Ce qu'il faut retenir de la synthèse de Santé publique France sur le Covid-19 chez les enfants et les adolescents

L'agence y examine les caractéristiques cliniques et de transmission du virus chez les plus jeunes, afin de tenter d'évaluer si le retour en classe du 11 mai pourrait entraîner de nouvelles contaminations. Mais au final, n'apporte aucune réponse claire à cette question.

La réouverture des écoles après la mise en place du confinement doit débuter, en France, le lundi 11 mai 2020.
La réouverture des écoles après la mise en place du confinement doit débuter, en France, le lundi 11 mai 2020. (MAXPPP)

C'est un document du 28 pages dont l'ambition est d'"aider à orienter les choix des décideurs et autorités publiques" sur la réouverture des crèches, écoles, collèges et lycées. Santé publique France a mis en ligne, lundi 4 mai, une synthèse de la littérature scientifique actuelle relative au nouveau coronavirus chez les moins de 18 ans.

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L'agence qui dépend du ministère de la Santé y examine les caractéristiques cliniques et de transmission du virus chez les plus jeunes. Elle tente d'évaluer si le retour des élèves à l'école le 11 mai pourrait entraîner de nouvelles contaminations. Franceinfo vous propose de revenir sur les principaux enseignements du texte.

Une synthèse réalisée avant l'émergence de cas évoquant la maladie de Kawasaki

Mise en ligne lundi, cette synthèse constitue un "état de la littérature [scientifique] à la date du 24 avril 2020", prévient le texte. Un élément qui est loin d'être un détail, puisque c'est quelques jours après cette date que les autorités sanitaires de plusieurs pays, dont la France, ont relevé l'émergence de cas d'enfants hospitalisés en raison de réactions inflammatoires inquiétantes qui évoquent les symptômes de la maladie de Kawasaki, pathologie connue mais très rare. Cet élément, que le ministre de la Santé Olivier Véran indiquait la semaine dernière "prendre très au sérieux", n'est donc pas traité dans cette synthèse.

Cette omission s'explique autant par la question de l'apparition récente de cette maladie dans le débat public que par le manque de publications scientifiques à son sujet, prévient Santé publique France, qui indique qu'une "quarantaine de cas sont actuellement en cours d'investigation" dans notre pays. Très rare, cette maladie nécessite en tout cas une attention toute particulière, car les cas signalés "sont vraisemblablement en lien avec une infection symptomatique ou non" par le nouveau coronavirus, prévient l'établissement public.

Les enfants autant touchés que les adultes par le virus, mais le plus souvent de façon bénigne

La synthèse note qu'en comparaison avec celles disponibles chez les adultes, "les données disponibles concernant le Covid-19 chez l'enfant sont encore limitées". Citant les cas de la Chine, de la Corée du Sud ou encore de l'Islande, Santé publique France indique toutefois que les chiffres montrent que "les enfants semblent autant sujets à l'infection par le Sars-CoV-2 que les adultes". Le taux d'infection des enfants chinois de moins de 10 ans (7,4%) est ainsi très proche de la moyenne de l'ensemble de la population (7,9%).

L'agence note toutefois que "les cas pédiatriques de Covid-19 représentent une faible partie (1 à 5 %) de l'ensemble des cas de Covid-19 rapportés dans le monde", ce que la littérature scientifique explique par le fait "que les enfants infectés présentent majoritairement des formes asymptomatiques ou peu graves" de la maladie. Santé publique France note ainsi qu'entre le 1er mars et le 24 avril 2020, 141 patients de moins de 18 ans ont été hospitalisés en France en raison d'une infection par le nouveau coronavirus, ce qui représente 0,16% des cas hospitalisés. Vingt-sept ont été admis en réanimation, et cinq sont morts.

Leur contribution dans la diffusion de la maladie encore difficile à évaluer

Quel rôle joueront les enfants dans la transmission de la maladie durant le déconfinement ? Difficile à dire en l'état, répond Santé publique France. L'agence explique que plusieurs publications scientifiques ont noté que, dans une écrasante majorité des cas (près de 90%), les enfants infectés par le Covid-19 l'ont été "par l'intermédiaire d'une exposition intrafamiliale à un cas suspecté ou confirmé chez un adulte". La transmission d'enfant à enfant, "éventuellement asymptomatiques, est possible mais n'a pas été observée".

La synthèse insiste sur le manque d'enquête de grande ampleur permettant d'évaluer les conséquences de la réouverture des classes sur une éventuelle seconde vague épidémique, mais signale tout de même les résultats de l'étude de l'Institut Pasteur menée dans un lycée de Crépy-en-Valois (Oise). Dans cet établissement situé dans l'un des premiers foyers de l'épidémie de coronavirus en France, 38 % des lycéens ont été testés positifs au Sars-CoV-2, contre 11 % chez les parents des élèves et 10 % chez leurs frères et sœurs.

L'impossible mesure du risque de la réouverture des écoles

Est-il efficace de garder les écoles fermées pour lutter contre la pandémie ? Quels sont les risques d'une réouverture ? Là encore, les données manquent, déplore Santé publique France. "De nombreuses études rapportent une efficacité des mesures de distanciation en Asie, mais sans que la contribution des fermetures d'écoles puisse être isolée de ces mesures globales", note la synthèse.

L'agence signale toutefois que plusieurs travaux de modélisation menés en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ainsi que dans trois régions françaises montrent que "l'effet de la fermeture des écoles sur l'atténuation du pic épidémique est limité". L'un de ces travaux estime tout de même que le maintien de cette mesure, accompagné d'un respect strict de la distanciation sociale durant plusieurs mois, permet d'éviter un rebond de la contamination.

Le texte évoque la réouverture des salles de classes en Allemagne, au Danemark et en Norvège, mais signale qu'il est trop tôt pour tirer des enseignements de cette décision dans l'évolution de la pandémie. Seule exception notable : Taïwan, où les écoles ont été rouvertes le 25 février, après deux semaines de congés et la mise en place de mesures d'hygiène strictes. D'après le texte, la dynamique montre que l'épidémie y "a été bien maîtrisée depuis la réouverture des écoles", et que l'augmentation des cas constatés sur l'île provient en grande majorité de "cas importés". Mais là encore, l'organisme public français attribue en premier lieu ce succès "aux capacités de test et au contrôle strict des mesures de quarantaine".