, aux questions de nos auditeurs, C’est dans ma tête est devenu Confinement, mode d’emploi.
Cette semaine, David nous dit : "Je suis confiné avec ma femme et nos trois enfants, et tout se passe à peu près bien. Mais nous traversons quand même, l’un comme l’autre, des moments de grande angoisse. Le père de ma femme est mort, à l’hôpital, sans que nous ayons pu le voir. Et moi, je suis en chômage technique, avec la peur que mon entreprise ne s’en sorte pas. Comment tenir le coup dans ces conditions ?"

franceinfo : votre réponse, Claude…

Claude Halmos : La question de David montre que ce virus fait aussi beaucoup souffrir nos têtes. Et il faut que nous en soyons conscients ; pour être à même de nous préserver, et de sortir du confinement dans le meilleur état possible.    

Vous pouvez nous en dire plus ?      

L’épidémie nous soumet à des peurs - de la maladie, de l’avenir économique - des peurs tout à fait justifiées, mais dont nous devons éviter qu’elles nous paralysent. Et surtout qu’elles se transforment en angoisses obsédantes ; en se nouant à notre problématique personnelle (douter de soi, peut faire passer de la peur- normale- de perdre son travail, à la certitude –imaginaire- qu’on va le perdre). Ou du fait de l’actualité, qui nous confronte en permanence à trop de choses inhumaines.     

Vous pensez à quoi ?      

À tout ce qui concerne la mort, par exemple. La mort est, pour tout le monde, difficile à accepter ; et même, pour certains, du fait de leur histoire, synonyme d’horreur. En temps normal, cette horreur peut être humanisée, de façon collective, par les cérémonies d’inhumation. Or, nous sommes confrontés là, non seulement, comme dans une guerre, à un nombre terrifiant de morts (et dans des conditions décrites comme terribles). Mais à l’idée –totalement inhumaine- qu’ils ne pourront pas être accompagnés par leurs proches, et inhumés comme ceux-ci l’auraient souhaité. Et tout cela sur fond d’informations, c’est à dire de paroles, et d’images (la liste quotidienne des morts, ou les photos de la morgue de Rungis), qui ne peuvent qu’accroitre la déshumanisation.          

Que peut-on conseiller, alors, à David et sa femme ?      

D’abord de ne pas rester seuls. Parler avec d’autres de ses angoisses, ne les fait pas disparaître, mais peut permettre de prendre un peu de recul. De se dire, par exemple (même si ce n’est pas grand-chose), que mourir loin de ses proches est terrible. Mais que les soignants, dans les hôpitaux, le savent ; et savent donc, même débordés, être présents. Et surtout que le parent décédé savait qu’on l’aimait, et que cela a pu l’aider. Et que peut-être même il n’aurait pas voulu que, pour l’accompagner, on se mette en danger.

Et puis il est important de prévoir, dès maintenant, une cérémonie familiale, où on lui rendra hommage ; avec retard, mais avec force. Et il serait essentiel d’ailleurs qu’après le confinement, une cérémonie soient prévue, dans chaque commune, pour un hommage collectif aux victimes. Ce serait un point s’appui important pour les familles endeuillées.                    

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