Plus de 10 000 femmes enceintes auraient pris de la Dépakine alors que ses dangers étaient déjà connus

Selon "Le Canard enchaîné", cet antiépileptique a été prescrit à plus de 10 000 femmes entre 2007 et 2014, alors que les dangers pour les enfants à naître étaient déjà connus.

La Dépakine aurait été prescrite à plus de 10 000 femmes enceintes entre 2007 et 2014, affirme \"Le Canard enchaîné\" dans son édition du 10 août 2016.
La Dépakine aurait été prescrite à plus de 10 000 femmes enceintes entre 2007 et 2014, affirme "Le Canard enchaîné" dans son édition du 10 août 2016. (MAXPPP)

Elle est accusée de provoquer des malformations, des retards intellectuels et moteurs ou encore des troubles autistiques. Pourtant, la Dépakine aurait été prescrite à plus de 10 000 femmes enceintes entre 2007 et 2014, alors que ses effets délétères sur le fœtus étaient connus depuis les années 1980. Dans son édition du mercredi 10 août, Le Canard enchaîné révèle que ce chiffre figure dans une étude "alarmante" menée conjointement par l'agence du médicament et la Caisse nationale d'assurance maladie.

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Qu'est-ce que la Dépakine ?

Utilisée pour traiter l'épilepsie, la Dépakine est commercialisée en France par Sanofi depuis 1967, puis sous forme générique par d'autres laboratoires. Mais sa molécule, le valproate de sodium, est également prescrite pour traiter les troubles bipolaires, sous d'autres appellations (Dépakote, Dépamide).

En 2014, avant la mise en place de nouvelles restrictions d'utilisation, 93 000 femmes en âge de procréer prenaient ce médicament en France, dont 37 000 pour épilepsie et 56 000 pour des troubles bipolaires.

Quels sont les risques de ce médicament ?

Présent dans plusieurs spécialités pharmaceutiques dont la Dépakine, le valproate de sodium est sur la sellette depuis plusieurs années à cause de son risque élevé de malformations – de l'ordre de 10% – mais également d'un risque plus élevé de retard intellectuel et/ou de la marche ainsi que de cas d'autisme, qui peuvent atteindre jusqu'à 40% des enfants exposés.

L'Association d'aide aux parents d'enfants souffrant du syndrome de l'anticonvulsivant (Apesac) a donné l'alerte dès 2014, accusant Sanofi et les autorités sanitaires d'avoir tardé à agir alors que les risques du valproate de sodium sont connus depuis longtemps. Elle évalue à près de 30 000 le nombre des victimes de la Dépakine depuis 1967. En février dernier, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a pour sa part évalué à 450 le nombre d'enfants nés avec des malformations congénitales entre 2006 et 2014 après avoir été exposés in utero au valproate de sodium. L'Igas a aussi dénoncé l'"inertie" des autorités sanitaires françaises et de Sanofi. 

A la suite du rapport de l'Igas, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé la création d'une filière pour prendre en charge les enfants victimes. Elle a également reçu la présidente de l'Apesac pour faire avancer le dossier des indemnisations.

Quelles suites pour ce nouveau rapport ?

Selon Le Canard enchaîné, la première partie de cette nouvelle étude aurait été communiquée au ministère de la Santé dès la mi-juillet mais "soigneusement cachée aux familles". Cette dernière affirmation est démentie par le ministère de la Santé, qui précise que "le premier volet" de l'étude sera présenté à l'Apesac le 24 août. Il n'a pas commenté les chiffres publiés par Le Canard.

"Cette réunion a été fixée dès la fin du mois de juillet. Le ministère étudiera, en lien avec cette association représentative des familles, avec laquelle il travaille étroitement, les mesures qu'il apparaîtra nécessaire de mettre en œuvre", précise le ministère. Il ajoute que l'étude et "le plan d'action qui sera établi sur cette base" seront rendus publics début septembre.

"Enfin des chiffres qui approchent la réalité",a réagi l'Apesac sur Twitter. Il y a entre "50 000 et 70 000" victimes potentielles de la Dépakine, estime l'association. Interrogée par France Info, sa présidente, Marine Martin, dénonce un "scandale où l'industrie pharmaceutique commercialise un médicament extrêmement rentable et [où] l'Etat a laissé faire toutes ces années, de peur de s'opposer à un grand laboratoire français". Marine Martin souhaite que Sanofi "assume ses responsabilités" et que l'Etat français "prenne en charge ces enfants puisqu'il est complice dans ce scandale sanitaire".