Clusters en prison : "Une des solutions" pour les réduire, "c'est de faire chuter la population carcérale", défend l’Observatoire international des prisons

En raison de la surpopulation dans les prisons, les seuls lieux où les mesures barrières sont appliquées sont les parloirs, affirme François Bès, coordinateur du pôle enquête de l'OIP.

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La maison d'arrêt de la Talaudière (Loire), en juillet 2020. (R?MY PERRIN / MAXPPP)

"Une des seules solutions qui permettraient de réduire considérablement les risques de contamination, c'est bien évidemment de faire chuter la surpopulation carcérale", a affirmé jeudi 4 mars sur franceinfo François Bès, coordinateur du pôle enquête de l’Observatoire international des prisons (OIP). Plusieurs clusters ont été récemment détectés dans des centres pénitentiaires, notamment à Fleury-Mérogis où 18 cas de Covid-19 ont été dépistés il y a quelques jours. François Bès regrette notamment que le projet de réforme de la justice, présenté mardi par le ministre Eric Dupond-Moretti, "n'intègre absolument pas" cette mesure.

franceinfo : Le protocole sanitaire en prison est-il suffisant et est-il respecté ?

François Bès : Il est tout à fait respecté, ce qui est extrêmement dur à vivre pour les personnes détenues qui, depuis plus d'un an, vivent un double confinement, l'emprisonnement et les mesures restrictives à l'intérieur. Tous les jours, des surveillants de prison, des intervenants, des soignants, entrent et sortent de prison. Il est impossible, à part de fermer complètement les prisons, d'empêcher cette circulation des personnes et donc le risque de contamination.

Les gestes barrières sont difficiles à appliquer ?

Oui. On a des maisons d'arrêt qui sont considérablement surpeuplées. Le nombre de détenus recommence à augmenter beaucoup.

Il faut noter que, dans les mesures barrières, les personnes détenues n'ont eu accès au masque qu'au mois d'octobre dernier. Les seuls lieux où les mesures barrières sont appliquées, il s'agit des parloirs qui sont maintenus.

François Bès

à franceinfo

Mais les détenus sont totalement séparés de leur famille, avec des cloisons en plexiglas, avec interdiction de se toucher. Cela n'empêche que le virus d'entrer. On n'a pas de vision exhaustive, puisque l'administration pénitentiaire ne communique pas sur le nombre de personnes touchées. Elle le fait de temps en temps. Mais selon les informations qu'on a, on voit que des prisons de la France entière sont touchées par le virus.

La contrôleure générale des lieux de privation de liberté a interpellé le gouvernement, demandant que des détenus proches de leur fin de peine soient libérés. Est-ce que c'est en cours ?

Absolument pas. Le ministre de la Justice vient de rendre public son projet de réforme de la justice, qui n'intègre absolument pas les mesures qui avaient été mises en place lors du premier confinement par Nicole Belloubet. Nous, également, on le demande. Une des seules solutions qui permettraient de réduire considérablement les risques de contamination, c'est bien évidemment de faire chuter la surpopulation carcérale, que des personnes puissent avoir un encellulement individuel. Dans ce cadre-là, les précautions pourraient se mettre en place de manière beaucoup plus efficace.

Le risque, en cas de cluster dans des centres pénitentiaires, c'est de devoir confiner une prison. Ce serait comme boucher une cocotte-minute ?

Oui, tout à fait, c'est ce qui se passe. À Fresnes, c'est ce qui s'est passé, quand des cas ont été détectés, l'ensemble de la division a été confinée. Et cela crée des situations de tension extrême, notamment dans des établissements qui sont surpeuplés. En temps normal, il y a très peu d'activité, très peu de choses. Là elles ont été considérablement réduites. Et vivre 22 heures par jour avec des personnes, des codétenus qu'on n'a pas choisis, et ne pas bénéficier de sorties pour des activités, sachant que les parloirs sont extrêmement réduits, cela rend les choses encore plus explosives.

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