"Cette crise est en train d'amener des déchets supplémentaires" : le casse-tête du recyclage des masques à usage unique

Jetés dans la nature, les masques de protection usagés deviennent une nouvelle source de pollution potentielle. Rien n’a été prévu pour gérer ces déchets.

Un masque de protection usager jeté sur un trottoir, à Roncq (Nord), le 10 avril 2020. Photo d\'illustration.
Un masque de protection usager jeté sur un trottoir, à Roncq (Nord), le 10 avril 2020. Photo d'illustration. (THIERRY THOREL / MAXPPP)

Vous en avez peut-être vu sur les trottoirs, dans les caniveaux ou les bas-côtés. Des masques de protection usagés, utilisés pour se protéger du coronavirus, jetés par terre par incivilité. Les premiers confrontés aux masques jetés sur la chaussée, ce sont les éboueurs et balayeurs. "Ces masques qui sont jetés comme ça, c'est une inquiétude", déplore Régis Vieceli, secrétaire général de la CGT nettoyage de la ville de Paris. Les éboueurs connaissent leur boulot, on a les gestes qu'il faut pour ramasser."

>> Retrouvez les dernières informations sur le déconfinement dans notre direct

La consigne donnée depuis le début de l’épidémie par le ministère de la santé, c’est de jeter les masques usagés dans des plastiques fermés, et de mettre le tout aux ordures ménagères. Ils sont ensuite incinérés. Mais par leur composition (polystyrène, polycarbonate, polyester), ces masques sont assimilables à des plastiques. Antidia Citores, porte-parole de l’ONG Surfrider, s’inquiète de cette massive augmentation de déchets. "Cette crise est en train d'amener des déchets supplémentaires, déplore-t-elle. Le plastique est souvent aussi un support de ces virus."

Nous avons alerté il y a déjà 15 jours le ministère de l'Environnement, et nous invitons les citoyens à plutôt aller vers des masques réutilisables en textile.Antidia Citores, porte-parole de Surfriderà franceinfo

Dans l’urgence, l’Etat a importé en France plus d’un milliard de masques chirurgicaux, et a encouragé la montée en puissance d’une filière française de production de masques. Pourtant, comme le reconnaissait Agnès Panier-Runacher, la secrétaire d’Etat à l’Economie, à la fin avril, il n’y a pas de filière de recyclage pour le moment. "Certains producteurs réfléchissent à la manière de recycler les masques utilisés, expliquait-elle. Cela peut par exemple être dans l'isolation, mais à ce stade, ces filières ne sont pas organisées."

Un consortium de chercheurs au travail

Un collectif de chercheurs travaille au recyclage des masques à usage unique en milieu médical, afin de pouvoir les réutiliser. Les recherches sont sur le point d’aboutir. "Il faut, dans un premier temps, vérifier que le procédé qu'on utilise pour décontaminer le masque est bien efficace, affirme Laurence Le Coq, directrice de recherche à l’IMT Atlantique. Et puis, dans un deuxième temps, on vérifie que le traitement de décontamination ne lui fait pas perdre ses performances de protection. Ce type de traitement, on pourrait imaginer de pouvoir le transposer assez facilement pour une utilisation plus grand public."

Grâce à des partenaires industriels, le consortium de chercheurs étudie aussi la création d’une filière de recyclage y compris pour les masques grand public. Une fois les derniers tests effectués, ils estiment qu’elle pourrait rapidement se mettre en place.

Comment recycler les masques à usage unique ? Ecoutez le reportage de Grégoire Lecalot
--'--
--'--