Plan santé : les assistants médicaux "seront formés au lance-pierre" prédit Thierry Amouroux

Emmanuel Macron a annoncé mardi la création d'assistants médicaux dans le cadre de son plan "Ma santé 2022". Mais pour Thierry Amouroux, le porte-parole du syndicat national des personnels infirmiers SNPI-CFE-CGC, ces personnes seront "formées au lance-pierre".

Le syndicat SNPI-CFE-CGC craint une mauvaise formation des \"assistants médicaux\" prévus par Emmanuel Macron.
Le syndicat SNPI-CFE-CGC craint une mauvaise formation des "assistants médicaux" prévus par Emmanuel Macron. (JEAN FRAN?OIS OTTONELLO / MAXPPP)

Les assistants médicaux "seront des gens qui seront formés au lance-pierre", a prédit Thierry Amouroux, le porte-parole du syndicat national des personnels infirmiers SNPI-CFE-CGC, mardi 19 septembre sur franceinfo.

Il s'exprimait sur la présentation par Emmanuel Macron le jour même du plan "Ma santé 2022", et notamment l'explication du statut des futurs assistants médicaux.

franceinfo : que pensez-vous de la création de 4 000 postes d'assistants médicaux ?

Thierry Amouroux : ce seront des gens qui seront formés au lance-pierre. On revient aux années 1980 où les chirurgiens avaient des aides opératoires qui étaient leur femme ou leur secrétaire qui venait instrumenter dans le bloc opératoire. ll y a donc déjà ce gros problème de compétences. Ensuite, vous avez le problème du financement. Autrefois, la bonne du curé était financée par le denier du culte. Là c'est de l'argent public : deux milliards d'euros vont être consacrés à pourvoir ces postes. il y a donc là une aberration. Par rapport au plan pauvreté annoncé, ça interpelle au niveau des montants.

Le gouvernement veut mettre fin à la tarification à l'acte, c'est une bonne décision ?

Oui, c'est une bonne chose, parce que ce n'était pas adapté. Cela répondait à la chirurgie mais pas à la maladie chronique. Et surtout, c'était coincé dans un objectif national de dépenses d'assurance-maladie qui asphyxiait l'hôpital. L'évolution des dépenses fait que l'hôpital a besoin de 4 % de plus chaque année pour les médicaments innovants ou les nouveaux traitements médicaux, et on ne lui donnait que 2 %. Ça fait dix ans que les hôpitaux enchaînent des plans d'économies parce qu'on les asphyxie progressivement.

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Les crédits de l'assurance-maladie vont être augmentés de 400 millions d'euros, est-ce suffisant ?

Le gouvernement nous dit "on va augmenter un peu, vous allez avoir 400 millions de plus", mais Agnès Buzyn [ministre de la Santé] a signé le 4 mai une circulaire budgétaire qui retire 960 millions aux hôpitaux. Quand on vous ajoute 400 mais qu'on vous retire 960, il y a quand même une dégradation sur l'année, au final.

Il y a un vrai problème budgétaire. Lorsque le gouvernement dit que c'est un problème d'organisation, c'est faux : il n'y a pas assez de personnel. Regardez dans les Ehpad. On est à 0,6 agent par résident en France, alors que l'Allemagne est à 1,2. Je ne pense pas que l'Allemagne dépense sans compter son argent alors qu'ils ont beaucoup plus de personnes à gérer qu'en France.

Derrière les décisions comptables, ce qui se passe c'est que dans un service, lorsqu'il n'y a en tout qu'une infirmière et une aide-soignante, et que vous avez deux urgences vitales, l'infirmière doit faire un choix et vivre avec. Les décideurs installés derrière leurs bureaux et qui font juste des soustractions ont du sang sur les mains.