Allègement du protocole lié au Covid : les enseignants ne saisissent pas "l'objectif réel du gouvernement"

"Il y a beaucoup de trous dans une raquette avec laquelle on n'arrive plus vraiment à renvoyer les balles", image Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées, collèges, écoles et supérieur.

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Le nombre de classes fermées pour Covid bat des records, le 21 janvier 2022 (illustration). (RADIO FRANCE)

"On n'est pas sûr de comprendre l'objectif réel du gouvernement", s’interroge vendredi 21 janvier sur franceinfo Jean-Rémi Girard, président du SNALC, le Syndicat national des lycées, collèges, écoles et supérieur, professeur au lycée Renoir à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Le gouvernement annoncera un possible allègement du protocole sanitaire à l’école au retour des vacances de février.

Les épidémiologistes s’inquiètent de cette perspective au regard de la circulation du Covid-19 dans les classes. Près de 19 000 classes ont été fermées dans les écoles, collèges et lycées, selon le ministère de l'Éducation nationale. "Il faut que l’on comprenne ce qu'on fait à l'école. Est-ce que ce virus est vraiment terrible et se propage, et donc, il faut une politique très, très ferme ? Ou est-ce que la politique, c’est de le laisser circuler et on allège les protocoles au fur et à mesure?", s’interroge-t-il.

>> Covid-19 : près de 19 000 classes fermées dans les écoles, collèges et lycées, un record depuis le début de l'épidémie. Suivez notre direct.

franceinfo : Vous constatez la fermeture de classes ?

Jean-Rémi Girard : Il y a beaucoup, beaucoup de classes fermées, essentiellement à l'école primaire, puisque quand l'enseignant est absent à l'école primaire et qu'il est généralement remplacé, forcément, la classe ne peut pas faire autre chose que de fermer. Alors que dans le second degré, les collèges et lycées, comme il y a plusieurs professeurs sur une classe, quand un professeur est absent, cela n’entraîne pas la fermeture de la classe.

"Ces chiffres sont énormes, alors même qu'il n'y a plus de seuil de fermeture des classes."

Jean-Rémi Girard, président du SNALC

à franceinfo

On ne ferme pas les classes au bout d'un cas, ni même au bout de trois cas. On connaît des classes où il y a neuf cas positifs et la classe reste ouverte. Il y a beaucoup d'élèves absents. On a des collègues, effectivement, qui nous signalent qu'ils font cours à une moitié de classe, voire moins. J’avais les 3/5 de mes élèves lundi pour faire un contrôle, ce qui pose d'ailleurs quand même beaucoup de questions en termes pédagogiques, en termes de qualité et de continuité de l'enseignement et de préparation des épreuves, par exemple du bac, puisqu'on a du mal à tenir des bacs blancs sur cette période.

Les moyens promis pour les établissements scolaires sont arrivés ?

Ce que l'on constate, c'est que les difficultés que les personnels ont très largement exprimées lors de la grève du 13 janvier sont toujours là. Les directeurs d'école, les vies scolaires sont toujours dans des conditions très compliquées. Les mesures annoncées n'arrivent de toute façon pas d'un claquement de doigts. On ne recrute pas des gens comme ça. Même les masques promis sont très loin d'être arrivés partout. Quand je dis très loin, c'est a priori, pour l'instant, dans une minorité d'écoles, de collèges et de lycées.

"On a enfin des échanges qui vont commencer avec le ministère de la Santé et le Haut Conseil public mardi prochain. Il faut que l’on comprenne ce qu'on fait à l'école."

Jean-Rémi Girard, président du SNALC

à franceinfo

Est-ce que ce virus est vraiment terrible et se propage, et donc, il faut une politique très ferme ? Ou est-ce que la politique c’est de le laisser circuler et on allège les protocoles au fur et à mesure ? S’il circule partout, pourquoi on est en train de faire tout ça à l'école, des choses très compliquées. Pourquoi on teste les enfants trois fois en cinq jours ? C'est très pénible, toutes ces règles. Dans le même temps, on n'est pas sûr de comprendre l'objectif réel du gouvernement.

Que demandez-vous au gouvernement ?

Il faut arrêter, par exemple, de faire des modifications très violentes et très profondes de protocole du jour au lendemain. Par exemple, nous ne pouvons pas mettre ça en place, ça désorganise absolument tout. Au niveau de l’éducation nationale, on n’a plus du tout la garantie que les enfants sont réellement testés puisqu’on reçoit uniquement une attestation sur l'honneur des familles. On part du principe que la grande majorité des familles suit les recommandations et les indications du gouvernement. Mais on le sait aussi, certains parents ont des difficultés, parfois encore à trouver les autotests, ils ont du mal, même à les réaliser parfois sur leurs propres enfants. On sait aussi que certains ne font pas ce qui est demandé non plus. Il y a beaucoup de trous dans une raquette avec laquelle on n'arrive plus vraiment à renvoyer les balles.

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