Ségur de la santé : où en sont les négociations entre le ministère et le personnel hospitalier ?

A quelques jours de la clôture du Ségur de la santé, les syndicats et collectifs hospitaliers appellent à manifester, mardi, pour obtenir davantage que les 6,3 milliards déjà mis sur la table par le gouvernement.

Des soignants manifestent place des Invalides pour réclamer davantage de moyens pour l\'hôpital public, le 16 juin 2020.
Des soignants manifestent place des Invalides pour réclamer davantage de moyens pour l'hôpital public, le 16 juin 2020. (YANN CASTANIER / AFP)

Au pic de l'épidémie de coronavirus, les Français les applaudissaient tous les soirs. Les lendemains déchantent : quinze jours après une première journée de mobilisation très suivie, les soignants manifestent à nouveau, mardi 30 juin, à l'appel de la plupart des syndicats (CGT, FO, SUD, Unsa) et collectifs hospitaliers (Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences, Inter-Blocs). Ils réclament plus de moyens pour l'hôpital, alors que le Ségur de la santé s'achève à la fin de la semaine. Où en sont les discussions entre le ministère de la Santé et le personnel hospitalier ? Franceinfo fait le point.

Ce que propose le ministère 

C'est une négociation à plusieurs étages. Pour les infirmiers, aide-soignants, techniciens hospitaliers (au total, 1,2 million de salariés dans la fonction publique hospitalière), le ministre de la Santé propose une enveloppe de six milliards d'euros. Cette somme comprendrait à la fois une augmentation générale, une refonte des primes et aussi des majorations ciblées sur certaines professions (infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio…). Elle est "sans commune mesure avec ce qui avait pu être mis sur la table lors des précédents plans en faveur du secteur", souligne Le Monde.

D'autre part, pour revaloriser spécifiquement les salaires des médecins hospitaliers (qui sont moins de 100 000 dans la fonction publique hospitalière), le ministre de la Santé Olivier Véran a mis sur la table, lundi 28 juin, une rallonge de 300 millions d'euros, selon l'AFP. Ces 300 millions comprendraient des hausses de salaires ciblées sur le début et la fin de carrière des médecins, une revalorisation de plusieurs primes et des heures supplémentaires.

Enfin, selon Le Monde, "des propositions ont également été faites aux internes, les médecins en formation, avec une revalorisation de 10% des émoluments de ceux de première et de deuxième années et de 5 % pour les suivantes, à partir de début 2021. Les indemnités forfaitaires pour les gardes de week-end devraient également être augmentées".

Ce qui reste flou

Les syndicats s'interrogent sur la façon dont seront répartis ces 6 milliards promis. "C'est une enveloppe importante, et c'est un effort quand même conséquent pour la nation", admet Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (qui regroupe les établissements publics), interrogée par France 2. Elle note tout de même un bémol : l'enveloppe concerne aussi les Ehpad et les cliniques privées, ce qui n'était pas prévu dans les négociations.

La hausse générale de salaires pourrait avoisiner 260 euros net par mois, si les 6 milliards incluent aussi le personnel des cliniques privées et des Ehpad, et 400 euros net si ce n'est pas le cas, selon les calculs du magazine Challenges.

Une autre interrogation subsiste : la question des recrutements n'a pas été "abordée dans le cadre du Ségur", déplore la secrétaire générale de la CGT-Santé, Mireille Stivala, citée par l'AFP. 

Ce que les syndicats attendent encore

Les syndicats réclament une augmentation générale minimale de 300 euros pour le personnel des hôpitaux"On est très, très loin du compte", estime le secrétaire général de SUD-Santé, Jean-Marc Devauchelle, qui demande au moins 14 milliards pour augmenter de 300 euros net toutes les fiches de paie du secteur. Son homologue de Force ouvrière, Didier Birig, chiffre, lui, la mesure à 7 milliards et considère que "la balle est dans le camp du ministère". Avec cette mise en garde : "Si la réponse n'est pas à la hauteur des attentes, il y aura des conséquences".

Du côté des médecins hospitaliers, à qui l'on promet 300 millions d'euros, plusieurs syndicats ont fait part de leur déception, jugeant l'enveloppe promise par le ministre "très insuffisante" et "ridicule par rapport aux besoins"

On nous a annoncé ça comme une grande avancée sociale. On est stupéfaits : ce n'est pas une douche froide, c'est une douche glaciale.Jean-François Cibien, vice-président d'Action praticiens hôpital (APH)à l'AFP

"L'hôpital public a un gros problème d'attractivité et n'arrive pas à retenir les jeunes. Si on ne fait rien, le taux de fuite va devenir énorme, et on n'y arrivera pas", a-t-il prévenu. 

Pour un autre responsable syndical cité par l'AFP le montant proposé est "nul" au regard des "100 000 médecins, pharmaciens, odontologistes" concernés. "C'est inadmissible", s'emporte un troisième, qui compte sur une "prochaine réunion, jeudi matin" avec le ministre, pour corriger le tir.