Un tiers des Américaines prennent des médicaments potentiellement à risque durant leur grossesse

Une large étude américaine révèle que plus de 80% des Américaines ont pris au moins un médicament au cours de leur grossesse. Dans 40% des cas, le médicament est jugé comme potentiellement délétère pour le foetus.

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Du paracétamol et de la patience. Durant leur grossesse, la palette des traitements médicamenteux s’offrant aux femmes est généralement réduite comme peau de chagrin afin d’écarter tout risque, potentiel ou avéré, d’effets délétères pour le fœtus.

Mais si la prudence semble de mise au moment de la prescription, ce principe de précaution semble loin d’être appliqué à la lettre aux Etats-Unis.

Lors d’une vaste enquête épidémiologique, l’équipe du Professeur Kristin Palmsten de l'université de San Diego en Californie a ainsi analysé des données portant sur un million de femmes enceintes, inscrites entre 2000 et 2007 au programme Medicaid, système d’assurance maladie destiné aux foyers à faible revenu.

L’enquête a porté sur les prescriptions effectuées par les médecins de ville et la  délivrance de médicaments en vente libre par les pharmaciens, excluant l’automédication.

Les femmes jeunes sont les plus médicamentées

Les résultats montrent que 82,5% des femmes étudiées ont pris au moins un médicament pendant leur grossesse.

Dans 49,7% des cas, il s'agissait d'antibiotiques, indiqués le plus souvent dans le traitement d’une cystite (infection du système urinaire). Le plus prescrit était la nitrofurantoïne (21,6%) dont l’effet pendant la grossesse est mal connu sans toutefois qu’il soit jugé préoccupant par le CRAT, Centre de référence sur les agents tératogènes, selon le site Medscape qui relaye l’étude américaine.

Les chercheurs notent également que les taux de délivrance de ces antibiotiques étaient plus élevés chez les femmes les plus jeunes. Soit 10% de plus chez les moins de 20 ans que chez les plus de 35 ans.

Un risque fœtal confirmé pour près de la moitié des médicaments consommés

Plus inquiétant encore, alors que la Food and Drug Administration (FDA) classe les médicaments en fonction d’un niveau de risque pour le fœtus en cinq catégories (A,B,C,D ou X), sur l’ensemble des médicaments consommés par les femmes étudiées, 42% ont un risque confirmé d’effets indésirables pour le fœtus (catégorie D) ou sont totalement contre-indiqués en raison d’un risque d’anomalie pour le fœtus (catégorie X).

Parmi les molécules jugées dangereuses pour la santé du fœtus, se trouvent notamment des substituts de drogue (codéine), des anticholestérolémiants (statines), des contraceptifs oraux mais aussi de l'ibuprofène, prescrit dans 5% des cas. Comme tous les anti-inflammatoires non stéroidiens (AINS), l’ibuprofène est strictement contre-indiqué chez la femme enceinte à partir du 6ème mois de la grossesse en raison d'une forte toxicité foetale et néonatale, potentiellement mortelle.

Afin de limiter les prescriptions inadaptées, la FDA  a donc décidé fin juin de revenir a un signalement en toute lettre des modalités de prescription chez la femme enceinte, abandonnant son système de classement par lettre instauré en 1979, désormais jugé trop simpliste par l’agence sanitaire américaine.

Distinguer risque réel et absence de sécurité

« Il ne faut cependant pas être alarmiste » rassure le pr Bernard Begaud, pharmacologue à Bordeaux. Un grand nombre de médicaments sont déconseillés à la femme enceinte faute de données cliniques car il est bien entendu impossible de mener des essais sur cette population. Ce qui ne veut pas dire qu’ils présentent tous un risque réel » précise le médecin.

Il est de bon sens de stopper les traitements inutiles durant une grossesse. Mais certaines situations pathologiques comme l’hypertension, l’épilepsie, ou encore certains troubles psychiatriques ou infections graves imposent de poursuivre le traitement pour la santé de la mère comme celle du fœtus. « Même dans ces cas, les impasses thérapeutiques demeurent rares car beaucoup de médicaments, utilisés depuis de nombreuses années ont en pratique fait la preuve de leur innocuité » conclue le professeur Begaud.  

En cas de doute, en France les médecins peuvent prendre conseil auprès du centre de référence sur les agents tératogènes ou des centres régionaux de pharmacovigilance.