Menace de grève des IVG : nouvelle plainte déposée contre le Syngof

Une Lilloise porte plainte contre le Syngof, syndicat de gynécologues et obstétriciens qui avait menacé en mars dernier de stopper la pratique des IVG, selon Le Parisien.

Menace de grève des IVG : nouvelle plainte déposée contre le Syngof
Menace de grève des IVG : nouvelle plainte déposée contre le Syngof (Crédits Photo : © paulthielen on Visualhunt.com / CC BY-NC-SA  )

Elle s’appelle Gwendoline Cross. Selon une information du Parisien, cette femme résidant à Lille a déposé une plainte le 10 avril 2019 contre le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) devant l’Ordre des médecins. Etudiante sage-femme, militante féministe et rédactrice du blog Vous avez des Questions? axé sur les droits des femmes, la grossesse et la maternité, Gwendoline Cross souhaite en effet que le chantage à la "grève des IVG" du Syngof ne reste pas impunie.


Le 12 mars dernier, ce syndicat avait en effet menacé dans une newsletter de stopper la pratique des avortements si le plafond du fonds de garantie de la profession n’était pas rehaussé. Une menace qui avait déclenché une vague de réactions et d’indignations et qui avait fait à Gwendoline l’effet d’un "coup de poing dans l’estomac", confie-t-elle aujourd’hui au Parisien.

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130.000 demandes de sanctions envoyées à l’Ordre

C’est pourquoi elle s’est rendue ce mercredi matin au siège de l’Ordre départemental des médecins de Melun (Seine-et-Marne), lieu d’exercice du président du Syngof, le docteur Bertrand de Rochambeau. Plusieurs militantes féministes, pancartes à la main, l’accompagnaient dans cette action.
Parmi ces soutiens, Anaïs Leleux, militante féministe du Groupe F, qui avait déjà déposé une plainte contre le Syngof pour "incitation à l’entrave à l’IVG" et "atteinte au droit des patientes de choisir librement leur médecin" auprès du procureur de Paris le 21 mars dernier.

Cette militante avait été l’une des premières à lancer l’alerte après l’envoi du mail du Syngof. Elle avait alors mis en place un formulaire d’envoi de messages électroniques à destination de l’Ordre des médecins, demandant des sanctions à l’encontre du Syngof, qui avait rencontré un franc succès puisque 130.000 mails ont ainsi été envoyés.
Anaïs Leleux s’était également rendue avec plusieurs autres féministes au siège de l’Ordre pour une simuler une prise d’otage de femmes par des médecins et avait contribué à organiser le dépôt d’une plainte collective du collectif "Avortement Europe", qui rassemble une centaine d’organisations (associations, syndicats ou encore partis politiques), à l’encontre du Syngof.

L’Ordre des médecins aussi porte plainte

Autant d’actions qui ont certainement contribué à la décision rendue le 5 avril par l’Ordre des médecins de porter plainte devant la juridiction ordinale contre trois responsables du Syngof pour avoir annoncé qu’il pourrait ordonner à ses adhérents de cesser la pratique d’IVG. Les trois médecins visés par la plainte sont le président du Syngof Bertrand de Rochambeau, la secrétaire générale de ce syndicat Elisabeth Paganelli et l’ex-président du syndicat et actuel membre du conseil de son administration Jean Marty.

 

Depuis l’envoi du mail à l’origine du scandale, le Syngof est de son côté revenu sur ses propos et a publié le 14 mars un communiqué assurant que les gynécologues du Syngof "[soutenaient] sans réserve le droit à l’IVG" et déplorant que "le seul moyen aujourd’hui de se faire entendre [était] de générer une fausse polémique sur les réseaux sociaux".

"On n’a pas le droit d’attaquer l’IVG"

Les médecins du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) avaient de leur côté fermement condamné les propos du Syngof. "On n’a pas le droit d’attaquer l’IVG. C’est sacré. Ca représente tellement pour les droits des femmes. Même en pensée, on n’a pas le droit de dire qu’on fera la grève des IVG." nous avait ainsi confié le professeur Philippe Deruelle, secrétaire général obstétrique au CNGOF.

La docteure Amina Yamgnane, gynécologue-obstétricienne et membre du Collège national des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF) invitée du Magazine de la santé le 14 mars avait quant à elle déclaré : "J’ai honte que certains de mes collègues puissent dire des choses pareilles au sujet de notre engagement vis-à-vis des femmes. Ils nous mettent au banc de toutes les négociations en cours. Ils ne rendent pas service aux gynécologues et ils ne rendent pas service aux femmes."

Dr Amina Yamgnane, invitée du Magazine de la santé le 14 mars 2019.