Tampons et coupes menstruelles : six questions sur les origines du syndrome du choc toxique

Après une hausse du nombre de cas déclarés de chocs toxiques, les tampons hygiéniques ont été pointés du doigt pour leur dangerosité, mais également les coupes menstruelles. Explications.

Une femme qui tient un tampon à Paris, en 2015.
Une femme qui tient un tampon à Paris, en 2015. (ALICE S. / BSIP)

De la poussée de fièvre à l'amputation. Le syndrome du choc toxique (SCT) lié aux règles peut avoir des répercussions graves sur les femmes et le nombre de cas recensés augmente chaque année en France. Cinq cas ont été signalés en 2004, 19 en 2011, 22 en 2014, et 17 en 2016. Le centre national de référence des staphylocoques des Hospices civils de Lyon (HCL) a décidé de se pencher sur cette infection, due à la stagnation du sang menstruel, causée par certaines protections périodiques et a présenté ses conclusions, mardi 4 juillet.

Franceinfo vous explique ce qu'il faut savoir de cette maladie, rare, mais aux conséquences graves.

Qu'est-ce que le syndrome du choc toxique ?

Le syndrome du choc toxique est causé par une bactérie : le staphylocoque doré (S. aureus). Le docteur Gérard Lina, biologiste médical aux ‎HCL, explique à LCI que ce staphylocoque est naturellement présent chez 30 à 40% des individus. "Il est situé au niveau du nez dans la plupart des cas, mais il peut aussi être au niveau de la gorge, de la peau ou du vagin", détaille le biologiste, qui précise que la bactérie n'est pas dangereuse en temps normal. "Certains sont des porteurs permanents de la bactérie, d'autres l'ont de façon transitoire", explique-t-il. 

Les bactéries S. aureus, qui représentent un cinquième des staphylocoques dorés, produisent des toxines TSST-1, présentes au niveau vaginal. "Cela représente à peu près 1% des femmes", explique le docteur Gérard Lina à L'Obs. Lors de l'usage d'un dispositif vaginal, au cours des règles, la stagnation du sang menstruel peut entraîner chez les femmes touchées la multiplication de cette bactérie. Sans réaction adaptée des anticorps, celle-ci produit alors des toxines dangereuses qui entrent dans la circulation sanguine. Drainées par le sang, elles s'attaquent à plusieurs organes comme le cœur, les poumons et les reins : on parle alors de syndrome du choc toxique.

En 2015, Lauren Wasser, une jeune mannequin amputée d'une jambe à cause du syndrome du choc toxique, avait témoigné dans la presse. Sa jambe droite et les orteils de son pied gauche s'étaient nécrosés sous l'effet de l'infection.

Comment peut-on le diagnostiquer ?

Selon Healtlink BC, un service de télé-médecine proposé par le gouvernement canadien, les symptômes du syndrome du choc toxique ressemblent à ceux de la grippe : fièvre, maux de tête et douleurs musculaires. "Les autres symptômes possibles sont une douleur, des vomissements et la diarrhée, des signes de choc, dont une basse pression artérielle et des étourdissements légers, l'essoufflement et des éruptions cutanées qui ressemblent à un coup de soleil." 

Ces symptômes apparaissent entre trois et cinq jours après l'infection et peuvent, sans traitement adapté, entraîner la mort, comme ce fut le cas pour une victime en 2009. 

Ces symptômes peuvent prêter à confusion, ce qui rend difficile le diagnostic du syndrome du choc toxique. Justine, 26 ans, en a fait les frais. "La pharmacie m'a dit que j'avais la gastro, le médecin la scarlatine, et aux urgences personne n'a eu l'idée de me poser une question" sur les règles, confie-t-elle à l'AFP. 

Y a-t-il eu une "explosion des cas" de chocs toxiques ces dernières années ?

Si les symptômes sont difficiles à identifier, il est par conséquent également difficile de savoir à quel point le SCT est fréquent. Toutefois, le nombre de cas de chocs toxiques recensés a fortement augmenté dans les années 2000, de 5 en 2004 à 19 en 2011, avant de se stabiliser autour de 20.

Mais pour François Vandenesch, qui dirige le Centre national de référence (CNR) des staphylocoques, cette hausse s'explique surtout par "la notoriété grandissante" du centre, plus que par une recrudescence. En effet, le SCT n'est pas une "maladie à déclaration obligatoire", que les médecins doivent signaler aux autorités de santé. Les chiffres que nous connaissons sont donc seulement liés aux informations transmises au CNR et peuvent être incomplets. Ce qui signifie "peut-être que le SCT a fait des ravages dans les années 1990 dont on ne sait strictement rien", souligne la journaliste Elise Thiébaut, auteure du livre Ceci est mon sang, sur Mediapart.

