Loi contre le gaspillage : les invendus non-alimentaires échappent encore à la règle et sont régulièrement détruits

Depuis trois ans, la loi interdit aux commerçants de détruire les produits alimentaires encore comestibles mais dont la date limite de consommation est dépassée de seulement quelques jours. Mais les produits non-alimentaires ne sont pas concernés par cette loi.

Les vêtements font partie des produits qui sont encore parfois détruits par les enseignes de vente, plutôt que donnés ou recyclés. (illustration)
Les vêtements font partie des produits qui sont encore parfois détruits par les enseignes de vente, plutôt que donnés ou recyclés. (illustration) (PATRICK LEFEVRE / MAXPPP)

Des aliments invendus encore comestibles, mais systématiquement javellisés par les commerçants : depuis trois ans et l'entrée en application de la loi Garot, cette pratique est interdite, pour limiter le gaspillage alimentaire. Mais voilà qu'une autre polémique apparaît autour des produits... non-alimentaires. Des textiles, des objets en plastique ou électriques sont passés à la broyeuse par Amazon, Burberry, Célio ou H&M. 

30 millions d'euros de vêtements détruits chez Burberry

Il y a quelques semaines, l'opinion publique découvrait ulcérée les méthodes du géant de la vente par internet, après la diffusion d'un reportage de "Capital", sur M6. En Allemagne et en France, des broyeuses détruisent régulièrement les invendus d'Amazon, des objets neufs, des jouets, du petit électroménager...

Les marques Célio, H&M ou encore Burberry sont également épinglées pour détruire leurs invendus textiles. Cette dernière a brûlé en 2017 pour plus de 30 millions d'euros de vêtements invendus.

Une pratique classique, mais le sujet est un tabou absolu. Aucune enseigne ne l'avoue. C'est aussi comme ça que l'on a longtemps procédé dans un magasin Super U à Hazebrouck, près de Lille. "Avant, on ne gérait pas du tout les invendus. Le stock dormait chez nous, dans les réserves, et ça allait directement dans les compacteurs ou les bennes, se souvient Victoria Willepotte, chargée des promotions. C'était ça pour des agendas, des livres, des vêtements. On n'avait aucune idée de ce que l'on jetait. Quand c'est au compte-gouttes, on ne se rend pas compte du montant global. On était un peu outrés de ce que l'on jetait."

La prise de conscience des nouvelles générations

L'arrivée d'une nouvelle direction plus jeune et une prise de conscience depuis un an ont complètement fait changer la manière de procéder. "On ne peut plus ignorer ce que l'on jette. Les générations plus jeunes sont plus sensibles à ces nouveaux aspects. On a donné beaucoup d'agendas, de produits scolaires, de textile."

Le personnel aussi est assez sensible à la démarche. "Régulièrement, ils nous demandent combien de marchandises on a donné. C'est une manière de faire une bonne action, et c'est une fierté."

Si on peut lutter contre le gaspillage et aider des personnes qui sont dans le besoin, on a tout gagnéVictoria Willepotteà franceinfo

Mais les habitudes ont la vie dure, si l'on en croit l’association Les Amis de la Terre. En 2019 en France, nous devrions encore de détruire près de six millions de produits pour la plupart encore neufs.

Détruire reste la solution la plus simple

Il faut dire que c'est la solution la plus simple, mais elle a un coût. À l'inverse, on peut valoriser les invendus. "Une entreprise qui jette des produits perd la valeur de la marchandise, mais elle doit en plus payer le traitement des déchets, explique Pierre-Yves Pasquier, cofondateur de Comerso, une start-up experte du gaspillage. Sur un T-shirt que le magasin aurait acheté 10 euros, on va pouvoir lui faire récupérer entre 3 et 6 euros dans le cadre d'un destockage ou d'un don. Alors que s'il avait été détruit, le magasin aurait perdu ces 10 euros et aurait payé quelques centimes sur le traitement des déchets."

Une loi pourrait s'attaquer à cette gabegie dès 2019. Elle devrait être présentée en conseil des ministres avant l'été pour être votée avant 2020. Elle interdirait d'éliminer les invendus non alimentaires. Les distributeurs auraient alors le choix entre le réemploi comme le don, ou le recyclage ; mais il deviendrait obligatoire.