Désinfection des sondes d'échographies : une association appelle Agnès Buzyn à "siffler la fin de la récréation"

Alors que la Société française d'hygiène hospitalière alerte sur l'insuffisante désinfection de certaines sondes, Alain-Michel Ceretti, président de France assos santé, appelle la ministre de la Santé à revoir les normes à la hausse.

La salle d\'échographie de la polyclinique du Centre hospitalier de Pfastatt.
La salle d'échographie de la polyclinique du Centre hospitalier de Pfastatt. (THIERRY GACHON / MAXPPP)

Les sondes utilisées pour les échographies des femmes enceintes, pour les biopsies pour les hommes ou pour les cancers de la prostate, ne sont pas suffisamment désinfectées, alerte la Société française d'hygiène hospitalière dans un rapport sur ces sondes. "Le principe de précaution doit être mis en avant et j'attends de Mme Buzyn [ministre de la Santé] qu'elle utilise son autorité pour dire que le passage à la désinfection au plus haut niveau, soit la règle en France", a expliqué sur franceinfo Alain-Michel Ceretti, fondateur de l'association Le Lien (Lutte, information, étude des infections nosocomiales), président de France assos santé.

franceinfo : Depuis quand avez-vous connaissance de ce problème de désinfection des sondes ?

Alain-Michel Ceretti : Cela fait 10 ans que, sans cesse, nous rappelons aux pouvoirs publics que la France est très en retard, que les décisions qui ont été prises courant 2007-2008 de baisser le niveau d'exigence de décontamination des sondes entre deux patients n'était pas une bonne idée [La réglementation n'impose qu'une "désinfection de niveau intermédiaire" par jour]. La preuve est arrivée par des études internationales et françaises, puis par un certain nombre de victimes qui ont été identifiées.

Le capuchon jetable qui recouvre la sonde est-il assez efficace ?

Le fond du problème est arrivé avec l'émergence du papillomavirus, qui est un tout petit virus, qui manifestement a tendance à traverser les gaines, qui sont des espèces de grands préservatifs. Les Etats-Unis en 1998, le Canada en 1997, l'Australie bien plus tôt et depuis 2016 l'ensemble des pays du monde ont pris des dispositions. La France est le dernier pays à ne pas avoir cette exigence de décontamination de haut niveau.

Pourquoi les choses ne changent pas ?

On ne parle pas de patientes ou de malades, mais de femmes enceintes la plupart du temps. Cela fait quatre mois que ce rapport a été rendu à la ministre, il a été demandé par Marisol Touraine [ministre des Affaires sociales et de la Santé de 2012 à 2017]. Aujourd'hui, on a les constats définitifs, on sait qu'il faut changer, mais probablement pour des questions purement économiques certains services au ministère ne veulent pas de cette mesure et font tout pour la freiner. Le principe de précaution doit être mis en avant et j'attends de Mme Buzyn [ministre de la Santé] qu'elle utilise son autorité pour siffler la fin de la récréation et faire que la "désinfection de niveau intermédiaire" (DNI), le plus haut niveau, soit la règle en France.

Pourquoi les règles d'hygiène ont changé en 2007 ?

Elles ont changé parce que les échographes s'inquiétaient des risques de plaintes et de condamnations. Ils étaient eux-mêmes parfaitement conscients qu'ils n'avaient pas les installations qui leur permettaient d'avoir le niveau d'efficacité qui était, jusqu'en 2007, celui le plus élevé du monde. Tout d'un coup, on a baissé le niveau de façon à répondre favorablement à la demande de certains médecins, sans pour autant s'assurer que la procédure qu'on leur proposait était réellement sans risque pour le patient. Nous avons alerté dès 2007 la ministre de la Santé pour lui dire qu'il fallait faire des essais. Malheureusement rien n'a été fait.