Levothyrox : "Que la trahison à ce point-là vienne de nos autorités de santé, je ne m'en remets pas", déclare Anny Duperey

L'actrice Anny Duperey, qui a pris la nouvelle version du Levothyrox, est revenue vendredi sur les conclusions de l'Agence du médicament indiquant que le passage à la nouvelle formule n'a pas provoqué de "problèmes de santé graves".

L\'actrice Anny Duperey, le 16 juin 2018, à Monaco.
L'actrice Anny Duperey, le 16 juin 2018, à Monaco. (JEAN FRANCOIS OTTONELLO / MAXPPP)

L'Agence du médicament (ANSM) a publié, jeudi 13 juin, son rapport définitif sur le Levothyrox, concluant que le passage à la nouvelle formule n'a pas provoqué de "problèmes de santé graves". Ce rapport fait suite aux déclarations d'effets indésirables non expliqués chez des patients depuis la mise sur le marché au printemps 2017 de la nouvelle formule par le laboratoire Merck. Anny Duperey, actrice, romancière, soignée au Levothyrox pour des problèmes de thyroïde, a répondu aux questions de franceinfo, vendredi.

franceinfo : L'avis de l'Agence du médicament vous surprend-elle ?

Anny Duperey : Cela ne me surprend absolument pas. C'est une négation du ressenti des patients et de leurs souffrances. C'est à dire que l'on persiste et signe. Il n'y a rien à signaler alors que des milliers, des dizaines de milliers et peut être des centaines de milliers [sont concernés]. L'État n'a comptabilisé que les gens qui ont trouvé le moyen de faire une déclaration sur internet. C'est vraiment dramatique ce qui se passe, parce que beaucoup de gens continuent d'être symptomatiques de cette formule, d'être vraiment mal. Vous savez de temps en temps, je fais des signatures dans les salons du livre et dernièrement encore, il y a une dame qui s'est accrochée à ma table. Elle me dit : 'Je suis tellement mal. Vous ne pouvez pas savoir. J'ai plus de force dans les jambes, j'ai des crampes la nuit, je n'en peux plus et mon médecin refuse de me changer de médicament.' Il y a encore plein de gens qui souffrent des effets toxiques de ce médicament. D'autres à qui ça ne fait rien. C'est très étrange.

Avez-vous subi des effets secondaires ?

Bien sûr. Oui j'ai tout eu. J'ai eu les vertiges qui a occasionné plusieurs accidents de voiture. Ils disent qu'il n'y a pas eu des morts. Il y a eu des morts. Il y a eu aussi chez des personnes âgées des déséquilibres irréversibles qui ne se sont pas arrangés du tout. Moi, je n'ai plus d'effets secondaires. J'avais des crampes à la jambe, la faiblesse musculaire, je n'arrivais plus à monter un escalier. J'ai été embarquée par les pompiers parce qu'ils ont cru que je faisais une crise cardiaque. Et puis, je n’avais rien du tout en fait. Le jour où j'ai lu effectivement une pétition de Sylvie Robache disant 'rendez-nous l'ancienne formule' parce que depuis on est très mal, j'ai compris que c'était ça. J'ai pris ça en toute confiance, en toute confiance. Le nombre de mes amis qui m'ont dit, on a cru qu'on faisait un cancer. On a cru qu'on avait ça etc. Et finalement, c'était juste cette saloperie de nouvelle formule.

Avez-vous encore des effets secondaires ?

Il me reste un traumatisme vraiment, mais je n'ai plus d'effets secondaires. S'il me reste un effet secondaire. Je n'aurais jamais supposé que dans notre belle France, au système de santé un des meilleurs au monde, on puisse à ce point avoir un mépris pour les malades et nier leur malaise. Que la trahison à ce point-là vienne de nos autorités de santé. Franchement je ne m'en remets pas.

Selon vous, est-ce que le fin mot de l'histoire se trouve chez Merck ?

On ne sait pas, mais certainement. Certainement... Certainement... Il y a certainement une collision entre Merck et l'ANSM. On le suppose. On ne peut rien affirmer encore. Tout ça est très bien fait. Vous savez que nous avons deux usines en France qui fabriquent toujours l'ancienne formule pour l'Italie et le Maroc. C'est extraordinaire non ? Nous fabriquons en France l'ancienne formule que les Français réclament à cor et à cri au moins pour avoir le choix et on nous la refuse. Il serait quand même très simple pour madame Buzyn [ministre de la Santé], avec le pouvoir qu'elle a, d'ordonner que nous ayons à disposition les deux formules. Et que chacun puisse faire son choix. Je ne sais pas pourquoi obstinément, on nous la refuse. On veut après qu'on ait confiance dans nos autorités de santé.