Hausse des violences dans les établissements de santé : "C’est souvent lié à un sous-effectif, car les gens attendent pendant des heures et le ton monte"

"Quand vous avez un service conçu pour traiter 130 urgences par jour, et que vous en êtes à 300, forcément les gens vont en avoir marre", estime le porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers.

Service d\'urgences à Paris (illustration).
Service d'urgences à Paris (illustration). (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

La hausse des violences en milieu hospitalier est un phénomène "souvent lié à un sous-effectif", a estimé mardi 23 juillet sur franceinfo Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers. Ces faits ont augmenté en 2018 de près de 6% en un an, selon le rapport de l'Observatoire des violences en milieu de santé.

franceinfo : Ces violences vous sont-elles familières ?

Thierry Amouroux : Oui, parce qu’il faut bien voir que derrière les chiffres, vous avez 33 infirmières qui sont agressées chaque jour. Et dans la moitié des cas, ce sont des agressions violentes, physiques, avec des objets. Il y a une vraie souffrance. Surtout que c’est souvent lié à un sous-effectif. Par exemple aux urgences, les gens attendent pendant des heures et donc le ton monte et le patient ou ses accompagnateurs peuvent s’en prendre à la blouse blanche qui est en face d’eux qui sert de bouc émissaire.

On est vraiment soumis à la double peine, d’une part, des conditions de travail difficiles et d’autre part, cette agressivité qui monte. Ce que disait la ministre [de la Santé], nous former d’avantage à gérer les gens, on peut toujours mieux nous former. Mais le problème, par exemple, sur les urgences, c’est que quand vous avez un service conçu pour traiter 130 urgences par jour, et que vous en êtes à 300, forcément les gens vont en avoir marre. Ce qu’il nous faut, c’est davantage de personnes pour prendre en soin les patients. Ce n’est pas normal qu’aujourd’hui, les gens attendent pendant des heures aux urgences.

Est-ce le personnel des urgences qui fait surtout les frais de cette violence ?

Ce sont les urgences, la psychiatrie, les Ehpad, des secteurs où il y un sous-effectif. Par exemple en Ehpad, vous avez moitié moins d’effectifs en France qu’en Allemagne ou que dans les pays scandinaves. Il y a un vrai souci. Ce ne sont pas des personnes qui viennent à l’hôpital agresser volontairement des gens, ce sont des personnes qui se trouvent placées dans des conditions où, à un moment, ils vont péter un câble et agresser la blouse blanche en face d’eux.

Il y a plus de violences, ou bien elles sont plus facilement signalées ?

Non, il y a beaucoup plus de violences. En quatre ans, ce nombre d’actes de violences a doublé. Et il faut bien comprendre qu’il y a un sous-signalement de ces faits-là parce que le rapport de l’OVMS [Observatoire des violences en milieu de santé publié] est fait sur un volontariat des établissements. Vous avez un tiers des établissements publics qui répondent aux questionnaires et seulement 4% des établissements privés par peur de nuire à leur image.

Quand vous signalez des menaces, des violences, est-ce que vous êtes écoutés ?

On est peu soutenus par les directions qui estiment que ça fait partie des risques du métier, alors que pour nous, c’est une ligne rouge, parce que c’est rarement lié à une pathologie. On voit bien que les administrations comme La Poste soutiennent systématiquement leur personnel, alors que ce n’est pas du tout le cas des professionnels de santé. Sur les 12 000 signalements, il n’y a eu qu’un millier de plaintes déposées par l’établissement.