Etiquetage nutritionnel : les industriels "ne souhaitent pas donner cette transparence aux consommateurs"

L'épidémiologiste Serge Hercberg, à l'origine d'un système qui propose un logo avec cinq couleurs, a défendu sur franceinfo l'expérimentation d'un étiquetage nutritionnel. "Il faut qu'elle puisse porter sur un nombre suffisant d'aliments" et "qu'elle puisse durer suffisamment longtemps" a-t-il expliqué.

L\'étiquetage nutritionnel testé à Londres en 2015
L'étiquetage nutritionnel testé à Londres en 2015 (JEAN-FRAN?OIS FREY / MAXPPP)

A partir de ce lundi, et durant 10 semaines, quatre systèmes d'étiquetage nutritionnel seront expérimentés dans 40 supermarchés en France pour faciliter l'identification des aliments meilleurs pour la santé. Un test sur fond de polémique entre les industriels agroalimentaires, qui ne veulent pas d'un système stigmatisant, et des chercheurs en nutrition. L'épidémiologiste Serge Hercberg, à l'origine de l'un des systèmes testés qui propose un logo avec cinq couleurs, a pointé lundi 26 septembre sur franceinfo des industriels qui, selon lui, "ne souhaitent pas donner cette transparence aux consommateurs".

franceinfo : Avez-vous des doutes sur l'efficacité de cette expérimentation ?

Serge Hercberg : L'idée d'un logo, c'est d'aider le consommateur à orienter ses choix. Il faut quelque chose de simple, compréhensible et intuitif. Ce qui n'est pas cas de tous les logos. Le problème de l'expérimentation, c'est qu'elle ne porte que sur un nombre très limité de rayons. Et la durée de l'expérimentation est courte. Cela a amené un certain nombre de scientifiques à émettre des réserves sur cette expérimentation puisque pour pouvoir tirer des informations sur ce genre d'étude, il faut qu'elle puisse porter sur un nombre suffisant d'aliments, qu'elle puisse durer suffisamment longtemps et qu'elle puisse être accompagnée d'une communication importante.

Quelle est l'expérimentation idéale ?

On ne peut même pas le dire. On sait que ce type d'étude est très difficile à réaliser. Aucun pays au monde ne l'a fait. Pas parce qu'ils sont plus bêtes que nous, mais tout simplement parce que la puissance statistique, les conditions de méthodologie exigent des moyens extrêmement importants. D'ailleurs dans la polémique qui existe autour de cette expérimentation, les chercheurs de l'INSERM se sont retirés des instances de cette étude car elle n'offre pas toutes les conditions de garantie de réussite.

Les industriels vous accusent de stigmatiser des produits et d'être simpliste...

Ils confondent simplisme et le fait d'être simple. La stigmatisation n'est jamais retrouvée dans aucune des études. Ce logo a déjà été testé. Plus de 20 publications scientifiques internationales en attestent. Il est très demandé par les consommateurs. Plus de 200 000 signatures sur une pétition sur change.org. Il y a une vraie demande. Il répond bien à l'attente. Il n'est absolument pas culpabilisant et stigmatisant. L'industrie se sert de cet argument pour essayer d'empêcher que soit mise en place la mesure qui est une mesure politique et qui nécessite une volonté politique. Ils ne souhaitent pas donner cette transparence aux consommateurs qui permettra de comparer, par seulement les chips aux brocolis, tout le monde le sait qu'il y a des différences, mais entre des paquets de chips d'une marque à l'autre ou entre des paquets de céréales de petit déjeuner. Il y a des différences considérables.

Serge Hercberg : "Ce logo a déjà été testé. Plus de 20 publications scientifiques internationales en attestent"
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