Les chasseurs sont-ils vraiment les "premiers écologistes de France" ?

La chasse est ouverte depuis début septembre. Et cette année, les chasseurs font beaucoup parler d'eux. En cause ? Leurs nouvelles affiches de communication sur lesquelles on peut lire : "Les chasseurs premiers écologistes de France". Les chasseurs sont-ils vraiment écologistes ? Tour d'horizon de leurs arguments.

Les chasseurs protègent la nature

Il est vrai que les chasseurs participent à la surveillance de la santé de la faune sauvage et protègent indirectement les animaux d'élevage. Par exemple, actuellement, le risque de propagation de la fièvre porcine africaine en provenance de Belgique, véhiculée par les animaux sauvages, est important. Les chasseurs collaborent bénévolement avec les services sanitaires sur le terrain en réalisant des prélèvements sur les animaux sauvages qu'ils abattent pour voir s'ils sont porteurs ou non de la maladie.

Mais en France, les chasseurs ont le droit d'abattre 89 espèces, dont 64 espèces d'oiseaux. Et sur ces 64 espèces d'oiseaux, 20 sont des espèces menacées, dont le nombre a baissé selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Leur argument a donc du plomb dans l'aile...

Les chasseurs régulent la faune

Le meilleur régulateur est le prédateur naturel d'une espèce. Il tue pour se nourrir, le nombre de proies est donc limité et la survie de l'espèce n'est pas en danger. Le seul prédateur qui ne répond pas à cette logique est l'homme. On entend souvent dire que les chasseurs régulent la population de sangliers et protègent ainsi les champs de leurs attaques. Mais s'il y a plus de sangliers, c'est d'abord et avant tout parce que les hommes ont éliminé les grands prédateurs que sont le loup, le lynx et l'ours.

Sur les 30 millions d'animaux sauvages tués chaque année, un tiers proviendrait d'animaux d'élevage destinés à la chasse. Avant l'ouverture de la chasse, 20 millions d'animaux élevés sont lâchés dans la nature. Des animaux habitués aux hommes que l'on retrouve près des champs et des routes avec un risque de dégâts pour les cultures et d'accidents de la route. 

Dans les deux cas, on ne peut pas parler de régulation. Les chasseurs ne font que corriger des déséquilbres, dont ils sont en partie responsables. Les vrais régulateurs sont les gardes professionnels qui sont chargés d'abattre les animaux répertoriés comme des mâles surnuméraires.

Les chasseurs réduisent le nombre d'animaux nuisibles

En quoi le renard, la belette, le blaireau et la buse sont-ils des animaux nuisibles ? Ils sont avant tout des prédateurs de petits gibiers comme le faisan, la perdrix, et donc des concurrents directs des chasseurs. Un renard adulte mange environ 3.000 rongeurs par an, ces mêmes rongeurs qui causent des dégâts dans les récoltes. Ils sont donc utiles à l'agriculture. Une récente étude publiée sur le site de The Royal Society montre que la diminution du nombre de renards contribue à la propagation de la maladie de Lyme, car les rongeurs sont porteurs de la Borrelia, la bactérie responsable de la maladie. Là où il y a plus de renards, il y a moins de tiques porteuses de la bactérie. 

Le plomb utilisé par les chasseurs est polluant

En septembre 2018, l'Agence européenne des produits chimiques a estimé que 30.000 à 40.000 tonnes de plomb étaient dipersées chaque année en Europe dans les écosystèmes par la chasse et le tir sportif. Les nappes phréatiques et les animaux seraient alors contaminés. Le plomb est un neurotoxique dangereux pour les animaux mais aussi pour l'homme car il provoque le saturnisme.

La France compte à elle seule un quart des chasseurs européens et la période de chasse française (de quatre à six mois) est la plus longue d'Europe. On peut donc sérieusement se poser des questions sur l'état de contimination des écosystèmes par le plomb des chasseurs en France.

Les chasseurs, aujourd'hui, ne sont donc pas les premiers écologistes de France. Loin de là...

\"Des chasseurs pas si écolos...\", chronique de Farah Kesri, vétérinaire éthologue, du 22 octobre 2018
"Des chasseurs pas si écolos...", chronique de Farah Kesri, vétérinaire éthologue, du 22 octobre 2018