Piqûres, origine, prolifération... Huit questions pas si bêtes sur les punaises de lit

Face à l'ampleur du phénomène, la France insoumise réclame un "plan d'urgence national d'éradication" de ces insectes, ainsi qu'un plan de prévention.

Une punaise de lit sur une peau humaine.
Une punaise de lit sur une peau humaine. (SCIEPRO/SCIENCE PHOTO LIBRARY / SKU / AFP)

Elles font vivre "un enfer à des centaines de milliers de familles". Fléau des mal-logés, les punaises de lit engendrent "une souffrance extrême", selon la vice-présidente des députés de la France insoumise, Mathilde Panot. Le mouvement de gauche radicale réclame ainsi que l'infestation des logements par ces insectes soit reconnue comme un problème de santé publique.

Retour en huit questions sur ces insectes indésirables autrefois éradiqués, et qui seraient déjà présents dans 400 000 sites en France, selon l'association Droit au logement.

D'où viennent les punaises de lit ?

Elles se propagent souvent lors des voyages "par l’intermédiaire des vêtements ou des bagages", indique le site du ministère de la Santé. Les punaises de lit peuvent circuler dans des endroits peu accessibles et très étroits, tels qu'une fente de l'épaisseur d'une carte de crédit.

Les friperies, vide-greniers ou marchés aux puces, auxquels on pense moins, sont aussi une source possible d'infestation. On peut ramener des punaises "parce qu'on a acheté un mobilier en brocante", signale à France 3 Nouvelle-Aquitaine Aurélie Lecointre, chef du service santé et vie sociale à la mairie de Limoges. Le ministère conseille donc d'"inspecter minutieusement et [de] nettoyer ces articles avant de les installer dans votre maison".

Où se réfugient-elles ?

Les punaises de lit "peuvent s'introduire partout, même dans les maisons et les hôtels les plus propres", assure le site gouvernemental du Québec consacré à ce problème de santé publique. En général dans des endroits sombres, elles peuvent se trouver dans "la chambre à coucher et les lieux de vie, les fissures des murs, du plancher et du mobilier, les coutures des rideaux, les prises électriques, les plinthes, les moulures", énumère le site de la mairie de Paris.

Elles sont souvent proches de l'endroit où elles pourront se nourrir de sang humain, qu'elles rejoignent la nuit. Toutefois, la punaise de lit "ne peut pas grimper facilement sur le métal ou les surfaces polies, encore moins voler ou sauter", ajoute le ministère de la Santé.

Comment détecter leur présence ?

Ce sont souvent, hélas, les piqûres qui servent d'alerte. "Il faut penser aux punaises de lit devant des piqûres qui sont groupées dans les parties tendres (hanches, avant-bras, cou, mollet…), détaille Damien Eymon, technicien biologiste à Allô Docteurs. En tout début d'infestation, c'est très rare de voir des punaises, les gens s'en aperçoivent au bout de deux ou trois mois en voyant les insectes qui se sont reproduits et sont plus nombreux. A ce moment-là, ils se font piquer tous les jours." D'après le site du ministère, "on trouve généralement de trois à quatre piqûres souvent en rang d’oignon ou groupées au même endroit sur la peau"

Autre indice incitant à la méfiance : les punaises laissent aussi des petites taches noires sur les draps, le matelas ou les murs, qui proviennent de leurs excréments, ou des longues traces de sang sur les draps "dues à l’écrasement des punaises lors du sommeil de la personne", décrit le ministère.

Leurs piqûres sont-elles dangereuses ?

Les punaises, qui piquent les dormeurs la nuit en leur pompant du sang, "ne transmettent pas de maladie", précise France 3. Mais leurs piqûres peuvent causer des démangeaisons sévères si leur nombre est important. Les traces disparaissent "naturellement sous les dix jours et ne nécessitent pas de soins particuliers", précise le ministère, qui conseille alors de "nettoyez [votre] peau et de ne pas vous gratter pour éviter toute surinfection".

La présence de ces insectes peut aussi entraîner des problèmes de dépression. Une personne touchée par une infestation présente cinq fois plus de symptômes d’anxiété et de perturbation du sommeil qu'une personne non-atteinte, selon l'American Journal of Case Reports (lien en anglais). "J’avais des crises de larmes et d’angoisse, je ne dormais plus la nuit, c’était l’horreur", témoigne par exemple une habitante touchée auprès du Figaro

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Comment les reconnaître ?

