"C'est un peu triste de voir ça" : le 76e anniversaire du D-Day gâché par le coronavirus

Les commémorations du Débarquement en Normandie ont été largement revues à la baisse à cause de l'épidémie de Covid-19.

La place de Sainte-Mère-Église (Manche) le 5 juin 2020 habituellement envahie par la foule à l\'approche des commémorations du 6 juin.
La place de Sainte-Mère-Église (Manche) le 5 juin 2020 habituellement envahie par la foule à l'approche des commémorations du 6 juin. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Moral en berne à Sainte-Mère-Église dans la Manche, lieu emblématique de la Seconde Guerre mondiale. L’épidémie de coronavirus est passée par là et les commémorations pour le 76e anniversaire du D-Day, le Débarquement en Normandie, ont été largement revues à la baisse. 

Sainte-Mère-Église est l’une des premières villes libérées en France par les soldats américains, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Le 5 juin 2020, c’était jour de marché dans la commune. Le mannequin suspendu au clocher de l’église est toujours là. Empêtré dans son parachute, il représente le soldat américain John Steele, qui était resté coincé là pendant des heures. Cette année, la foule n'est pas au rendez-vous et la déprime guette. "Il n'y a personne, constate Véro, marchande de saucisses depuis près de 30 ans. C'est une fête gâchée et une année de foutu pour tous les collectionneurs et les gens qui aiment ça."

Quelques rares collectionneurs-reconstitueurs sur la place du village de Sainte-Mère-Eglise (Manche), le 5 juin 2020.
Quelques rares collectionneurs-reconstitueurs sur la place du village de Sainte-Mère-Eglise (Manche), le 5 juin 2020. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Un petit groupe de reconstitueurs-collectionneurs a quand même fait le déplacement. "L'important pour nous, c'était d'être là", confie l'un d'eux. Ils viennent du nord de Lille, de Nantes et d’Angers avec leurs grosses motos, des Harley-Davidson d'époque et même avec une Jeep. "C'est un peu triste de voir ça comme ça, alors que chaque année c'est un peu la fête", réagit un autre collectionneur qui porte l'uniforme des soldats américains. 

Dans le centre du village, il existe un magasin de surplus militaires et de souvenirs. Pour Tom, le co-gérant, cette année est un coup dur. "Par rapport à l'an dernier, c'est énorme, avec 70 à 80% de moins, c'est une certitude, explique-t-il. Je pense qu'il y a beaucoup de boutiques qui vont avoir du mal à s'en remettre. Même pour nous qui sommes là depuis plus de 30 ans ça va être compliqué. Mais on va serrer les dents et on va espérer des jours meilleurs."

Un magasin de surplus militaires à Sainte-Mère-Eglise (Manche) qui accuse une lourde perte de chiffre d\'affaires en raison de la crise sanitaire, le 5 juin 2020.
Un magasin de surplus militaires à Sainte-Mère-Eglise (Manche) qui accuse une lourde perte de chiffre d'affaires en raison de la crise sanitaire, le 5 juin 2020. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

"Le moral n'est pas du tout là", explique Louisette Leduc qui est membre de l’association Les amis des vétérans américains. Depuis 76 ans, il y a toujours eu des Américains qui viennent pour les commémorations du D Day, cette année aucun.

C'est malheureusement une année dont on se rappellera.Louisette Leduc, de l'association des Amis des vétérans américainsà franceinfo

Même constat pour Maurice Renaud, le président de l’association : "C'est un anniversaire mortuaire parce que l'année dernière, on a eu plus de 300 parachutages et il y avait plus de 120 000 spectateurs, vous imaginez ? Cette année, il ne se passe rien du tout. Depuis 76 ans, ça ne s'était jamais passé." Tous espèrent une autre ambiance l'an prochain. "On vous accueillera avec plaisir, lance Maurice Renaud, et avec beaucoup de monde dans les rues de Sainte-Mer-Eglise."

"C'est pas du tout la même ambiance"

A une cinquantaine de kilomères de là, dans le Calvados, le souffle de la plage d'Omaha Beach arrive jusqu'au cimetière américain de Colleville-sur-Mer avec ses croix blanches à perte de vue. Le carillon joue l'hymne américain près des 10 000 tombes de soldats inaccessibles. Ce haut-lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale a rouvert depuis le 2 juin avec de nouvelles règles sanitaires à respecter, l'installation de barrières et d'un sens de circulation.

Un sens de visite a été mis en place pour éviter que les gens se croisent dans le cimetière américain de Colleville-sur-Mer, le 5 juin 2020.
Un sens de visite a été mis en place pour éviter que les gens se croisent dans le cimetière américain de Colleville-sur-Mer, le 5 juin 2020. (BENJAMIN ILLY / FRANCE-INFO)

Ici aussi, les cérémonies de commémoration du Débarquement cette année y seront très intimistes. "J'étais là il y a un an, il y avait tous les gradins qui étaient montés, le tapis rouge qui était déroulé pour les vétérans... C'est pas du tout la même ambiance, c'est vraiment triste, explique Laetitia, venue du Morbihan et qui fait partie des rares visiteurs à avoir fait le déplacement cette année. 

Il y a de la frustration, surtout en Normandie, car le 6 juin c’est la journée de l'année.Scott Desjardins, directeur du cimetière américain de Colleville-sur-Merà franceinfo

Au cimetière il n'y a que quelques visiteurs de passage, 250 par jour depuis la réouverture. Habituellement, à cette période de l'année, il y en a plutôt 4 000 ou 5 000. "Ça va être une cérémonie comme on en n'a jamais vue, regrette Scott Desjardins, directeur du cimetière américain de Colleville-sur-Mer. Il ne faut pas s'approcher à moins de deux mètres. Il n'y a pas d'échange de gerbes d'une personne à l'autre." 

Les visiteurs ne se bousculent pas au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, le 5 juin 2020. Des barrières ont été mises en place pour bloquer l\'accès aux tombes et éviter que les gens se croisent.
Les visiteurs ne se bousculent pas au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, le 5 juin 2020. Des barrières ont été mises en place pour bloquer l'accès aux tombes et éviter que les gens se croisent. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Une cérémonie fermée au public, évidemment. Seulement huit personnes seront présentes avec des représentants des communes alentours, de la préfecture et du département. Alors Scott Desjardins préfère lui aussi déjà penser à l'avenir : "On espère que ça va être mieux l'année prochaine."