100 km à vol d'oiseau : “C’est loin d'être facile à contrôler”, regrette le délégué général du syndicat Alliance police nationale

Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance police nationale, rappelle à la veille du week-end de l’Ascension que les forces de l’ordre sont en droit de faire rebrousser chemin et verbaliser ceux qui ne peuvent justifier leur bon respect des règles de déplacement.

Un contrôle de police à Montpellier, le 16 avril 2020.
Un contrôle de police à Montpellier, le 16 avril 2020. (MICHAEL ESDOURRUBAILH / MAXPPP)

"Ces fameux 100 km à vol d'oiseau, c’est loin d'être facile à contrôler pour des collègues qui sont démunis notamment de moyens pour contrôler cette distance", a regretté mercredi 20 mai sur franceinfo Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance police nationale. "Encore une fois, les forces de sécurité sont en première ligne alors qu'on ne leur a pas donné des directives très claires" et qu’elles "manquent de moyens”, a expliqué Stanislas Gaudon. Malgré ces difficultés, il rappelle à la veille du week-end de l’Ascension que les forces de l’ordre sont en droit de faire "rebrousser chemin" et "verbaliser" ceux qui ne peuvent justifier leur bon respect des règles de déplacement en vigueur alors que l'épidémie de coronavirus n'a pas encore été enrayée sur le territoire.

franceinfo : Allez-vous contrôler en priorité les véhicules avec plusieurs passagers ?

Ce n'est pas tellement la question du nombre de personnes à l'intérieur du véhicule. C’est surtout d'avoir des contrôles efficaces pour limiter notamment des déplacements qui ne sont pas prévus dans le cadre réglementaire. Maintenant, cette tâche va être très compliquée pour mes collègues sur le terrain. Ces fameux 100 km à vol d'oiseau, c’est loin d'être facile à contrôler pour des collègues qui sont démunis notamment de moyens pour contrôler cette distance.

Imaginons une situation où quelqu’un se trouve à plus de 100 km de son domicile parce qu’il dit aller voir sa maman qui est âgée et ne va pas bien. Est-ce qu’il en a le droit ?

Alors il faut remplir une attestation comme quoi c’est un motif impérieux ou familial. Je vous le dis très clairement, les policiers ont demandé que des précisions soient apportées pour ce motif impérieux et familial. On peut y mettre un peu tout ce que l'on veut. Quand vous avez une personne âgée de votre famille que vous n'avez pas vu depuis plus de deux mois, tout le monde comprend aisément que l'on puisse porter assistance à cette personne là. Dans ce cas-là, ce motif impérieux et familial pourrait être justifié. Par contre, il est clair que quelqu'un qui se déplacerait à plus de 100 km simplement parce qu'il n'a pas vu la personne depuis des mois et qu'il n'y a pas de nécessité par rapport à une situation de famille, ça pourrait effectivement faire l'objet d'une verbalisation. C'est très compliqué. Les policiers vont faire preuve de beaucoup de discernement et de pédagogie, croyez-moi.

Est-ce que le policier peut renvoyer des personnes chez elles si le motif n’est pas expliqué clairement ?

Il peut tout à fait être en droit de dire à la personne de rebrousser chemin, voire de la verbaliser si elle n'est pas dans le cadre réglementaire de l'arrêté. Et si, évidemment, la distance des 100 km ne souffre pas de contestation et cela, c'est un réel sujet pour les forces de sécurité. Quelqu'un qui serait à 400 km de son domicile, c’est facile. Par contre, si vous êtes dans une fourchette entre 80, 110, 120, 130 km, notamment du lieu de résidence, là, nous ne sommes pas des spécialistes en géographie. Nous ne sommes pas dotés de matériel de type Mappy ou Michelin et autres. Effectivement, si il n'y a pas de possibilité de vérifier les déclarations, notamment de l'automobiliste, on ne serait pas en capacité de faire une verbalisation parce qu’elle souffrirait de contestation, voire d'annulation. Encore une fois, les forces de sécurité sont en première ligne alors qu'on ne leur a pas donné des directives très claires et qu’elles manquent de moyens.