"Certains ont juste besoin d'un peu d'aide, d'autres ont de réelles souffrances" : des psys à l'écoute des soignants confrontés aux ravages du coronavirus

Des psychiatres et psychologues alertent sur la nécessité de prendre en charge rapidement, en cas de besoin, les personnels soignants, soumis à rude épreuve par la crise sanitaire du Covid-19. Partout en France, des lignes téléphoniques gratuites se mettent en place.

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Au service des urgences de l'hôpital de Mulhouse (Haut-Rhin), dans la partie qui accueille les cas probables de coronavirus (Covid-19), 9 mars 2020. (JÉRÔME JADOT / RADIOFRANCE)

Les journées sont longues et le quotidien peut être lourd à porter pour le personnel soignant depuis le début de l'épidémie de Covid-19. "Je ne sais pas comment on fait pour tenir", témoigne une infirmière de réanimation, consciente qu'elle aura besoin d'aide quand elle sortira la tête de l'eau.

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Entre l'accompagnement des patients "seuls dans leur souffrance", la communication avec les familles et les soins à faire, cette infirmière a l'impression de ne jamais en faire assez et reconnaît être elle-même sous-tension.

Il y a des moments où on flanche un peu plus. Et en même temps on se dit qu'il faut y aller d'abord et on verra après.une infirmière de réanimation

C’est en entendant la souffrance de ces soignants que Vincent Heine, psychanalyste, a proposé d’ouvrir bénévolement une plateforme d’écoute. "Nous aussi, les psys, nous sommes dans une médecine de guerre, c'est 'Omaha Beach'. Si un personnel soignant tombe, il faut qu'on le répare sinon on n'en aura plus", explique-t-il. Selon Vincent Heine, les soignants sont particulièrement déstabilisés par les patients qui meurent seuls et ont le sentiment de ne pas pouvoir parler de leur quotidien à leurs conjoints. 

Ils gardent ça pour eux et c'est ce qu'il y a de pire à faire.Vincent Heine, psychanalyste

Olivier Duris, a, lui, co-fondé la plateforme téléphonique CyberPsycho, pour écouter les soignants et les psys eux-mêmes. "On s'est rendu compte que beaucoup de psys étaient mobilisés, des psys qui, en plus, découvrent parfois la consultation par téléphone. Certains ont juste besoin d'un peu d'aide, d'autres ont de réelles souffrances", explique-t-il. "Les soignants ont aussi besoin d'avoir un espace à eux, où ils se sentent protégés, un espace qui leur permette d'oublier un peu toute l'horreur de la journée", poursuit-il.

Un travail qui se poursuivra au-delà de la crise

Les coups de fils ne sont pas encore très nombreux sur la plateforme d'écoute mise en place par Vincent Heine, le personnel médical étant trop occupé, mais il prévient qu’il maintiendra le dispositif une fois la crise sanitaire passée.  Olivier Duris s'attend lui aussi à un lourd travail post-crise : "Il faut qu'on réfléchisse à ce qui va se passer au moment où le confinement va s'arrêter, à comment accompagner les gens qui vivront le retour 'à la normale'", insiste-t-il.