Hôpital : "Un milliard d'euros manquent chaque année", selon le président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP

"L'hôpital n'a non seulement pas été consolidé, mais il est plus fragile" qu'avant le Covid-19, se désespère le pédiatre Rémi Salomon alors que le niveau 2 de son plan "Hôpital en tension" a été déclenché mardi.

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Radio France
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Rémi Salomon, pédiatre et président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP, le 23 novembre 2022. (FRANCEINTER / RADIOFRANCE)

"La situation est grave" à l'hôpital, a martelé Rémi Salomon, pédiatre et président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris), mercredi 23 novembre sur France Inter. "On craint que vu le débordement des urgences actuellement, trop de patients arrivent et surtout qu'il n'y ait pas assez de personnel pour les accueillir, pas assez de personnel pour garder les lits ouverts dans les services", a-t-il expliqué. "Donc un encombrement et un niveau de stress chez les soignants qui se trouvent effectivement dans une situation où ils savent qu'ils ne peuvent pas faire correctement le soin. Le risque, effectivement, est qu'il y ait de temps en temps un drame."

Hospitalisations sur des brancards, intubation en salle de repos

Face à la forte épidémie de bronchiolite, le niveau 2 du plan "Hôpital en tension" a été déclenché mardi 22 novembre par l'AP-HP, une information dévoilée mardi par France Inter. Parmi les exemples les plus marquants, plus de 170 patients ont été hospitalisés sur des brancards faute de place depuis le début de la semaine. Plusieurs personnes de 90 ans sont restées sur les brancards pendant 20 heures. Un nourrisson de deux mois a été intubé et ventilé dans une salle de repos transformée en chambre pour l'occasion… Rémi Salomon confirme : "La situation est grave. L'épidémie est assez forte cette année. C'est la conséquence du fait qu'on ait porté des masques les deux années précédentes. Là, il y a un retour en force. Mais ce qui explique également la situation actuelle, c'est qu'on manque de lits."

Avant la crise du Covid-19, "on était déjà en manque de personnel et on était déjà dans une situation où 25 nourrissons quittaient la région parisienne parce qu'on n'avait pas assez de places à Paris", a-t-il poursuivi. "Après le Covid, on a réalisé tous que l'hôpital, c'était super important. On a fait face [à la crise sanitaire] de manière remarquable. "L'hôpital n'a non seulement pas été consolidé, mais il est plus fragile. On a diminué les effectifs, qui font que les conditions de travail sont insupportables." 

L'État a pourtant investi dans ses hôpitaux. Avec le Ségur de la Santé, l'enveloppe supplémentaire de 543 millions d'euros pour l'hôpital en 2022, les augmentations de 15% des infirmières, ou encore la majoration des heures de nuit. "Il y a eu beaucoup d'argent, c'est vrai", a reconnu Rémi Salomon. "Mais on a pris tellement de retard. Ça fait quinze ans au moins que chaque année, le Parlement vote le budget de l'hôpital de la Santé. Et chaque année, il manque [de l'argent]. C'est-à-dire qu'on ne calcule pas ce budget en fonction de ce dont on a besoin, ce qui serait logique, mais on le calcule en fonction d'un indice financier, donc il y a un plafond. Au fil du temps, et c'est probablement de l'ordre d'un milliard d'euros qui manquent chaque année, peut-être un peu plus, et ça s'accumule".

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