Pourquoi les tampons hygiéniques sont-ils pointés du doigt ?

Les tampons, quelle que soit leur composition, sont accusés de favoriser le syndrome du choc toxique, car ils bloquent le flux de sang, ce qui entraîne sa stagnation dans le corps. "Le fluide menstruel est bloqué, il va rester au chaud, expliquait le docteur Gérard Lina, lors d'une conférence de presse en 2016. C’est donc un milieu de culture formidable" qui peut permettre à des bactéries indésirables de s'épanouir.

Pourtant, l'étude du docteur Lina affirme qu'ils ne sont pas directement responsables : "Aucune protection utilisée pendant les règles ne favorise la croissance et la production de la toxine responsable des chocs (...) contrairement au tampon Rely, retiré du marché américain dans les années 1980." Le tampon "ultra-absorbant" Rely avait provoqué aux Etats-Unis 600 syndromes du choc toxique, dont une centaine mortels, en 1980. Son fabricant, Procter & Gamble, avait dû retirer son produit du marché après un procès. Mais, selon les chercheurs, le cas Rely est isolé.

Le résultat de l'étude épingle cependant aussi la coupe menstruelle. Présentée comme une alternative aux tampons, économique et écologique, cette coupelle en silicone souple se place à l'intérieur du vagin et récupère le sang des menstruations. Pour le docteur Lina et son équipe, elle permet une arrivée d'air plus importante. La présence d'oxygène favorisant le développement du staphylocoque, elle pourrait donc favoriser l'apparition d'un SCT, selon cette étude.

Pourquoi les résultats de cette étude sont-ils discutables ?

L'étude en elle-même "n'a été publiée nulle part", selon la responsable communication des Hospices civils de Lyon, contactée par franceinfo. Le docteur Lina en a seulement présenté les "premiers résultats", lors d'une conférence de presse, avec pour objectif de "rassurer les femmes". 

Une méthodologie floue. Dans le communiqué de presse des HCL, la méthodologie de l'étude est résumée en quelques lignes : "Les chercheurs ont choisi de tester les marques les plus utilisées ainsi que des tampons ayant des compositions différentes. Ils ont essayé de reproduire les conditions de culture se rapprochant le plus de celles du vagin avec peu d’oxygène…" Comment, précisément ? Selon la journaliste Elise Thiébaut, qui a assisté à la conférence de presse, l'étude a consisté à "tester des dispositifs intravaginaux achetés sur le marché, en les fourrant dans un sac plastique avec un mélange rappelant l’environnement biologique du vagin".

Un schéma peu lisible. Dans le même document, un schéma met en évidence l'innocuité quasi-totale des marques les plus courantes (Nett, Tampax, O.b), tandis que deux marques de coupes menstruelles et une marque de tampons bio semblent détenir des records de dangerosité. Pourtant, l'un des titres du communiqué affirme que "aucune protection testée ne favorise la croissance et la production de la toxine". Et de préciser ensuite que "certains tampons ont même un effet protecteur".

Schéma présenté dans le communiqué de presse des Hospices civils de Lyon, publié le 4 juillet 2017.
Schéma présenté dans le communiqué de presse des Hospices civils de Lyon, publié le 4 juillet 2017. (HOSPICES CIVILS DE LYON)

Comment éviter les chocs toxiques ?

Pour éviter l'accumulation de sang, le Centre national de référence des staphylocoques conseille d'abord de ne pas porter un tampon ou une coupe menstruelle plus de 4 à 6 heures. Il est impératif de les enlever la nuit. "Quand on les utilise correctement, le risque est moindre, mais pas nul", souligne cependant le docteur Lina, qui précise que le choc toxique reste "exceptionnel mais pas anodin".

Rappelons d'autres règles de base : se laver les mains avant et après l'insertion d'un tampon ou d'une coupe menstruelle, varier, si possible, les modes de protection hygiénique, ne pas utiliser de lingettes parfumées ni de douche vaginale et éviter le savon. Le vagin fabrique ses propres substances protectrices. Pour le laver, il faut utiliser de l'eau, rien d'autre. "Votre vagin vous remerciera. Car le vagin est poli, c’est une de ses qualités qu’on mentionne trop rarement", plaisante Elise Thiébaut.