"Il me parlait comme si j'étais anormale" : une passagère sourde accuse un contrôleur SNCF de l'avoir rudoyée

Sophie Vouzelaud, première dauphine de Miss France 2007, raconte à franceinfo comment un cheminot l'a verbalisée en ne prenant pas en compte son handicap.

Sophie Vouzelaud à Montpellier, le 24 mai 2009.
Sophie Vouzelaud à Montpellier, le 24 mai 2009. (MAXPPP)

Elle a été verbalisée parce que son billet ne mentionnait pas son prénom, mais celui de son mari. L'ancienne première dauphine de Miss France 2007, Sophie Vouzelaud, sourde de naissance, se rendait à Paris en train lorsqu'elle a été contrôlée en infraction. Choquée et en colère, elle a partagé sa mésaventure sur son compte Facebook, mardi 5 novembre. Elle n'y conteste pas l'amende, mais accuse le contrôleur de la SNCF de s'être adressé à elle de manière véhémente, en ne prenant pas en compte son handicap

Tôt dans la matinée du 5 novembre, la mannequin de 32 ans s'installe dans le train numéro 3634 reliant Limoges à Paris. Sophie Vouzelaud voyage exceptionnellement seule car son époux n'a pas pu l'accompagner. Elle a en main son billet aller-retour acheté sur internet par son mari. Au moment de la réservation, celui-ci a bien inscrit le nom de famille de sa femme, mais s'est trompé en écrivant son propre prénom. 

Quand le contrôleur arrive vers Sophie Vouzelaud, celle-ci ne soupçonne pas du tout être dans l'illégalité. L'agent lui réclame alors la somme de 220 euros, à régler sur le champ. La raison : elle voyage avec un titre ne lui appartenant pas. La jeune femme, paniquée, ne comprend pas pourquoi elle est en faute. Elle lui présente sa carte d'invalidité en lui expliquant qu'elle a besoin d'un interprète. Mais, selon le récit de la passagère, le contrôleur ne veut rien entendre, et passe même une vingtaine de minutes à la "harceler", en vociférant tout près de son visage. "Il m'a parlé comme si j'étais anormale, comme si j'étais une fraudeuse", raconte avec émotion l'ancienne reine de beauté. 

Je me suis sentie alors complètement discriminée et impuissante car je ne comprenais rien de ce qu'il me disait.Sophie Vouzelaudà franceinfo

Impossible pour la jeune femme de lire sur les lèvres du contrôleur, qu'elle dit déformées par la colère. La panique grandit. Elle tente par trois fois de joindre son mari afin qu'il parle à l'agent. "Il n'a pas voulu prendre mon mari au téléphone pour qu'il lui explique la situation. Il n'a pas voulu non plus qu'une autre passagère du train prenne le relais. Il ne s'adressait qu'à moi et je ne comprenais rien, j'étais totalement désemparée", relate la trentenaire, encore sous le choc. Comme elle refuse de payer, l'amende monte à 275 euros. 

Elle souhaite que son histoire "serve d'exemple"

Dès son arrivée à Paris, "choquée" et "apeurée", Sophie Vouzelaud décide de témoigner de son "agression" sur Facebook. Elle reçoit aussitôt des milliers de messages de soutien. Son texte est partagé plus de 6 000 fois. "De nombreux cheminots, contrôleurs et salariés SNCF condamnent l'attitude de leur collègue", raconte la jeune Limougeaude. Pour autant, elle ne veut pas jeter l'opprobre sur l'agent et condamne les messages agressifs à l'encontre de ce dernier. "Je ne lui veux aucun mal, explique-t-elle. Je souhaite juste qu'il comprenne comment parler avec les gens, notamment en situation de handicap."

Engagée dans le combat pour l'intégration des personnes handicapées, marraine de la Fédération nationale des sourds de France, Sophie Vouzelaud souhaite que son "histoire serve d'exemple et fasse avancer les choses". La SNCF lui a présenté ses excuses et a annulé son amende. La compagnie lui a également assuré que la question de l'accessibilité était au cœur de ses priorités.