Ségur de la santé : "Jamais une telle enveloppe n’avait été mise sur la table", salue le président de la Fédération hospitalière de France

Frédéric Valletoux salue "un geste de reconnaissance fort" devant l'augmentation de 180 euros nets par mois prévue pour les personnels paramédicaux et non-médicaux et appelle à une meilleure organisation de l'hôpital.

Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, le 29 octobre 2018.
Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, le 29 octobre 2018. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)

"C’est un geste de reconnaissance fort (…) Jamais une telle enveloppe n’avait été mise sur la table", a réagi Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (qui représente plus d’un millier d’établissements de santé), jeudi 9 juillet sur franceinfo, alors que le gouvernement a présenté dans le cadre du "Ségur de la santé" un projet d'accord prévoyant une hausse minimum de rémunération de 180 euros mensuels nets pour l'ensemble des personnels hospitaliers du secteur public.

"C’est un geste inédit", a salué Frédéric Valletoux, qui a rappelé que "30% des postes sont non pourvus" à l’hôpital. "Il faut effectivement non seulement attirer les jeunes, mais aussi savoir les garder", a-t-il souligné. Le président de la Fédération hospitalière de France a également appelé à une meilleure organisation du système de soins "qui finit par s’ankyloser" en raison des lourdeurs administratives.

franceinfo : Est-ce un pas décisif qui vient d’être franchi, selon vous ?

Frédéric Valletoux : C'est un geste de reconnaissance fort : 7,5 milliards d'euros, dont la très grande partie pour l’hôpital public. Jamais une telle enveloppe n’avait été mise sur la table. C’est un geste inédit et c'est un signe positif. Après, dans les détails, c’est dans la discussion avec les syndicats de répartir cet argent parce que le gouvernement pose une enveloppe dans laquelle il n'a pas bien distingué ce qui allait au public et au privé. Et on sait bien que les détails sont importants et c’est ce qui permettra de déclencher des signatures. En tout cas, le geste est réel. Ce volume-là, pour rehausser les carrières dont on sait qu'elles sont très faibles dans certaines professions à l'hôpital, il est réel aussi.

Mais n’y a-t-il pas une forme d'amertume de voir qu'il ait fallu cette crise-là pour aboutir à ces négociations, alors que cela faisait plus d’un an que les hospitaliers manifestaient ?

Cela faisait plus d’un an qu'il y avait une crise aux urgences, et cela fait des années et des années qu’on appelait à une juste reconnaissance de la place de l'hôpital et des hospitaliers dans notre système. Je suis d'accord avec vous, c'est dommage d'avoir été obligé d'attendre une crise sanitaire majeure pour finalement faire des gestes qui auraient dû être faits depuis des années.

Ces augmentations de salaires proposées par le gouvernement peuvent-elles redonner le goût d’enfiler une blouse ?

Derrière les augmentations, il y a aussi des mesures qui concernent les niveaux de rémunération des entrées de carrière. Et c'est vrai qu’aujourd'hui la faiblesse des salaires et surtout le peu de progression entre l'entrée en carrière et la fin de carrière dissuadaient et détournaient de l'hôpital beaucoup de soignants. Il ne faut pas oublier que 30% des postes sont non pourvus à l'hôpital et dans tous les domaines (infirmiers, médecins), ce qui est énorme. Le premier des déserts médicaux, ça reste l'hôpital. Il faut effectivement non seulement attirer les jeunes, mais aussi savoir les garder. Pour un médecin, parfois le fait d’aller dans la clinique d'en face, c'est gagner quatre fois plus que ce que vous gagnez à l'hôpital.

Les négociations concernent aussi l'organisation générale de l'hôpital. Sur ce point, une partie des médecins réclament du changement, moins de lourdeur administrative. Êtes-vous d’accord ? Y’a-t-il une "hyper-bureaucratie" à l’hôpital ?

L'hyper-bureaucratie est surtout en dehors de l'hôpital : les agences régionales de santé, le ministère de la Santé, les agences nombreuses autour du ministère la Santé qui ont toutes un petit bout de responsabilité dans le pilotage... Finalement, quand vous démultipliez les agences, vous démultipliez les gens, vous démultipliez les ordres, les contre-ordres.

Aujourd’hui, on a un système qui est infantilisant pour les responsables hospitaliers. Pour faire la moindre chose, il faut demander l'autorisation à l’ARS qui elle-même se retourne vers son supérieur, qui va regarder l'étage du dessus, etc. Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de Franceà franceinfo

On est dans un système qui finit par s’ankyloser. Et on l'a vu pendant la crise : le peu de réactivité de tous ces étages de l'administration au-dessus de la tête des hôpitaux a conduit aux difficultés logistiques que l'on a connues et sur lesquelles des commissions d'enquête travaillent en ce moment.