Carte du ministère de la Santé : "Elle montre que le confinement a été utile, mais encore incomplètement" estime un infectiologue

 Le docteur Olivier Rogeaux estime que les cartes dévoilées par le ministère de la Santé en vue du déconfinement sont intéressantes mais il craint un relâchement du confinement dans les territoires classés verts.

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La carte de France du déconfinement, au 1er mai. (FRANCEINFO)

"C'est une carte vraiment intéressante car elle montre que le confinement a été utile, mais encore incomplètement", estime vendredi 1er mai sur franceinfo le docteur Olivier Rogeaux, infectiologue au centre hospitalier de Chambéry. Le praticien aurait préféré l'usage du rouge et de l’orange uniquement. Il craint que le vert donne l’impression que le confinement peut être relâché. "Le 11 mai, si on relâche nos pratiques, on court un grand risque que l’épidémie reprenne", avertit Olivier Rogeaux.

Des erreurs sur les cartes dévoilées ce jeudi par le ministère de la Santé ont été pointées du doigt. Que disent-elles de la fiabilité et de l’utilité de ces cartes ?

Je pense que ces cartes sont vraiment utiles puisqu’elles nous donnent un reflet de l'objectif du confinement, c'est-à-dire de baisser la circulation du virus. Quand on regarde les cartes, le virus circule globalement beaucoup moins en France, mis-à-part quelques points d'interrogation qui nous étonnent tous. C'est une bonne nouvelle. Le deuxième objectif du confinement c'était de baisser la tension sur les capacités d'hospitalisation, en particulier en réanimation. On voit que l'objectif n'est pas encore complètement atteint. C’est assez logique puisqu'il fallait du temps pour que ce confinement fasse effet sur les malades qui allaient en réanimation. Je rappelle qu'on a encore plus de 4 000 malades en réanimation actuellement en France, liés au Covid-19. Là aussi, la décrue est en cours. C'est une carte vraiment intéressante car elle montre que le confinement a été utile, mais encore incomplètement. Quand on voit les couleurs rouge, vert et orange, j'aurais préféré du rouge et de l’orange clignotant. Le vert peut, peut-être, laisser dire : 'l'affaire est gagnée, on peut lâcher un peu sur le confinement et reprendre des risques'. Le 11 mai n'est pas encore demain. Je pense qu’il faut laisser une vigilance de tous les moments. Ce confinement a en grande partie marché mais il ne faut pas le relâcher. Le 11 mai, si on relâche nos pratiques, on court un grand risque que l’épidémie reprenne.

Ces cartes évoluent tous les jours. Est-ce que l'on peut réellement imaginer que des zones en rouge passent au vert en seulement une semaine ?

C’est possible selon les départements car c'est vraiment lié à la tension des hospitalisations en réanimation. Actuellement, on sait qu’il y a plus de malades qui sortent de réanimation que de malades qui y entrent au quotidien. C'est rappelé par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, de façon quotidienne. C’est une bonne nouvelle. Je rappelle que les capacités de réanimation avant la crise étaient de 5 000 lits en France. On a plus de 4 000 malades hospitalisés simplement à cause du Covid-19. Ce chiffre explique bien l'importance de la crise qu'il y a actuellement sur cette maladie. Elle reste une maladie potentiellement mortelle et particulièrement grave.

La carte prend en compte la circulation du virus et les capacités hospitalières. Il y avait un troisième critère qui était annoncé : le degré de préparation du système local de tests et de détection des cas contacts. Selon vous, pourquoi a-t-il disparu ?

A mon avis, il a disparu parce que les données fiables sont pas encore remontées de l'ensemble des départements. Avant d'annoncer une carte, on voit déjà bien les bugs potentiels qu'il peut y avoir : sur le nombre de tests, sur la circulation du virus actif. Sur les capacités de test, il faut vraiment qu'on ait des chiffres fiables qui reviennent des départements avant d'annoncer une carte sur lequel il y aurait potentiellement des erreurs. Je pense pas que ce facteur-là soit le plus bloquant dans le sens ou il y a eu un effort extrêmement important fait au niveau national, au niveau des laboratoires de biologie de ville ou hospitaliers pour pouvoir répondre à la demande. Je pense que ce facteur-là devrait être opérationnel pour le 11 mai dans l'immense majorité des départements. On a encore quelques jours. C'est vrai que c'est un point fondamental. Si on ne peut pas dépister tous les cas, les isoler et dépister les sujets contacts autour, on risque alors d’avoir de nouveau cas qui risquent de se multiplier.

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