Plan de santé gouvernemental : pour le collectif Inter-urgences, il faut traiter "la revalorisation salariale" mais "ne pas occulter le reste des dysfonctionnements"

Orianne Plumet, infirmière membre du collectif Inter Urgences, invitée de franceinfo, dimanche 24 mai, est "dans l'attente de la feuille de route"  des négociations qui s'ouvrent lundi 25 mai avec les partenaires sociaux au ministère de la Santé. 

Une banderole du collectif Inter Urgences, lors d\'une manifestation devant l\'hôpital Lariboisière (Paris), le 17 décembre 2019. 
Une banderole du collectif Inter Urgences, lors d'une manifestation devant l'hôpital Lariboisière (Paris), le 17 décembre 2019.  (JPNVHB / MAXPPP)

"La question de la revalorisation salariale, il va bien sûr falloir la traiter", estime ce dimanche 24 mai sur franceinfo Orianne Plumet, infirmière aux urgences et membre du collectif Inter-urgences, à la veille de la présentation du plan du gouvernement appelé "Ségur de la Santé". Pour le moment, Orianne Plumet est "dans l’attente de la feuille de route" de ce plan de santé mais pense "que la pandémie a permis de remettre en avant les dysfonctionnements de l’hôpital".

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franceinfo. Qu’est-ce que vous attendez de ce plan de santé ?

Orianne Plumet. Pour l’instant déjà, on ne peut pas parler véritablement de "plan de santé" puisqu’il s’agit d’une ouverture, juste d’un lancement de concertation. On est pour l’instant dans l’attente de la feuille de route et de la méthodologie qui va pouvoir y être apportée. La question de la revalorisation salariale, il va bien sûr falloir la traiter.

Pour autant, il ne faut pas qu’elle occulte le reste des dysfonctionnements que l’on a dans les services, aux urgences ou dans le reste du monde hospitalier ou dans la médecine de ville. Il s’agit de fluidifier les parcours de soins, de revaloriser les carrières soignantes, principalement pour pouvoir maintenir en place des effectifs soumis à un turn-over énorme qui ne permettent pas à l’heure actuelle d’avoir assez de lits d’hospitalisation dans les services.

Est-ce qu’il a fallu une pandémie pour que les soignants soient entendus ?

Je pense effectivement que leur communication a changé. Est-ce que la pandémie a permis de remettre en avant les dysfonctionnements de l’hôpital ? Je pense que oui. C’est malheureux d’en arriver là, on espère juste que le tournant va être pris et qu’il ne faudra pas encore attendre plusieurs mois avant de voir se concrétiser les différentes actions qui pourraient être proposées.

Nous on s’est toujours sentis légitimes même si on avait parfois l’impression que notre parole n’était pas entendue. Là où le coronavirus a effectivement changé la donne, c’est qu’il y a eu de nouveau des concertations entre les services et avec les acteurs de terrain, et pas seulement des prises de décision par les administratifs et les gestionnaires des directions hospitalières. Ça, il faut que ce soit quelque chose qui puisse être gardé, dire qu’un système ne peut pas véritablement fonctionner si l’ensemble des acteurs qui le composent n’est pas sollicité et impliqué dans les prises de décision.

Parmi les mesures mises sur la table par le gouvernement, il y a l’assouplissement des 35 heures demandé par la Fédération hospitalière française, est-ce que cela vous parait possible ?

En tout cas, ce n’est pas une demande des soignants de terrain de pouvoir retoucher aux 35 heures. S’engouffrer là-dedans ne me semble pas forcément être une priorité à l’heure où l’on n’est déjà pas capable d’avoir des revalorisations salariales suffisantes et des effectifs suffisants dans les services. Et c’est quand même principalement pour ça que certains font des "ménages" qu’ils cumulent avec leur poste. Je ne suis pas sûre que rallonger le temps de travail améliore les conditions de prise en charge des patients. Ça pourrait même être un risque d’erreur supplémentaire dû à la fatigue déjà accumulée en travaillant 35 heures.