Ces petits insectes sont bruns, visibles à l'œil nu, de forme ovale et d'une taille de pépin de pomme, qui varie de 4 à 7 mm. Quant à leurs oeufs, ils sont en forme de grains de riz (de 1 à 2 mm, blancs, en grappe de quatre ou cinq œufs). Les déjections forment, quant à elles, de petits points noirs sur les matelas et sommiers. "On voit parfois des insectes ou le plus souvent des carapaces, car elles muent plusieurs fois avant d'être adultes. On peut retrouver ces carapaces vides sur le sol", décrit Allô Docteurs.

Une seule femelle peut pondre jusqu'à 15 œufs par jour et 500 au cours de sa vie. L'oeuf éclot de 10 à 14 jours après avoir été pondu. Enfin, la punaise de lit peut vivre plusieurs mois sans se nourrir.

Combien de foyers sont infestés en France ?

Il n'y a pas de chiffres officiels, mais selon l'association Droit au logement (DAL), 400 000 sites, dont 100 000 en Ile-de-France, sont infestés aujourd'hui en France, contre 200 000 en 2016 et 2017. Selon DAL, le phénomène n'épargne personne : "sans-abri, mal-logés, locataires HLM ou privé, logements collectifs, hôtels, maisons de retraite, écoles, hôpitaux". Le traitement d'un logement infesté  coûte entre 350 euros (pour une désinsectisation chimique, avec insecticides) et 1 000 euros (pour un traitement mécanique, sans insecticides).

Le problème gagne les lieux publics. En décembre 2018 comme le rapporte France 3, onze écoles publiques de Marseille infestées avaient dû être traitées par la mairie. Les parents d'élèves avaient bloqué quelques jours plus tôt l'un de ces établissements après avoir constaté que des élèves présentaient des piqûres aux avant-bras. Un an plus tôt, toujours à Marseille, deux unités de l'hôpital de la Timone avaient été évacuées afin d'être traitées après l'infection du lit d'un patient par des punaises, rapportait alors La Provence.

Pourquoi la France insoumise veut-elle que ce soit reconnu problème de santé publique ?

Avec plusieurs organisations de lutte contre le mal-logement (DAL, l'association CLCV, la Confédération nationale du logement, et le collectif marseillais La Cabucelle), les députés de La France insoumise (LFI) ont lancé une campagne à ce sujet. Ils réclament que les punaises de lit soient reconnues comme un problème de santé publique.

L'élue du Val-de-Marne Mathilde Panot met en avant une "souffrance extrêmement grande" des habitants qui en sont victimes. Pointant un problème à la fois social et écologique, elle réclame  un "plan d'urgence national d'éradication" et un plan de prévention, alors que certaines personnes ont "honte d'en parler". Plusieurs représentants des associations ont pointé dans la foulée le caractère exponentiel du phénomène alors que les punaises avaient pratiquement été éradiquées dans les années 1950 avant de faire leur retour dans les années 1990. La France insoumise, qui évalue le coût des désinsectisations entre "400 et 1 000 euros", plaide pour un encadrement tarifaire des interventions des entreprises privées. Elle fait valoir que le coût est souvent prohibitif pour les foyers modestes.

Comment s'en débarrasser ?

Au préalable, on peut essayer de prendre des précautions lors des voyages en évitant de laisser traîner sacs et valises sur le sol, ou en inspectant les pièces où l'on se rend. Si le mal est fait, il faut dans un premier temps nettoyer son appartement. "Passez minutieusement l’aspirateur sur tout le matelas et dans tous les recoins possibles du lit et autour du lit. N’oubliez pas les rideaux, les plinthes, l’arrière des tableaux, etc", conseille le magazine 60 millions de consommateurs, avant de jeter le sac. Il convient ensuite de laver le linge touché à 60 °C ou, si c'est impossible, de laisser les objets infestés au congélateur à -20 °C pendant 72 heures. 

"Mais ces opérations ne sont souvent pas suffisantes, surtout si l’infestation est déjà avancée. Il vous faudra alors recourir à la désinsectisation" à l'aide d'un professionnel, écrit la revue. Sur son site, la Chambre syndicale des industries de désinfection, désinsectisation et dératisation (CS3D) liste des professionnels de confiance dans chaque département. "Si vous rencontrez des difficultés financières, n’hésitez pas à faire appel à votre municipalité. Beaucoup de communes possèdent des services spécialisés pour lutter contre les invasions de parasites", ajoute enfin 60 millions de consommateurs.