Mort de Naomi Musenga : "Que les responsables reconnaissent leurs responsabilités, on a voulu faire porter le chapeau à la lampiste"

Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, membre de la CGT-Santé, a réagi, mercredi 20 juin sur franceinfo à la démission du responsable du Samu de Strasbourg, après la mort de Naomi Musenga.

Photo non datée de Naomi Musenga rendue publique par l\'avocat de sa famille.
Photo non datée de Naomi Musenga rendue publique par l'avocat de sa famille. (CATHERINE FABING / MUSENGA FAMILY / AFP)

Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) ont "accepté" mercredi 20 juin la démission du responsable du Samu de la ville après la publication d'un rapport pointant de nombreux dysfonctionnements dans la prise en charge de l'appel de Naomi Musenga, décédée fin décembre 2017. "Je crois qu'il faut que les responsables reconnaissent leurs responsabilités" a réagi mercredi sur franceinfo, Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, porte-parole de l’AMUF (Association des médecins urgentistes de France), membre de la CGT-Santé.

"Les procédures n'étaient pas respectées dans ce Samu comme elles ne sont pas respectées dans de nombreux Samu" a-t-il ajouté. Pour Christophe Prudhomme, aujourd'hui on oblige "les assistants de régulation médicale à prendre des décisions médicales à la place du médecin".

franceinfo : Après l'affaire Naomi Musenga, la démission du directeur du Samu de Strasbourg vous paraît logique ?

Christophe Prudhomme : Oui, je crois qu'il faut que les responsables reconnaissent leurs responsabilités. On a voulu faire porter le chapeau à la lampiste, ce qui est particulièrement scandaleux. Les procédures n'étaient pas respectées dans ce Samu comme elles ne sont pas respectées dans de nombreux Samu, car aujourd'hui il n'y a pas assez de médecins pour répondre à tous les appels. On a un réel problème de moyens. Il y a des procédures dégradées dans de nombreux Samu qui obligent les assistants de régulation médicale à prendre des décisions médicales à la place du médecin. Il n'y a pas assez de médecins disponibles, il n'y a pas de temps médical suffisant. Aujourd'hui nous manquons d'urgentistes, il y a une véritable crise démographique avec une augmentation du nombre d'appels. Une des solutions que l'on préconise, c'est que les deux services publics qui reçoivent les appels d'urgence, le 15 et le 18, travaillent ensemble. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Arrêtons d'avoir deux systèmes qui fonctionnent en parallèle, c'est un gâchis de moyens qui sont limités.

Qu'est ce qui a été fait depuis l'affaire Naomi Musenga ? Avez-vous l'impression que le dossier avance, sur les difficultés rencontrées dans les Samu en France ?

Non, a n'a pas l'impression que le dossier avance. Nous tirons la sonnette d'alarme depuis maintenant fort longtemps. Nous ne sommes pas entendus. La situation va être catastrophique dans les Samu, dans les services d'urgence. Indépendamment du problème de la réception des appels et de la régulation par un médecin, aujourd'hui nous ne sommes pas en capacité d'assurer le fonctionnement de toutes les unités Smur (service mobile d'urgence et de réanimation), des véhicules du Samu. Il risque d'y avoir cet été des fermetures d'unités Smur par manque de médecins, et dans des zones touristiques à la différence de ce qu'a dit la ministre de la Santé. On a une crise très grave dans l'Aude où on n'est pas en capacité d'assurer le fonctionnement normal des Smur et de la régulation du Samu, sans compter le département du Cher où, pour faire fonctionner le Samu et le service d'urgence, on a fait appel à la réserve sanitaire. Au-delà du rapport de l'Igas, il va falloir que la ministre de la Santé prenne d'autres mesures que la simple compassion auprès des victimes. Des victimes, il risque d'y en avoir d'autres. Il faut faire autre chose que des rapports et le rappel aux bonnes pratiques.

Vous avez parlé de lampiste, mais l'assistante de régulation médicale qui a répondu à Naomi Musenga en ne la prenant pas au sérieux a aussi une responsabilité. Elle n'aurait jamais dû répondre comme elle l'a fait, non ?

Tout à fait, mais on est dans un système qui met en responsabilité des gens dont ce n'est pas la compétence. Après, il ne faut pas excuser les dérapages, mais quand vous avez un système qui ne respecte pas les procédures de sécurité quand il y a des vies humaines en jeu, il faut savoir pourquoi. Il y a des problèmes d'organisation et de moyens. Il faut aller vers une fusion des services d'appel 15 et 18, pas forcément vers une fusion physique. On a des moyens techniques qui permettent aujourd'hui, quand l'appel arrive au 18 ou au 15 et si c'est un appel médical, de le passer directement aux médecins.