Pic de pollution : "Lorsqu'on diminue l'automobile, c'est pour préserver nos enfants"

La pollution de l'air cause des décès prématurés, rappelle la pédiatre et pneumo-allergologue Jocelyne Just, mercredi sur franceinfo. 

Des mesures de restriction de la circulation ont été prises en raison d\'un pic de pollution, à Paris et Lille, mercredi 27 février 2019.
Des mesures de restriction de la circulation ont été prises en raison d'un pic de pollution, à Paris et Lille, mercredi 27 février 2019. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Encore un pic de pollution aux particules fines ces derniers jours. Mercredi 27 février, les autorités ont interdit la circulation des véhicules les plus polluants dans certaines villes comme Paris et sa proche banlieue et, pour la première fois, Lille et sa métropole. Jocelyne Just, pédiatre et pneumo-allergologue, chef de service à l'hôpital Trousseau, était l'invité de franceinfo, mercredi.

franceinfo : Qui sont les personnes touchées par ce pic de pollution ?

Jocelyne Just : En période de pic de pollution, on a une augmentation des venues aux urgences pour crises d'asthme. Cela a été constaté à chaque fois, des études ont été faites dans le monde ainsi qu'à Paris. Ce sont eux [les asthmatiques] qui sont directement touchés, car ils sont atteints aux poumons, par ce qu'on inhale. Après viennent l'allergie, les pathologies cardio-vasculaires, les pathologies neurologiques et les maladies auto-immunes. On a un panel malheureusement très riche de maladies chroniques en lien avec la pollution. On a même des décès prématurés chez des patients atteints de maladies chroniques. Il faut que la population prenne conscience que lorsqu'on diminue l'automobile, c'est pour préserver nos enfants. C'est un devoir de citoyens, de parents, de grands-parents, de diminuer la circulation automobile, pour que nos enfants respirent normalement et ne voient pas leur capital respiratoire diminuer. D'autres pays l'ont fait, il est temps.

Y a-t-il un lien immédiat entre le pic et ces cas ?

Dans les études épidémiologiques, il y a un délai de deux, trois jours entre le pic et les symptômes. Là, on baigne dans la pollution depuis une semaine, donc on voit dès à présent les effets. Ça peut se poursuivre jusqu'à trois jours après le pic. On parle du pic mais il ne faut pas oublier que la pollution de fond est aussi mauvaise. Sur les pathologies chroniques, dans les villes, on est en alerte de pollution quasiment tout le temps. Là, nous sommes à trois, quatre fois le seuil, mais de façon chronique, on est à deux fois le seuil en permanence.

Est-ce qu'il y a une poussée du nombre d'asthmatiques ? Les crises sont-elles plus violentes ?

Oui, ce qui signifie qu'il y a une relation claire entre pic de pollution et crises d'asthme sévères, conduisant aux hospitalisations. Il y a aussi une relation claire entre la pollution de fond, celle qu'on respire malheureusement tous les jours, et de nouveaux cas d'asthme, notamment chez les enfants. Les enfants sont la première cible car leur organisme est immature, les poumons se défendent mal et leurs voies aériennes sont petites. Après viennent les personnes âgées et celles atteintes de maladies chroniques.