Admissions en réanimation, décès, taux de positivité : l'article à lire pour comprendre les données sur le Covid-19 publiées chaque soir

Diffusés par les autorités sanitaires, ces chiffres sont scrutés par les spécialistes pour tenter d'avoir une idée précise de la situation en France. Toutefois, pour le grand public, il ne s'avère pas toujours facile de s'y retrouver. Franceinfo vous éclaire sur ces données.

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Un dépistage organisé à l'aéroport international de Bâle-Mulhouse-Fribourg, le 4 août 2020. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Nombre record de cas depuis le printemps, clusters de plus en plus nombreux... Depuis plusieurs soirs, les dernières données publiées par les autorités sanitaires sur l'état de la pandémie de nouveau coronavirus en France suscitent une certaine inquiétude. Rien d'étonnant, devant la crainte d'une seconde vague de contamination, voire d'un nouveau confinement qui mettrait à mal une économie déjà chancelante.

Comment interpréter ces chiffres qui rythment l'actualité depuis le printemps ? La hausse du nombre de cas dépistés n'est-elle liée qu'à l'augmentation du nombre de tests pratiqués ? Pour vous aider à y voir plus clair, franceinfo décortique les différents indicateurs transmis chaque soir par la direction générale de la santé.

Nouveaux cas confirmés de Covid-19

Ce que décrit cette donnée : C'est l'un des indicateurs les plus scrutés par les observateurs, puisqu'il s'agit du nombre de dépistages positifs effectués chaque jour en laboratoire ou à l'hôpital. Cette donnée "contribue à suivre au plus près l'évolution dans le temps et dans l'espace de la diffusion du virus", indique Santé publique France dans un dossier (PDF) détaillant la stratégie de surveillance épidémiologique mise en place contre le Covid-19.

Comment comprendre ce chiffre : La fiabilité de cet indicateur s'améliore avec le temps, mais elle reste imparfaite. Il faut d'abord se garder de le comparer avec les données disponibles au printemps, car la France disposait alors de bien moins de tests qu'actuellement, et de nombreuses personnes en contact avec le virus "n'ont pas systématiquement bénéficié d'un test biologique pour confirmer une infection", rappelle Santé publique France. Mais aujourd'hui encore, des cas passent sous les radars. De nombreux dépistages sont en effet effectués par des personnes présentant des symptômes du nouveau coronavirus ou qui ont été en contact avec un malade. Ainsi, les porteurs asymptomatiques du virus, qui ignorent souvent leur état, ne sont pas systématiquement dépistés.

Nombre de clusters

Ce que décrit cette donnée : Il s'agit du nombre de cas groupés de contamination recensés par les différentes Agences régionales de santé (ARS) en lien avec les cellules locales de Santé publique France. Les autorités comptabilisent un cluster lorsqu'au moins trois cas confirmés ou probables ont été recensés, dans une période de sept jours, au sein d'une même communauté ou après un même rassemblement de personnes. Dans la plupart de ces situations, les cas avérés sont isolés et placés en quatorzaine, tout comme les personnes susceptibles d'avoir été contaminées à leur contact et qui attendent un dépistage. L'ARS peut ensuite déclarer clos un foyer de contamination lorsqu'aucun nouveau cas n'a été rapporté après "14 jours depuis la date de début des signes (ou de diagnostic) du dernier cas rattaché au cluster et que la quatorzaine de tous les contacts est terminée", écrit Santé publique France (PDF).

Comment comprendre ce chiffre : Cette donnée n'est pas simple à analyser, car derrière chaque cluster se cache une réalité différente. Certains peuvent concerner une petite poignée de personnes, d'autres plusieurs dizaines, comme cela a été le cas fin août dans le village naturiste du Cap d'Agde. La variation de leur nombre n'est pas évidente non plus à interpréter. D'un côté, une augmentation peut signifier une hausse potentiellement importante des cas de contamination. De l'autre, elle signifie que les autorités sanitaires identifient efficacement les chaînes de transmission du virus et en isolent les protagonistes.

Nombre de tests réalisés en semaine glissante

Ce que décrit cette donnée : Il s'agit du nombre de tests, positifs ou négatifs, réalisés dans les hôpitaux ou en laboratoire, lors des sept derniers jours.

Comment comprendre ce chiffre : Cette valeur permet d'avoir une idée de la capacité de tests de la France, mais elle ne correspond pas au nombre de dépistages effectivement disponibles. Seuls les tests PCR, prélèvements nasopharyngés qui indiquent si une personne est contaminée à un instant T, sont comptabilisés. Les tests sérologiques ne sont pas tous considérés comme fiables par le ministère de la Santé.

Taux de positivité des tests

Ce que décrit cette donnée : Particulièrement scruté, cet indicateur correspond au pourcentage de tests positifs par rapport à l'ensemble des tests réalisés. Là encore, seuls les tests virologiques de type PCR sont comptabilisés.

