Mort au CHU de Reims : ma mère "est morte à petit feu" en raison d'un "dysfonctionnement de l'hôpital", dénonce Marc Mendel

Le fils d'Yvette Mendel, morte au mois de mars 2018 au CHU de Reims, dénonce un dysfonctionnement de l'hôpital. Sa mère a été victime d'une crise cardiaque alors qu'elle attendait dans un couloir des urgences.

Les urgences du CHR de Reims.
Les urgences du CHR de Reims. (CHRISTIAN LANTENOIS / MAXPPP)

Yvette Mendel "est morte à petit feu" en raison d'un "dysfonctionnement de l'hôpital" de Reims, dénonce son fils, vendredi 5 octobre sur franceinfo. Marc Mendel a pris connaissance du pré-rapport de l'expertise médicale demandée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, au sujet des circonstances de la mort à 73 ans de sa mère, victime d'une crise cardiaque dans les couloirs du CHU de la ville, en mars 2018.

"Elle est morte à petit feu sur le brancard"

"Je n'arrive pas, en fin de compte, à faire le deuil, à oublier", témoigne Marc Mendel sept mois après le décès de sa mère. "Il y a eu des souffrances, j'en suis persuadé. Elle est morte à petit feu sur le brancard. Elle a souffert sans que personne ne la voie."

"Le déroulement de cette journée, est dramatique", regrette-t-il, en souhaitant que les membres de la direction du CHU "avouent leurs fautes" car l'expertise "met en évidence un dysfonctionnement de l'hôpital" : malgré son enregistrement administratif à 16h20, sa mère est morte environ deux heures plus tard sans avoir été prise en charge médicalement.

Marc Mendel dénonce la réduction dans le domaine de la santé : "On supprime des hôpitaux de campagne, des petits hôpitaux, donc tout le monde se réfugie dans les grandes villes, et ça cause un gros problème. J'espère que les choses vont changer." Le fils d'Yvette Mendel dit réfléchir à porter plainte, alors que l’Association des Médecins Urgentistes de France l'appelle à le faire

La prise en charge n'était pas "conforme" selon une expertise 

Une expertise médicale demandée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, dont franceinfo a pu consulter vendredi le pré-rapport, estime que la prise en charge "n'a été ni conforme, ni adaptée à l'état de santé" de la patiente.

L'expertise retrace la chronologie des faits : la patiente a été inscrite administrativement à 16h20, les jambes violacées et le pouls anormal. Sa première prise en charge médicale a eu lieu 2h05 plus tard, "lors de la constatation de l'arrêt cardiaque alors que la patiente était en salle d'attente sur le brancard des ambulanciers qui l'avaient transportée au CHU de Reims". Yvette Mendel est décédée deux heures après son arrivée suite à "un choc sceptique ou cardio-vasculaire", selon l'expertise. 

"Il existe un manquement dans la prise en charge de Mme Mendel par défaut de prise en charge dans les 30 minutes de son arrivée aux urgences par l’infirmière d’accueil", commente l'expertise, estimant que ce retard a été "préjudiciable", qu'il constitue une "perte de chance de survie", et qu'il "relève d'un problème d'organisation au sein du service des urgences". "Cependant, nuance l'expertise, compte tenu de l’état général de Mme Mendel (...) il ne peut être affirmé que la prise en charge aurait permis une récupération ou une évolution favorable de son état de santé (...) mais cela constitue au minimum une perte de chance."

Le manque de moyens de l'hôpital public dénoncés par l'avocat

Pour son avocat, Maître Emmanuel Ludot, "on a de quoi hurler et d'être en colère. Elle n'a même pas été examinée. On ne l'a même pas regardée. Elle a été totalement ignorée", dénonce-t-il en épinglant le fait qu'elle n'a pas bénéficié d'un tri infirmier : "On n'a pas pu analyser une priorité chez elle dans la mesure où elle n'a même pas été vue, même pas été saluée, et qu'elle est restée en attente sur un brancard. Elle était enregistrée administrativement, mais elle est totalement abandonnée sur le plan médical."

Maître Emmanuel Ludot pointe du doigt le manque de personnel et un problème d'organisation des urgences : il y a avait une "infirmière multi-services. À 14 heures, elle est affectée à l'enregistrement. À 14h15, elle est affectée à une autre tâche. À 14h30, elle a encore une autre tâche. On a le sentiment d'un grand désordre".

L'avocat du fils de la patiente décédée déplore le manque de budget dans les hôpitaux public. "Aujourd'hui, si vous allez aux urgences de Reims à 14h, je crains fort que l'on retrouve le même schéma", conclut l'avocat, en évoquant d'autres "drames" dans les hôpitaux de Strasbourg, de Tours et d'autres encore, "malheureusement".