Cinq chiffres pour comprendre la crise dans les services d'urgences

Leurs personnels défilent à Paris jeudi pour réclamer davantage de moyens, notamment pour faire face à la hausse du nombre de patients depuis dix ans. 

Une ambulance et un fourgon de pompiers devant l\'entrée des urgences de Nantes (Loire-Atlantique), le 16 mars 2017.
Une ambulance et un fourgon de pompiers devant l'entrée des urgences de Nantes (Loire-Atlantique), le 16 mars 2017. (LOIC VENANCE / AFP)

Les urgences sont en crise. Après trois mois de mouvement social, une journée de mobilisation nationale des personnels est prévue à Paris, jeudi 6 juin, afin de réclamer davantage de moyens humains et matériels pour répondre à l'engorgement des unités. Voici cinq chiffres qui illustrent une situation devenue explosive.

Le nombre d'admissions a doublé en dix ans

C'est une tendance lourde observée dans tous les services des urgences. Le nombre annuel de passages progresse chaque année de 3,5% en moyenne. Au total, les structures publiques et privées ont accueilli 21 millions de patients en 2016, contre 10,1 millions en 1996, selon les données de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

Evolution du nombre de passages annuels aux urgences depuis 1996.
Evolution du nombre de passages annuels aux urgences depuis 1996. (DREES)

Cette évolution est liée à de nombreux facteurs, comme la suppression de lits dans d'autres services, allongeant ainsi l'attente des patients aux urgences avant une hospitalisation, ou le nombre insuffisant de médecins généralistes dans certaines zones. 

Le nombre de généralistes stagne

La France comptait 102 600 médecins généralistes en 2018, soit 1 300 de moins que dix ans auparavant. Cette tendance a des conséquences directes sur les urgences, dans un contexte où la population vieillit. "Il ne faut pas culpabiliser les patients qui viennent aux urgences, analyse Christophe Prud'homme, porte-parole de l'association des médecins urgentiste de France (Amuf). Beaucoup cherchent un médecin traitant. Et quand ils en ont un, celui-ci n'est parfois pas disponible."

Près de 30 000 patients ont passé la nuit sur un brancard depuis l'été dernier

Le syndicat Samu-urgences de France a mis en place un "No Bed Challenges", un décompte non officiel basé sur les déclarations quotidiennes de personnels des services d'urgences. Jour après jour, il recense le nombre de patients restés sur des brancards la nuit, faute de lit d'hospitalisation ("lit d'aval"). Résultat : 29 549 personnes ont été "mal traitées" depuis le 1er juillet dernier, estime le syndicat. La plateforme pointe notamment du doigt les urgences du centre hospitalier Jacques Cœur de Bourges (Cher), élu "bad du mois". "Nous ne pouvons, nous ne devons plus accepter la maltraitance des patients, justifie le Samu-urgences de France, qui assure que la surcharge des urgences est "responsable" d'une surmortalité des patients.

6% de la population vit à plus d'une demi-heure des urgences

Fin 2015, près de quatre millions de personnes habitaient à plus d'une demie-heure d'un service d'urgences ou d'un Smur, selon un rapport de la Drees de 2017 consacré aux "déserts médicaux". Les zones pour lesquelles les soins urgents sont les moins accessibles sont souvent situées en moyenne montagne ou dans un environnement où les déplacements sont difficiles. Un peu moins de la moitié (46%) "des habitants des espaces ruraux isolés de l'influence des pôles urbains" sont ainsi concernés, notamment en Corse, en Martinique, en Bourgogne-Franche-Comté et en Guyane.

Un bon maillage des urgences est pourtant vital pour les populations. La question des petites structures avait d'ailleurs interpellé les auteurs d'un rapport d'information du Sénat en 2017. "En raison de l'organisation actuelle du financement des services d'urgencesla faiblesse de leur activité entraîne des suppressions de crédits mécaniques qui remettent en question leur survie", soulignaient Laurence Cohen, Catherine Génisson et René-Paul Savary.

Les agressions sont plus nombreuses dans les services

En 2017, 3 486 agressions ont été signalées, sur la base du volontariat, par 7,71% des établissements (3 323 atteintes aux personnes et 434 aux biens), selon l'observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS), soit 16% du nombre total des faits relevés en milieu hospitalier. Parmi ces cas, seuls 157 sont le fait de patients souffrant de troubles psychiques ou neuropsychiques. Si les enquêtes menées les deux années précédentes ne portaient pas sur le même nombre d'établissements, les chiffres traduisent malgré tout une augmentation des violences, avec 2 354 agressions signalées en 2016 (6,23% d'établissements) et 2 162 en 2015 (5,94% des établissements).

Une série d'agressions est d'ailleurs à l'origine de la grève à l'hôpital parisien de Saint-Antoine, mi-mars, avant d'essaimer dans toute la France. Les agressions, "c'est tous les jours, résumait Yann Flecher, infirmier et représentant CGT. Il faut plus de sécurité dans les services d’urgences".