Pourquoi ajouter des gènes de méduses à d’autres animaux ?

Le quotidien Le Parisien a révélé ce 23 juin la commercialisation accidentelle de la viande d’un agneau génétiquement modifié - porteur d’un gène originaire d’une méduse - élevé par l'Institut national de recherche agronomique (Inra). L’incident révèle une dangereuse porosité entre les filières d’abattage des animaux d’élevage et de laboratoire. Mais les commentaires ont également fusé sur le caractère apparemment insolite de l’assemblage génétique, la presse allant jusqu’à parler d’un "agneau-méduse". Dans quel but les chercheurs réalisent-ils ces modifications génétiques ?

Non, les chercheurs de l’Inra n’ont pas bricolé dans leur coin une effarante chimère en cousant les tentacules d’une méduse au corps d’un agneau. L’agnelle qui fait aujourd’hui la une de l’actualité - après avoir été au menu d’un consommateur non averti - est un animal transgénique. Cela signifie que son patrimoine génétique a été modifié. Dans le noyau de ses cellules, l’un de ses chromosomes porte un gène qui provient d’une autre espèce animale.

Les gènes codent pour l’expression de protéines, et la protéine produite par le gène exporté du patrimoine d’une méduse (l’Aequorea victoria) possède une propriété de fluorescence, la GFP[1]. Identifiée au début des années 1960, cette protéine a rapidement intéressé les généticiens. Leur idée : accoler ce gène à un second, qu’ils cherchent à étudier. Lorsque ce duo est décodé, la protéine qui est produite… brille sous un rayonnement adéquat ! Les scientifiques peuvent alors suivre sa prolifération au sein d’une cellule ou d’un organisme.

Si l’organe d’un animal porteur du GFP est greffé à un autre, il est possible de suivre l’évolution du greffon et les effets des réactions immunitaires de l’organisme.

L’adjonction de la GFP n’a aucun autre effet que celui de faire briller, et n’engendre pas d’effet toxique identifié.

Au-delà de l’intérêt scientifique du procédé, qui permet de suivre à la trace les molécules synthétisées, des applications plus discutables existent. En 1999, trois généticiens de l’université de Singapour ont inséré le gène GFP au génome d’un poisson zèbre, avec pour ambition affichée de lier leur fluorescence à l’exposition à divers polluants. Breveté l’année suivante, le GloFish® est devenu une curiosité d’aquariophile, sans vocation scientifique ou médicale aucune. L'Union européenne interdit l'importation, la commercialisation et la possession de poissons GloFish®, mais ceux-ci franchissent sans mal les barrières douanières.

En 2000, l'artiste Eduardo Kac, assisté de la généticienne Louis-Marie Houdebine, avait créé un lapin fluorescent pour la seule beauté de la chose…


Alba, le lapin flurorescent d'Eduardo Kac. (DR)


[1] Pour Green Fluorescent Protein.