Cet été "est vraiment l'occasion de repenser ce qui fait vacances", estime une spécialiste du comportement des consommateurs

Elle anticipe des regroupements "tribaux" après "des mois de séparation", avec "une envie de compenser ce qu'on n'a pas eu, peut-être un retour à la nature".

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Vacances post-confinement, le besoin de se retrouver (photo d'illustration). (FRÉDÉRIC CIROU / MAXPPP)

Cet été "est vraiment l'occasion de repenser ce qui fait vacances", estime samedi 16 mai sur franceinfo Dominique Kreziak, enseignante-chercheuse en marketing à l'Université Savoie-Mont-Blanc. Cette spécialiste du comportement des consommateurs en matière de tourisme et d'environnement estime qu'avec les contraintes liées à l'épidémie de coronavirus, les Français vont opter cet été pour "des destinations un peu moins fréquentées (…) on va regarder peut-être son territoire d'un autre œil". Elle anticipe également des regroupements familiaux, après des mois de séparation liée au confinement, "quelque chose d'un peu plus tribal les uns chez les autres".

franceinfo : Quelles évolutions anticipez-vous pour les congés d'été des Français avec les contraintes liées à la situation sanitaire ?

Dominique Kreziak : Finalement, il n'y aura peut-être pas tant de changements que ça. On a l'impression que tout le monde part à l'étranger, mais je crois que 70% des Français, à peu près, prennent leurs vacances en France. Donc, ceux-là il n'y aura peut-être pas énormément de changements. Par contre, on peut s'attendre à une envie de compenser ce qu'on n'a pas eu, peut-être un retour à la nature, peut-être des changements en termes d'hébergement, c'est-à-dire aller voir la famille qui est loin, les amis qu'on n'a pas pu voir pendant ces deux mois. Donc, on peut imaginer que ça peut modifier les façons de se déplacer et de s'héberger pour ces vacances. C'est vraiment l'occasion de repenser ce qui fait vacances. C'est peut être l'occasion pour des destinations un peu moins fréquentées d'avoir plus de visiteurs. Venir en montagne, c'est vraiment une bonne idée. Il n'y a pas grand monde, il y fera frais et ça peut vraiment être un lieu tout à fait pertinent pour y passer des vacances sur le plan santé, sur le plan nature, on aura tout ce qu'il faut. Mais il y a évidemment d'autres endroits.

D'habitude, les vacances c'est l'occasion de se retrouver à quatre avec son foyer, ses enfants. Là, peut-être qu'on peut s'attendre à quelque chose d'un peu plus tribal pour les vacances. On se retrouvera plus nombreux, on passe les uns chez les autres, on s'invite. C'est justement ce qui nous a manqué. 

Dominique Kreziak, enseignante-chercheuse

à franceinfo

Peut-être faut-il s'attendre à d'avantage d'improvisation, des réservations et billets pris en dernière minute pour s'adapter aux contraintes sanitaires ?

Dans les vacances, il y a l'idée de partir, les gens sont assez clairs là-dessus. Mais par contre, où on va ? C'est très incertain encore parce qu'on apprend au jour le jour ce qui sera possible. La semaine dernière, on pensait que peut-être ce serait juste 100 km. Maintenant, on sait qu'on va pouvoir aller en France, donc il y a sans doute encore pas mal d'attente, ne serait-ce qu'en termes de réservations pour choisir. Et en même temps, il y a un arbitrage à faire, peut-être qu'en ce moment, ce n'est encore pas trop cher. Quand on en saura plus, les prix pourraient commencer à monter.

Réinventer les vacances, c'est temporaire ou vous pensez que ça peut se faire de manière durable ?

J'espère que ce sera durable parce que c'est ce vers quoi le tourisme doit s'orienter. L'idée, ça n'est pas forcément que plus personne ne prenne l'avion ou qu'on aille plus jamais au loin, mais d'y aller probablement moins souvent en y restant plus longtemps. Réserver peut-être tous les deux ou trois ans un grand voyage où on reste quatre semaines vraiment loin. Et puis, le reste du temps, on va partir plus près et on va regarder peut-être son territoire d'un autre oeil. Mais ça veut dire aussi que l'offre doit s'adapter, et pas toujours uniquement imaginer qu'on peut attirer des clientèles très lointaines, mais aussi faire pour les gens qui sont pas loin, qui sont à proximité et qui vont pouvoir peut être découvrir des choses qu'ils connaissent pas du tout, pas loin de chez eux.

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