Comment comprendre ce chiffre : Si le nombre brut de cas confirmés de Covid-19 peut augmenter en même temps que la quantité de dépistages effectuée, le taux de positivité n'est normalement pas sujet à variation lorsque les capacités de tests augmentent ou diminuent. Une hausse du taux signifie donc que le virus circule davantage au sein de la population testée. Cette donnée, déclinée département par département, permet également de se faire une idée des zones dans lesquelles le rythme des contaminations augmente.

Passages aux urgences pour suspicion de Covid-19

Ce que décrit cette donnée : Il s'agit du nombre de personnes qui se sont rendues aux urgences par crainte d'une infection au Covid-19. Chaque soir, la direction générale de la santé communique à la fois le nombre brut et la proportion de passages dans le service pour ce motif.

Comment comprendre ce chiffre : Santé publique France indique que ces données sont centralisées via le système SurSaUD (Surveillance sanitaire des urgences et des décès), à partir des informations transmises par les services participant au réseau Oscour (Organisation de la surveillance coordonnée des urgences). En juillet 2019, Santé publique France indiquait toutefois que le système de surveillance ne couvrait que "86% de l'activité des services d'urgences en France".

Du reste, à mesure que l'épidémie s'installe dans la durée, cette valeur a tendance à concerner essentiellement les cas graves de contamination. En général, les patients sont en effet dépistés sans passer par les urgences hospitalières, puis sont placés en quatorzaine.

Nombre d'hospitalisations

Ce que décrit cette donnée : Cet indicateur mesure le nombre de patients actuellement hospitalisés pour cause de Covid-19. ll est notamment calculé à l'aide du dispositif SI-VIC, un outil de suivi des victimes d'attentats et de situations sanitaires exceptionnelles installé à la suite des attentats de Paris de novembre 2015. La direction générale de la santé complète ce chiffre par celui des nouvelles admissions lors des dernières 24 heures.

Comment comprendre ce chiffre : Cet indicateur a le mérite d'être objectif : au début de l'épidémie comme durant l'été, les cas graves de Covid-19 (hors Ehpad) passent par les services hospitaliers. Etudier cette courbe permet en outre de se faire une idée de l'état de tension des hôpitaux. Mais il ne suffit pas pour interpréter l'intensité de la circulation du virus en temps réel, car les personnes dont l'état nécessite une hospitalisation ont souvent contracté la maladie plusieurs jours auparavant. Par ailleurs, le Sars-CoV-2 peut toucher particulièrement une tranche de la population moins sujette aux formes graves de la maladie, comme les moins de 40 ans.

Nombre de personnes hospitalisées en réanimation

Ce que décrit cette donnée : Ce chiffre mesure le nombre de patients gravement atteints par le Covid-19, et dont l'état de santé a nécessité un placement en service de réanimation. Il est aussi mesuré à l'aide du dispositif SI-VIC, et il est accompagné par celui des nouvelles admissions en réanimation lors des dernières 24 heures.

Comment comprendre ce chiffre : Comme celui qui concerne l'ensemble des hospitalisations, cet indicateur est objectif. Visualiser sur un graphique le nombre quotidien d'admissions en service de réanimation permet par exemple de constater en un coup d'œil qu'un premier pic épidémique a été atteint le 1er avril en France. Santé publique France publie de plus un point épidémiologique hebdomadaire répertoriant le nombre de personnes hospitalisées, ainsi que celui des seuls patients en réanimation, par classe d'âge et par région, ce qui rend possible une observation plus fine de la situation.

Décès liés au Covid-19

Ce que décrit cette donnée : La direction générale de la santé communique quotidiennement le nombre total de décès liés au Covid-19 mesurés dans les hôpitaux et les établissements sociaux et médico-sociaux, dont les Ehpad. Santé publique France est plus précise, et souligne sur son site le nombre de morts recensés lors des dernières 24 heures. Les hôpitaux rapportent en temps réel les décès liés au Covid-19 à l'aide d'une application spéciale intégrée au dispositif SI-VIC, tandis que le nombre de patients atteints par le Covid-19 et morts dans des établissements spécialisés est mis à jour chaque mardi.

Comment comprendre ce chiffre : Santé publique France défend la fiabilité de cet indicateur en expliquant que "l'addition des décès survenus à l'hôpital et de ceux survenus dans les Ehpad" permet d'obtenir des estimations de la mortalité "couvrant les deux principaux lieux de survenue des décès liés au Covid-19, ceux survenant à domicile ou dans d'autres institutions représentant actuellement une faible part de la mortalité". Il convient en tout cas de se méfier des faibles mortalités enregistrées les week-ends et jours fériés, tout comme des pics qui surviennent régulièrement en début de semaine : ils sont le fruit d'une remontée partielle des informations en fin de semaine en raison de la fermeture de certains services administratifs. Pour lisser ces variations chaotiques, il peut être intéressant de comparer le nombre de décès mesurés en 24 heures d'un même jour d'une semaine à l'autre, ou de comparer semaine après semaine la moyenne des décès quotidiens mesurés lors des sept derniers jours.

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