Confinement : "Les enfants sont totalement exclus ou presque des discours politiques", regrette une spécialise des psychopathologies

La docteur en psychopathologie et spécialiste dans la prise en charge des blessés psychiques Hélène Romano alerte sur les risques psycho-sociaux liés à l'anxiété des enfants en période de confinement.

Une éducatrice portant un masque discute avec une petite fille dans un centre social près de Lyon.
Une éducatrice portant un masque discute avec une petite fille dans un centre social près de Lyon. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

"Les enfants sont totalement exclus ou presque des discours politiques, (…) ça aurait été intéressant que le président parle aux enfants", regrette la docteur en psychopathologie et spécialiste dans la prise en charge des blessés psychiques Hélène Romano samedi 25 avril sur franceinfo. Elle déclare aussi avoir "près de 20% de demandes [de suivi] supplémentaires de personnes endeuillées, surtout des jeunes".

franceinfo : Avez-vous de nouveaux patients depuis le début de confinement et de la crise sanitaire ?

Hélène Romano : Moi, j'ai mes patients habituels, mais j'ai à peu près 20 % de demandes supplémentaires de personnes endeuillées, surtout des jeunes endeuillés à cause du Covid-19. La plupart sont des jeunes femmes avec enfants qui se retrouvent dans des situations extrêmement complexes. Ce sont des personnes qui ont perdu leurs proches dans des conditions très particulières. Ce ne sont pas des personnes qui ont perdu un grand-parent, ça fait partie de l'ordre de la vie, c'est très difficile dans ce contexte de faire son deuil, pouvoir participer aux rituels est compliqué. Là, ce sont des personnes qui sont très jeunes, qui ont 30 ans, 40 ans, qui se retrouvent endeuillées avec un conjoint qui est parti à 9 heures du matin et qui, à 21 heures, était mort, ou qui est mort quelques jours plus tard. C'est la brutalité de ce deuil, plus les rituels qui sont suspendus, qui rendent une véritable souffrance et qui peuvent complexifier tout ce processus psychique de faire face à la mort.

Le confinement crée-t-il de nouvelles anxiétés, selon vous ?

C'est très difficile pour un individu de faire la part des choses et d'intégrer le fait que dans la vie, la mort, la souffrance font partie du quotidien. Depuis des années, notre société grandit dans un contexte où la mort n'existait pas. On l'a vu après les attentats, cette réalité qui est venue nous rappeler la réalité de la vie, on a tendance à l'oublier. Donc là le Covid-19 et la sortie du confinement sont sources vraiment d'anxiété majeure. Il va falloir les prendre en charge dans le temps. Il y a des compensations qui risquent de se faire, chez les enfants, chez des personnes plus âgées, des décompensations dépressives, des compensations auto-agressives, des risques suicidaires, des conduites addictives dans les semaines, les mois et les années qui suivent.

Pensez-vous que le gouvernement ne pense pas assez au bien-être des enfants pendant cette crise ? Que les enfants seront très marqués ?

Oui, c'est une réalité. Ce sont des enfants qui ont quand même déjà vécu les attentats, les dégradations lors des manifestations des black blocs, etc. Donc là avec le confinement, il y a toute cette peur, cette angoisse et le fait que cette génération vit en sachant que la mort fait partie du quotidien. La génération précédente l'avait véritablement occultée. Et la difficulté pour les enfants c'est que souvent, ils sont considérés comme indemnes parce qu'ils ne manifestent pas leur souffrance comme les adultes, alors qu'ils sont beaucoup touchés par le traumatisme que peut représenter le confinement. Non seulement parce qu'ils ont leur peur à eux à gérer, mais surtout parce qu'ils voient les adultes de leur entourage effondrés et anxieux. C'est très difficile. Il va vraiment falloir porter une très grande attention aux enfants de la génération à venir, en mettant en place dans les milieux scolaires un véritable service de santé scolaire ou des médecins, des infirmiers, dans chaque établissement scolaire pour repérer au plus vite, au plus près, les enfants qui sont exposés, qui présentent des troubles et ne pas attendre qu'ils soient adultes et là manifestent des troubles vraiment trop graves pour pouvoir être prise en charge.

Que faut-il mettre en place pour les enfants ?

Il faut le penser, l'anticiper. Pour l'instant, les enfants sont totalement exclus ou presque des discours politiques. Il n'y a pas eu de présentation, ça aurait été intéressant que le Président parle aux enfants que le Premier ministre explique aux enfants, c'est quand même une part considérable de la population française, mais personne ne leur dit, ne leur explique officiellement. Certains on a la chance d'avoir des parents qui leur expliquent le Covid-19, comment se protéger, ce qui peut être mis en place, mais beaucoup se retrouvent seuls. Ce sont des personnes à part entière qu'il ne faut pas dénier et notre société a tendance malheureusement à minimiser totalement l'impact traumatique des évènements sur le vécu des enfants.