Dépression post-partum : un entretien "traite les symptômes, pas la maladie", selon une sage-femme

Afin de repérer les dépressions post-partum, un entretien systématique avec un médecin ou une sage-femme sera mis en place en 2022 pour les mères après un accouchement.

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Radio France
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Photo d'illustration. (LIONEL LE SAUX / MAXPPP)

Un entretien systématique autour de la cinquième semaine après l'accouchement sera mis en place dès 2022 pour repérer les dépressions post-partum, a annoncé mardi 28 septembre le secrétaire d'État à l'Enfance, Adrien Taquet, lors des Assises de la santé mentale. Une mesure "qui va dans le bon sens", a salué mercredi sur franceinfo Anna Roy, sage-femme et auteure de La Vie rêvée du post-partum (éditions Larousse, 2021). Elle a regretté toutefois que l'on "traite les symptômes, mais pas la maladie". "Le fait de devenir parent n'est pas vraiment pensé en France", a-t-elle ajouté.

franceinfo : Que pensez-vous de ce repérage systématique ?


Anna Roy : Ça va évidemment dans le bon sens et on ne peut évidemment que se réjouir de cette mesure. Je le fais à trois semaines, puis je le refais avec mes patientes un peu ultérieurement. Le fait que ce soit généralisé, standardisé, je m'en réjouis. Malheureusement, ce qui fait que les femmes souffrent de cette pathologie n'est pas traité. On traite les symptômes mais pas la maladie en soit. On sait que les conditions d'accouchement sont très très difficiles, qu'il y a des femmes qui ressortent pulvérisées des accouchements parce qu'elles n'ont pas été suffisamment accompagnées. C'est d'ailleurs pour ça que les sages-femmes se battent actuellement. Il y a aussi le fait que les femmes soient trop isolées après la naissance et que leur congé maternité est beaucoup trop court. Pour moi, il faudrait six mois de congé maternité, renouvelé une fois. C'est une mesure à prendre en urgence.

Selon un sondage OpinionWay, 78% des parents n'ont jamais entendu parler de dépression post-partum lors des rendez-vous médicaux. Y a-t-il un tabou ?


Il y a un tabou énorme. L'idée de la jeune mère qu'on se fait tous, c'est une femme belle, qui a un beau bébé, qui est heureuse en couple dans sa vie. Or c'est aussi une aventure profondément déstabilisante et déstructurante et douloureuse, avec une part de deuil. La société pour l'instant n'a pas envie de regarder cela. Il y a une injonction au bonheur après l'accouchement qui est absurde, car elle n'est pas juste. Les femmes ont des états de variabilité. Elles se sentent parfois très heureuses, parfois très tristes, parfois sereines, etc. Il ne faut pas se dire que la maternité est une expérience linéaire, comme toutes les expériences de la vie. Elle n'a pas plus de raisons que d'autres d'être parfaitement heureuse.

Faut-il plus accompagner les femmes après l'accouchement ?


Oui, le système français est extraordinaire. On couve les femmes pendant la grossesse et l'accouchement, et encore pas suffisamment, mais on fait un effort. Et puis après, elles quittent la maternité et on leur dit "au revoir madame". On pense que le devoir a été accompli alors que c'est là que tout commence. Il y a vraiment un travail à faire sur ce post-partum. Le fait de devenir parent n'est pas vraiment pensé en France, pourtant il me semble que c'est un des plus grands chambardements de son existence. Je conseille aux femmes qui ont accouché de ne pas attendre que l'entretien soit mis en place. À trois semaines de l'accouchement, elles peuvent faire sur internet le test EPDS (Edinburgh Postnatal Depression Scale). Si le score n'est pas normal, tout de suite il faut prendre rendez-vous avec une sage-femme ou un médecin, c'est pris en charge par l'Assurance maladie.

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