Naissance après le terme : une étude annulée après la mort de six bébés

En Suède, des travaux sur les accouchements à terme dépassé ont été stoppés pour des raisons éthiques. En cause : le décès de bébés nés par accouchement déclenché au début de la 43e semaine de grossesse.

Naissance après le terme : une étude annulée après la mort de six bébés
Naissance après le terme : une étude annulée après la mort de six bébés (Crédits Photo : © Pixabay / Anastasia Makarevich)

Quels sont les risques d’accoucher une semaine après le terme ? Une étude menée en Suède a été annulée après le décès de six bébés nés après le terme.
Cette étude, menée à l ‘hôpital universitaire de Gothenburg, avait pour objectif d’améliorer les connaissances et la prise en charge des femmes enceintes qui dépassent leur terme. Les scientifiques suédois partaient du constat qu’il n’existait pas de consensus scientifique international sur la façon de gérer des grossesses qui durent plus que 40 semaines mais qu’il était communément admis que les risques de complications augmentaient au-delà de 41 semaines.

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Six décès après la 43e semaine

Cette étude, lancée en mai 2016 visait donc à réunir 10.000 femmes à travers 14 hôpitaux en Suède. Le principe : suivre l’état de santé des femmes – et de leur nouveau-nés – lorsqu’elles dépassent le terme d’accouchement. Les patientes étaient divisées en deux groupes. Celles dont le travail était induit au début de la semaine 42 et celles dont le travail était induit au début de la semaine 43, sauf si l’accouchement survenait de manière spontanée avant cette date.

Mais en octobre 2018, alors que les médecins n’avait recueilli qu’un quart du nombre de participantes attendu initialement, ils comptaient déjà six décès néonataux dans le groupe des bébés dont la naissance avait été induite au début de la semaine 43. Le groupe des accouchements induits au début de la semaine 42 n’enregistrait quant à lui aucun décès.

"Il n’aurait pas été moralement correct de poursuivre l’étude"

Aucune communication officielle sur l’étude n’avait été réalisée avant la publication scientifique des travaux mais un an après, l’affaire est rendue officiellement publique lorsqu’une des co-auteurs, Anna Wessberg, soutient sa thèse le 27 septembre 2019. Elle y explique que l’étude a bien été "stoppée plus tôt que prévu suite aux implications éthiques de la poursuite de l’essai".
Elle y ajoute qu’avec ses collègues, "[leur] conviction est qu’il n’aurait pas été moralement correct de poursuivre l’étude" en raison de la "mortalité natale et néonatale" observée.

Et compte-tenu du risque accru passée la 43e semaine, les chercheurs ont annoncé à la télévision suédoise : "Nous prévoyons désormais, dès que nous le pourrons, de proposer le déclenchement à la 41e semaine à toutes les femmes qui atteignent la fin de leur terme."

Risque accru de mort in utero et de souffrance fœtale

Mais est-ce le cas ailleurs qu’en Suède ? "En France, le terme est situé à la 41e semaine d’aménorrhée même si la définition internationale est située à 42 semaines et on ne dépasse jamais la 42e semaine" nous rappelle le professeur François Goffinet, gynécologue et obstétricien à la maternité Port-Royal à Paris. "En général, les médecins français proposent de déclencher l’accouchement à partir du début de la 41e semaine" ajoute-t-il.

Car si les risques pour la mère sont faibles, "un accouchement post terme expose le nouveau-né à la survenue de problèmes tels qu’une mort in utero et une souffrance pendant la délivrance" précise le professeur Goffinet. "Ce n’est pas vrai pour tous les fœtus, la grande majorité pourrait dépasser les 42 semaines d’aménorrhée mais étant donné l’excès de risque, on applique un principe de précaution" poursuit le médecin.

Surveillance accrue dès la semaine 39

"Certaines femmes ne souhaitent pas être déclenchées, nous leur offrons juste la possibilité et dans tous les cas, nous mettons en place une surveillance très étroite" détaille le gynécologue obstétricien. Ce suivi comprend "une surveillance de la tension de la femme enceinte, de l’état de ses reins, de la quantité de liquide amniotique et un monitoring du fœtus" liste le spécialiste.

Le calendrier de cette surveillance est propre à chaque maternité. A celle de Port-Royal par exemple, où exerce le professeur Goffinet, la surveillance démarre autour de 39,5 ou 40 semaines. "Si tout est normal à ce moment-là, la surveillance suivante a lieu le jour du terme, puis toutes les 48h jusqu’à 41 semaines + 5 jours, date à laquelle un déclenchement est systématiquement proposé".